
Chez Les Engagés d’Yvan Verougstraete et Maxime Prévot, on sait ce qu’on veut. Et on le dit ! Après, il faut décider des trucs…
Toujours, toujours se méfier des petites dames qui vous affichent cet air sérieux de gentille écolière sur le tard. Elles sont capables des pires crasses. Et c’est ce que fait Anneleen Van Bossuyt. Sur ordre de son parti bien sûr, la N-VA. Mais avec le zèle de la première de classe qui fait tout bien comme le professeur De Wever a dit. Sans rechigner. Bien sûr qu’en vrai, comme l’Espagne, la Flandre a besoin de main d’œuvre, donc d’immigrés. C’est mathématique. Elle a besoin de natalité, aussi. Mais tout ça est bien trop compliqué à faire comprendre à cette partie de la population qui préfère les discours simples. Genre : immigration = danger. Et surtout, ça rapporte beaucoup moins au Monopoly électoral. Alors la N-VA se la joue Vlaams Belang avec la fière promesse d’une politique migratoire « la plus stricte jamais appliquée » en Belgique. Torse bombé.
Et pour appliquer cette politique bien glaciale comme il faut pour plaire sur sa droite-droite, Monseigneur BéDéWé a donc choisi cette petite madame avec sa discrétion triste, avec ses vêtements gris de quasi-nonne, avec ses grandes lunettes de camion, avec son sourire rare et son air de souffrir des intestins : Sœur Anneleen, vous serez ma ministre de l’Asile et de la Migration. Ce qui fait donc que, depuis une bonne année, en très bonne élève de la classe N-VA, Anneleen Van Bossuyt durcit l’asile comme on avait dit. Subrepticement mais très consciencieusement, elle fait expulser de force des charrettes de demandeurs « illégaux », façon Semira Adamu mais sans le coussin. Munie de sa détermination polaire, elle « négocie » même avec les Talibans pour renvoyer des Afghans chez eux, c’est-à-dire à la mort. On ne sait pas si elle en est contente ou désolée. Son visage et toute son attitude corporelle ne montrent rien. Rien de rien. Elle fait, Anneleen, point. Et elle est fière de ses chiffres.
Mais voilà que la Cour constitutionnelle est venue barbouiller ce tableau idyllique. Pour encore l’embellir, Anneleen avait décidé de refuser l’accueil des demandeurs d’asile ayant déjà obtenu une protection ailleurs dans l’UE. Elle avait aussi instauré de nouvelles restrictions et règles (inapplicables) pour le regroupement familial de réfugiés. Dans les deux cas, la gardienne de la Constitution belge a jugé que ces mesures risquaient de causer « un préjudice grave difficilement réparable » aux personnes. Et les suspendait donc. La Cour constitutionnelle se tourne même vers la Cour de justice de l’UE en attendant de se prononcer sur une éventuelle annulation.
Et comment réagit Anneleen ? Très normalement, pour elle : elle ignore le jugement. Puisque ça gâche son joli tableau de chasse aux migrants, la ministre fédérale décide de poser son délicat popotin sur une décision de justice de la Cour constitutionnelle et de poursuivre sa politique. Une violation annoncée de l’État de droit et un piétinement revendiqué de la séparation des pouvoirs. Comme ça. En sifflotant. La Justice se prononce ? M’en fous. Oui mais, en démocratie, ça s’appelle un putsch institutionnel ! M’en cale. C’est une autre caractéristique de ces petites dames sérieuses et besogneuses : elles peuvent être obtuses. Très tiestues. Donc elle ne voit pas le problème, Anneleen.
Zéro réaction au MR, bien sûr, où l’État de droit est une notion qui fluctue selon les humeurs trumpiennes du président. Heureusement donc qu’au sein de l’Arizona, nous avons des démocrates intrépides : Les Engagés. Chez eux on a des principes, des lignes rouges et des Rubicon à ne pas franchir. Jamais ! Et donc le président des Engagés nous a piqué une terrible colère. Mais une grosse ! Yvan Verougstraete t’a empoigné son smartphone, il a promptement ouvert son compte LinkedIn et il t’a posté un truc qui dépote sa race ! Attention les âmes sensibles, on est sur du brutal : « Dans un État de droit, une décision de justice ne se discute pas : elle s’exécute. » Et pouf, c’est dit ! Évidemment, comme Monsieur L’Engagé en chef est très bien élevé, il ne s’adresse pas directement à la ministre de l’Asile et de la Migration. Ce serait discourtois. Il l’évoque sans jamais la citer, façon jésuite : par la bande. Il ne s’adresse même pas à la N-VA : ce ne serait pas convivial entre partenaires d’Arizona. Fâché oui, mais pas racuspote.
Alors Yvan continue sur le ton de la pédagogie. Et on sait à quel point cette option est efficace avec des partenaires à l’écoute comme le sont la N-VA ou le MR. Donc Yvan poursuit sur cette ligne didactique : « Un gouvernement peut contester une décision de justice en utilisant les voies de recours prévues ou suggérer au législateur de changer la loi. Mais, en attendant, l’exécutif exécute. » Là, on sent bien qu’au cabinet d’Anneleen Van Bossuyt, on prend fébrilement des notes. Surtout quand le très influent président des Engagés monte d’un cran : « Le jour où un gouvernement commence à expliquer qu’il peut choisir les décisions de justice qu’il applique et celles qu’il écarte, ce n’est plus un simple désaccord juridique : c’est l’équilibre démocratique lui-même qui se fissure. » Là, Anneleen commence à rougir de honte. Et Yvan enfonce le clou : « Les lois peuvent être modifiées, les choix politiques peuvent être contestés : c’est le fonctionnement normal d’une démocratie. Mais aucune politique publique ne peut s’affranchir du cadre juridique qui fonde l’État de droit. » Anneleen est liquéfiée. Et Yvan donne le coup de grâce : « Car le jour où le pouvoir choisit les décisions de justice qu’il applique, ce n’est plus le droit qui gouverne. C’est la force. »
Alors ça, très bien Yvan. Vraiment. Mais, et maintenant ? Ben maintenant, euh… Vous en posez de ces questions, vous ! Ben maintenant, euh, attendez… Je vais voir avec Maxime Prévot si des fois il n’en parlerait pas au kern du gouvernement. Par exemple, il pourrait faire sa mauvaise tête de pas content et dire : « Retenez-moi ou je vais vraiment m’engager à quék chose ! » À quoi ? Rôôô… Je sais pas moi ! À dire que si on laisse faire cette horreur, nous ça nous rend complices. Et que ça, nous les Engagés, on ne veut pas. Et si Anneleen Van Bossuyt continue de se foutre de l’arrêt de la Cour constitutionnelle ? Oh ben là, pour sûr qu’on fera comme d’habitude dans les gouvernements de l’Arizona et de l’Azur : on sera intransigeants ! Jusqu’à remettre en cause votre participation à ce gouvernement Arizona ? Ça, on va voir à voir. En tout cas, on dira aux aut’ que cette fois c’est la toute, toute, toute, toute, toute dernière fois ! Ou pas.
Publié le 11 mars 2026.

Vincent Peiffer
Après 40 ans au Moustique, Vincent rejoint l’équipe de MaTribune.be pour mettre son grain de sel dans notre si beau monde. Où, à part ça, tout va bien…

