A part ça… Vous les femmes

A part ça… Vous les femmes

Les dames du MR n’aiment pas du tout qu’on traite l’Arizona de Julio Iglesias politique. Ça se voit fort, mais ça ne se dit pas…

Ouh elles sont choquées, les femmes en bleu ! Choquées, choquées, choquées qu’une autre femme comme Selena Carbonero Fernandez, la nouvelle secrétaire générale de la FGTB, ait dit ce que tout le monde peut voir mais qu’il faudrait cacher : « L’Arizona prétend aimer les femmes comme un homme qui battrait sa femme. » Alors ces dames dur MR ont appelé les copains de Sudinfo pour faire un bel article courroucé où elles exigent les excuses de Selena ! Parce que la vilaine, elle « banalise les violences conjugales et détourne un fléau sociétal grave à des fins de combat politique ». Tout ça.

Et c’est vrai que je suis un peu d’accord avec ces dames, Selena. Parce que dans ta métaphore, tu t’es en partie trompée. Contrairement à Julio Iglesias, qui chante tout son amour des femmes puis les brutalise à la maison, le gouvernement Arizona ne prétend même pas les aimer. Il brutalise les femmes, point. Il leur retire des droits, des moyens, de l’autonomie. Vous les femmes du MR, c’est peut-être ça qui vous tirlipote, au fond : être complice de ça. Et quand Selena vous l’envoie à la figure, ça vous rend un peu honteuses. Pour peu que vous vous souciiez un tout petit boquet du sort des (autres) femmes, ça vous déshonore aux entournures. Alors vous préférez tirer sur la messagère plutôt que tirer la prise du masculinisme de votre gouvernement. Classique.

Oui parce que ne venez pas dire que vous ne saviez pas. Que la promesse d’un « avenir qui s’éclaire » se limitait à vos petites personnes assises sur vos privilèges de mandataires dorlotées de la vie. Et que donc, oups !, vous n’aviez pas vu que votre Arizona chéri précarisait d’autres femmes, beaucoup d’autres. Si jamais, voici quelques exemples de mesures du gouvernement qui exercent, directement ou indirectement, une vraie violence envers les femmes. Ceci au cas – très hypothétique, je sais – où vous auriez quelques velléités de ne plus bêler à l’unisson du troupeau de mâles dominants. Si pas, au moins ne pourrez-vous plus faire semblant de ne pas voir.

Alors d’abord, les grandes filles du MR, suite à la fameuse « réforme du chômage » de votre gaillard Clarinval,qui sera le plus touché par l’exclusion après deux années de chômage, à votre avis ? Les femmes, oui. Qui donc seront ? Plus dépendantes de leur éventuel conjoint de chromosome XY, voilà ! Et quand on coupera les allocations de chômage aux personnes qui travaillent moins qu’un mi-temps parce qu’elles s’occupent des gamins ou parce qu’il est difficile de dégoter un emploi stable quand on doit aussi s’occuper de papy Raymond, qui sera majoritairement touché, vous croyez, les filles du MR ? Voilà : les chromosomes XX.

Et justement, à propos des « aidants proches », votre copine députée « montoise » Julie Taton vient seulement de se rendre compte que « c’est pas OK », comme elle dit : ils font partie des 180.000 exclus du chômage. Avant que vous ne pressiez mécaniquement sur le bouton de vote à la Chambre, Bouchez ou Clarinval ne vous avait pas signalé que parmi ces gens qui s’occupent H24 d’un enfant lourdement handicapé ou d’un parent âgé qu’il n’est pas possible de laisser seul (et qui ne peut payer une maison de repos impayable), il y avait très majoritairement des femmes ? Ah ben si.

Et une autre question, à vous les femmes du MR : est-ce que vous aviez bien lu, dans les mesures de durcissement du statut de « cohabitant », que les CPAS allaient désormais calculer le revenu d’insertion d’une personne en tenant compte de l’ensemble des revenus des personnes qui vivent sous un même toit ? Et que donc, dans bien des cas, des femmes verront cette allocation fondre ? Ce qui maintiendra encore plus ces « cohabitantes » dans un état de sujétion économique vis-à-vis de leur conjoint. Et qui forcera certaines à « rester » dépendantes même si leur vie conjugale est un cauchemar. Ça, vous voyez, c’est de la maltraitance.

Et alors question de chasseaux malades de longue durée que vous avez si gaiement votée. Elle va surtout traquer qui, à votre avis ?Pour vous donner un indice, les femmes représentent 60 % des invalidités toutes causes confondues dans ce pays. Mais elles sont 69 % lorsqu’il s’agit de burnout ou de dépression. Et comme les troubles psychiques sont beaucoup moins « visibles » (ou plus méconnus ou moins acceptés) que les affections physiques, qui c’est qu’on va forcer à un retour à l’emploi dans un état mental pas possible ? Ça aussi, c’est de la brutalité.

Et quand elles prendront leur pension ?Alors là les femmes seront de très loin les premières victimes de la réforme de votre nouveau cher ami N-VA, Jan Jambon. Et pourquoi ça ? Parce que, je ne sais si vous le saviez, mais il se fait qu’elles ont des carrières bien plus incomplètes que les hommes, surtout quand la famille est pauvre et ne peut se payer des crèches ou des aides. Et parce qu’il y a bien plus de mamans solos que de papas solos. Et pourquoi toutes celles-là vont morfler ? Parce que pour calculer le montant de la retraite, le bonhomme Jambon saque allègrement dans les périodes dites « assimilées » (ces périodes où on ne travaille pas, pour différentes bonnes raisons).  Toutes ces dames vont donc collectionner des tas de « malus pension » inventés par votre Jan et acceptés par vous, ce qui fera encore fondre leur déjà minuscule pension. Ah oui, et quand elles seront épuisées, elles n’auront de facto quasiment aucun accès à la pension anticipée parce qu’elles n’auront pas comptabilisé assez de jours de travail effectif au long de leur carrière. Ça encore, c’est de la violence.

Autre chose ? J’en ai des tas. Comme la totale « flexibilité » du travail, le flexi-job généralisé et le recours au travail des étudiants octroyés aux entreprises en open bar. Ce qui permettra aux employeurs d’embaucher pour seulement quelques heures par mois, d’imposer un travail la nuit ou le dimanche. Des « libertés » qui toucheront tous les travailleurs. Mais surtout les travailleuses qui bossent beaucoup plus que les hommes dans les secteurs les plus concernés, comme le commerce (alimentaire ou autre). Là, elles seront poussées (forcées) à des temps partiels, avec toutes les conséquences en cascade sur leurs salaires et leurs pensions. Sur leur santé et la conciliation travail-vie privée, aussi. C’est toujours de la sauvagerie sociale organisée.

Alors toujours aussi choquées, les Bleuettes ? Ajoutez encore que ce gouvernement a frigorifié la dépénalisation complète de l’avortement, et vous comprendrez peut-être que des millions de femmes belges sont agressées par votre Arizona et ses mesures qu’elle dépeint nécessaires et positives pour tous. Et donc maintenant relisez calmement la phrase complète de Selena Carbonero Fernandez : « Quand quelqu’un prétend faire du mal à quelqu’un pour son bien, c’est quand même assez hypocrite. L’Arizona prétend aimer les femmes comme un homme qui battrait sa femme. » Qu’est-ce qu’on dit ? Pas mieux.

Vincent Peiffer
Chroniqueur MaTribune.be |  Plus de publications

Après 40 ans au Moustique, Vincent rejoint l’équipe de MaTribune.be pour mettre son grain de sel dans notre si beau monde. Où, à part ça, tout va bien…

ARTICLES APPARENTÉS

Laisser un commentaire

La dent du Kanar x