Une pomme par jour, en forme toujours

Une pomme par jour, en forme toujours

La ministre de l’Éducation a trouvé le moyen de bien nourrir les enfants à l’école : les mettre au régime Glatigny…

Elle est quand même bien, cette Valoche ! Elle pense à tout. D’ailleurs elle n’est pas que la ministre MR de l’Éducation qui s’occupe fort bien de la qualité de l’enseignement donné à nos écoliers. Valérie Glatigny est aussi un peu leur ministre de la Santé. Un jour, d’ailleurs, probablement que les enfants défavorisés des écoles des quartiers modestes de Wallonie et de Bruxelles la remercieront de s’être si bien occupée de leur bonne forme physique. Quelque part, avec le recul, ils comprendront que ce sont eux les nantis, si on veut.

D’abord, Valérie a honoré sa promesse de maintenir la possibilité d’offrir un repas de midi gratuit à ces 55.300 écoliers du maternel et du primaire dans 429 écoles à « encadrement différencié » de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Et c’est vraiment salaud de prétendre qu’elle supprimerait ce repas dès la prochaine rentrée. Meuh non ! Pour économiser 12 millions, elle organise « différemment » les choses, on va dire. C’est ce que viennent de découvrir les directions de ces écoles qui, après des semaines d’attente, ont enfin reçu le montant des moyens de fonctionnement qui leur seront octroyés pour l’année scolaire 2026-2027.

Alors oui, il est vrai que dans son mail, l’administration de l’enseignement confirme une décision de Valérie : l’appel à projets pour des repas complets gratuits, sains et durables ne sera pas reconduit. Et donc pas financé spécifiquement. Mais ! Le dispositif « repas gratuit » est désormais « intégré » au décret sur l’encadrement différencié. C’est assez dire que l’aide financière est maintenant comprise dans les moyens « généraux » octroyés à l’école. Alors oui, ces moyens « généraux » sont en chute libre : l’enveloppe globale passe de 32 à 19 millions d’euros. Mais ! Elle n’interdit pas aux écoles de financer des repas pour les enfants précarisés sur leurs moyens généraux. Donc ils peuvent !

Et donc comment, concrètement ? Pour ce directeur exerçant à Forest, qui a écrit une carte blanche un peu très colère dans Le Soir, le budget dédié de l’école passe de 250.000 euros… à 88.000 euros. Un tiers, oui. Comme l’école a besoin de personnel pour encadrer les récréations ou aider en maternelle, le budget dédié à nourrir 370 enfants passera de 200.000 euros/an à 33.000 euros. La subvention par repas baisse donc de 3,70 euros par élève à… 50 centimes. Ah, vous voyez que Valérie ne supprime pas les repas ! Elle les adapte « autrement », si on veut. Et elle laisse même aux directions et aux pouvoirs organisateurs la liberté de choisir : si elles veulent maintenir les repas complets, ces écoles peuvent licencier le personnel non enseignant, les surveillants et les puéricultrices, faisant peser cette charge de travail supplémentaire sur les enseignants qui de toute façon, hein…

Et puis je regrette mais 50 centimes par repas et par enfant, ce n’est pas rien !  Avec cet argent du contribuable consacré aux chérubins, il y a de quoi royalement leur offrir une pomme au repas de midi. Et les milieux médicaux autorisés ne plussoient-ils pas cet adage de bonne santé : « Une pomme par jour, en forme toujours » ? Si. C’est là qu’on voit à quel point notre ministre se soucie du bien-être des enfants de familles défavorisées. Elle leur inculque les bons réflexes. Avec une pomme par jour, elle leur évite de se baffrer. De manière subliminale, elle combat en même temps la surbouffe et la malbouffe de ces populations, quelque part. Cette bienfaisante pomme offerte chaque jour aux enfants à la cantine pourrait d’ailleurs avoir un nom : le « régime Glatigny ». Dès la maternelle, 55.300 enfants apprendront à garder la ligne. Grâce à Valoche, les fillettes auront à jamais une taille de guêpe et les garçonnets cultiveront leur sveltesse. Et grâce à la « Pomme-Pomme Girl » du gouvernement, les pauvres s’habitueront dès leur plus jeune âge à la diète qu’ils rencontreront très certainement plus tard dans la vie. Valérie les aide à devenir grands, en quelque sorte.

Alors oui, des grincheux viendront objecter qu’une pomme n’est pas un repas complet. Qu’une assiette équilibrée doit comporter trois éléments : une moitié de légumes (fibres, minéraux, vitamines), un quart de féculents (énergie) et un quart de protéines (animales ou végétales). Et aussi qu’un produit laitier (calcium) ou un fruit (vitamines) ne fait que compléter un repas. Et encore que ces repas gratuits étaient parfois le seul repas correct de la journée pour certains enfants issus d’une population très précaire. Surtout dans ces écoles qui accueillent des élèves de familles primo-arrivantes, allophones, parfois migrantes et qui vivent même dans des centres.

Alors oui, certains grognieux prétendront également qu’au-delà de l’aide alimentaire, le dispositif « repas chaud » à l’école possède une dimension éducative. Que derrière le repas, un apprentissage se fait. Celui des codes de la table : apprendre à manger avec des couverts pour certains petits, attendre son tour pour être servi, découvrir que le poisson ou la courgette c’est bon aussi. Les mêmes ronchonneux signaleront d’ailleurs que les repas chauds gratuits ont parfois permis de passer d’un taux de présence en maternelle de 60 % à 95 %. Or les enfants qui arrivent plus jeunes à l’école y restent plus longtemps, et deviennent de meilleurs élèves. Les mêmes bilieux iront bien sûr jusqu’à dire à ma Valoche qu’un enfant qui a faim ne sera pas disponible pour apprendre. Que celui qui est rassasié peut se pencher sur le travail. Et que l’impact bénéfique sur les apprentissages est évident, puisque les résultats scolaires des élèves des écoles à encadrement différencié sont en hausse depuis que les repas gratuits y ont fait leur entrée en 2023. Ce à quoi la ministre répondra très facilement : ces enfants-là ne sont pas destinés à faire de belles études, celles-ci étant réservées à d’autres catégories socioéconomiques dont Valoche est bien plus proche et électoralement redevable. Et puis, bon sang de nom d’une pipette en bois, est-il si difficile de comprendre que priver de repas 55.300 gosses de familles en difficulté est absolument indispensable quand il faut économiser 12 millions pour les dépenser ailleurs ? C’est là que je salue la solidarité intra-gouvernementale de Valérie. Ces nécessaires économies permettront à sa collègue ministre de la Fonction publique, Jacqueline Galant, d’augmenter de 4 à 12 % les rémunérations des top managers de l’administration wallonne et de la Fédération Wallonie Bruxelles. Gouverner, c’est prévoir. Mais aussi établir des priorités.

Vincent Peiffer
Chroniqueur MaTribune.be |  Plus de publications

Après 40 ans au Moustique, Vincent rejoint l’équipe de MaTribune.be pour mettre son grain de sel dans notre si beau monde. Où, à part ça, tout va bien…

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