Comme le dit la CGT, le syndicat communiste français, « le salaire net, c’est pour le mois, le salaire brut, c’est pour la vie ». Cela signifie non seulement que seul le travail crée la richesse mais surtout qu’il n’y a pas de charges, pas d’allègements, pas de prélèvements : il n’y a que du salaire ! Car ce qu’on retire de mon salaire, reste mon salaire… qui me revient autrement, surtout lorsque j’en ai besoin. Ceux qui souhaitent rapprocher le brut du net, c’est-à-dire exonérer les cotisations, veulent en fait baisser les salaires puis les pensions, toujours aux bénéfices du capital.
Sommaire
Pourquoi il faut augmenter les salaires (partie 1/3) à à lire ici
1. On ne modère que ce qui est excessif !
2. La « loi de 96 » ou la légalisation du chantage
3. Changement de paradigme
4. Le travail n’est pas un coût
Pourquoi il faut augmenter les salaires (partie 2/3)
1. La cotisation sociale n’est pas une charge, c’est du bonheur
2. Le salaire brut, c’est notre force !
Pourquoi il faut augmenter les salaires (3/3) à à paraître le vendredi 14 mars
Comme nous le rappelions dans la première partie de cet article, le travail n’est jamais un coût mais une richesse, c’est même la seule production de richesse possible. La répartition de cette richesse entre les revenus du travail et ceux du capital est malheureusement aujourd’hui cadenassée par une modération salariale qui, non seulement favorise une compétition vers le bas entre les salaires des travailleurs mais de surcroît rend impossible toute négociation en vue de les augmenter. Pourtant, avions-nous conclu, des salaires élevés ne sont pas une charge pour l’économie mais au contraire un facteur de développement essentiel de nos sociétés. Il importe à présent de bien comprendre que le salaire dont nous parlons ici est toujours le salaire brut.
Le salaire brut représente donc le salaire net (ce que l’employeur me verse sur mon compte) augmenté des cotisations sociales (la part de mon salaire qui est versée à la Sécurité sociale) et du précompte professionnel (la part de mon salaire prélevée à titre d’impôts des personnes physiques et destinée à financer le fonctionnement de l’État et les services publics).
La création de la Sécurité sociale sur base du salaire brut est non seulement une victoire, c’est aussi une révolution. C’est elle qui a mis fin au salariat en tant qu’appareil de marchandage ou d’oppression. Il faut le rappeler : le salaire sans la Sécurité sociale, c’est l’esclavage, un rapport de domination car le salarié ne perçoit qu’une partie de la richesse supplémentaire qu’il produit. Le mouvement ouvrier a révolutionné le salariat en le consolidant, par la solidarité des travailleurs entre eux, d’une assurance de la protection sociale pour tous. La solidarité, c’est la cotisation sociale qui délimite dorénavant un salaire brut et un salaire net.
1. La cotisation sociale n’est pas une charge, c’est du bonheur
C’est cette même cotisation sociale que les patrons appellent « charge sociale » mais qui, tout au contraire, représente la clé de voûte de notre cathédrale sociale, la Sécurité sociale. Un des fondateurs français de la Sécu, Ambroise Croizat, disait d’elle, en 1945 au moment de sa création en France : « la sécurité sociale est la seule création de richesse sans capital. La seule qui ne va pas dans la poche des actionnaires mais est directement investie pour le bien-être de nos citoyens ». Il rajoutait : « Faire appel au budget des contribuables pour la financer serait subordonner l’efficacité de la politique sociale à des considérations purement financières. Ce que nous refusons. » Tout était dit !
Sans la Sécurité sociale et sans les services publics, la majorité des travailleurs ne pourrait pas faire face aux dépenses réelles que représentent par exemple les études, les opérations chirurgicales, la construction de routes, l’épuration de l’eau, et tant et tant de services dont l’usage améliore quotidiennement notre niveau de vie[1]. Dans une société où les revenus sont répartis de manière inégalitaire (cf. partie 3), les services publics reconstruisent des structures de solidarité et d’égalité. Bref, ce qu’on « retire » de mon salaire, reste mon salaire… parce que ça me revient autrement, surtout lorsque j’en ai besoin. C’est la redistribution.
Augmenter les salaires bruts, c’est accroître le financement de la sécurité sociale et des services publics. Il faut augmenter les salaires !
2. Le salaire brut, c’est notre force !
Le salaire brut (avec ses cotisations sociales et ses prélèvements fiscaux) est une victoire du mouvement ouvrier. Il dépasse de loin le seul statut de consommateur accordé aux travailleurs pour les reconnaître comme les seuls producteurs de richesse de ce pays et leur ouvrir de ce fait des droits de citoyens à part entière.
L’obligation de verser des cotisations sociales et de payer des impôts garantit des moyens au plus grand nombre et donc autant de droits (à l’école, aux soins, à l’arrêt de travail à partir d’un certain âge…). Cette obligation collective participe à rendre les gens libres. Il faut augmenter les salaires !
La propagande libérale tend à nous faire négliger cette partie essentielle du salaire que sont les prestations sociales. Sous couvert d’améliorer le pouvoir d’achat, c’est-à-dire le salaire net, le patronat et le gouvernement réduisent le salaire brut d’une partie des cotisations sociales dénoncées comme des charges sociales plombant la compétitivité. Ils espèrent ainsi mettre la main sur le pactole que représentent les 150 milliards[2] d’euros du budget de la sécurité sociale…
On comprend dès lors que ces réductions de cotisations ne sont rien d’autre qu’un transfert de nos salaires vers les profits des actionnaires. « Alors qu’à la fin des années 1990, les cotisations patronales représentaient encore environ 34 % de la masse salariale, elles sont aujourd’hui 10 % plus basses (soit 24 %). » Un seul point d’augmentation de la masse salariale signifierait plus d’un milliard de cotisations supplémentaires et renflouerait les caisses de sécurité sociale. Il faut augmenter les salaires…
« Face à cette violente attaque contre les salaires et le pouvoir économique des salariés, il s’agit d’affirmer tout d’abord que le salaire n’est pas seulement un revenu, mais bien un investissement collectif qui permet à la majorité des Belges d’exercer des choix de société en dehors des logiques de marché et des normes de rentabilité. Comment peut-on imaginer une seule seconde la prise en compte des questions sociales (le vieillissement, la santé publique, l’éducation, etc.) et environnementales (le réchauffement climatique, la surconsommation, le recyclage, etc.) dans une économie dirigée seulement en fonction des intérêts et des valeurs d’une minorité de capitalistes ? C’est impossible ! »
Gresea et Métallos Wallonie Bruxelles, Le salaire des Belges, 2018.
Il faut augmenter les salaires !
[1] L’IWEPS a calculé qu’en Wallonie, en moyenne, cette partie redistribuée est au moins aussi importante que les revenus primaires. Et même 30 % de plus si on y ajoute l’enseignement et les soins de santé, cf. https://www.iweps.be/indicateur-statistique/revenus-menages-habitant/.
[2] En 2020, le total des recettes de la Sécurité sociale s’est élevé à 152,4 milliards d’euros, soit 33,4 % du PIB. https://socialsecurity.belgium.be/fr/projets/focus-sur-les-chiffres/depenses-de-protection-sociale-chiffres-2020-et-early-estimates-2021#:~:text=Recettes%20de%20protection%20sociale%20en,33%2C4%20%25%20du%20PIB.
