Logique : le MR refuse de renforcer le cordon sanitaire autour de l’extrême droite. Donc un peu autour de lui-même…
Voici donc que Sieur Bouchez a officiellement fait savoir à Paul Magnette, qui avait lancé les invitations à tous les partis, que le MR n’irait pas cette semaine actualiser et consolider la « Charte de la démocratie et le Code de bonne conduite » qui empêche l’extrême droite d’accéder au pouvoir en Belgique. Pas question pour les Bleus d’aller renforcer le « cordon sanitaire ». Pourquoi donc ? Parce que, prétend Sieur Président dans une lettre au nom de tous les siens (?), « la lutte contre l’extrême gauche devrait être intégrée à ce texte ». Et, horreur, le PTB est à la table.
Alors d’abord, Georgio, un truc de base que tu devrais vraiment essayer de saisir un jour, si toutefois tu disposes des outils de compréhension : si tous les partis politiques « démocratiques » (dont le MR mais pas présidé par toi) ont décidé un jour de ne jamais froucheler avec l’extrême droite, c’était pour de très bonnes raisons. Ces partis sont xénophobes et racistes, ils cultivent la haine de l’Autre en général, ils désignent systématiquement des boucs émissaires (les immigrés, les francophones, les étrangers ou les « pas comme eux »), ils sont homophobes, ils sont masculinistes, il se passeraient très volontiers des institutions démocratiques. Et petit « détail » : au milieu du XXe siècle, ils ont fait vivre à l’Europe la pire tragédie de son histoire. Alors question : un parti comme le PTB ou un mouvement citoyen de gauche radicale belge utilise-t-il un seul de ces « ressorts » nauséeux ? Non. Et figure-toi que promouvoir la solidarité, une plus juste répartition des richesses ou critiquer un ultra-capitalisme destructeur n’a rien d’anti-démocratique. Au contraire.
Mais comme il te faut une flofloche à agiter contre les « gauchiasses », tu leur inventes un truc dégueu : la gauche radicale serait « antisémite ». Ça aussi, ça devient un peu lassant, mais allez, on y retourne… Peux-tu d’abord me donner un exemple de texte, de parole ou une preuve d’action antisémite fomentée par un parti ou un mouvement de la gauche radicale belge ? Non. Ce n’est pas parce que des agités du bocal profanent une tombe juive ou explosent un cocktail molotov aux abords d’une synagogue que ces tarés sont de gauche radicale. Et que donc la gauche radicale serait antisémite. Même si tu le fantasmes. Et t’sais quoi, Georgio ? La quasi-totalité des actes violents antisémites (et islamophobes) sont l’œuvre de l’extrême droite. Demande à ton ministre de l’Intérieur : il te le confirmera discrètement.
De même, quand un parti comme le PTB ou un autre mouvement dénonce les atrocités génocidaires commises par un gouvernement israélien d’extrême droite à Gaza et en Cisjordanie, ce n’est pas « alimenter ouvertement l’antisémitisme », comme tu le répètes si lourdement. Il dénonce un ultra-sionisme dévoyé et mortifère. L’antisionisme n’est PAS de l’antisémitisme. Comme dénoncer des massacres du 7 octobre 2024 commis par les terroristes islamistes du Hamas n’est PAS de l’islamophobie. Tu saisis la nuance ? Donc tu en conclus que ? Voilà : que tes accusations sont juste très crétines.
En même temps, je comprends ton embarras. D’abord, tu dois bien constater que les coalitions communales « de progrès », c’est-à-dire celles qui ont intégré le PTB à Forest, à Molenbeek ou à Zelzate, fonctionnent plutôt bien. Et alors à Mons ! À Mons, Georgio ! Ta ville ! Celle que tu allais faire tienne ! La ville de Julie Taton, aussi ! La ville où, comme ailleurs, les places PMR sont réservées aux personnes handicapées ! Eh ben là, à Mons, les vilains gauchistes radicaux coopèrent avec leurs partenaires PS et Ecolo, travaillent dans le respect des jalons démocratiques et font avancer leurs dossiers. Ce qui fait que, sur le terrain, ça devient difficile de faire croire que ces gens sont dangereux pour la démocratie. Même si tu le divagues très, très fort.
Mais où je comprends encore mieux qu’un cordon sanitaire renforcé te ruinerait l’arrière-train, c’est ce que cette nouvelle Charte pourrait mettre en place. Imaginons, au hasard, que pour encore cimenter les digues anti-extrême droite, elle prévoit que les partis démocratiques s’engagent à ne jamais relayer de messages infects issus de la fachosphère. Et que les membres de ces partis s’interdisent de tenir eux-mêmes de tels propos sur X ou ailleurs. Ou de ne jamais soutenir publiquement les délires autoritaristes d’un tyran illibéral comme Donald Trump. Là se posera une terrible question, pour toi : que feras-tu de tes journées ?
Imagine aussi que cette Charte stipule qu’un ministre, un président ou tout autre élu d’un parti signataire qui diffuserait sciemment des mensonges xénophobes ou des faux chiffres serait démissionné illico par son propre parti ? Par exemple, si un vice-Premier et ministre de l’Emploi prétendait éhontément que 60 % des futurs exclus du chômage sont des « étrangers », que devrait faire son parti « démocratique » ? Renvoyer le sympathique David Clarinval dans sa chère commune de Bièvre, où il pourra donc peaufiner sa « grande expérience » dans le secteur privé (chez Clarinval Construction de papa) où il prétend avoir été actif tout en étant député fédéral (autre méga-mensonge).
Imagine encore que ce renforcement du cordon sanitaire implique que les partis démocratiques s’interdisent tout contact avec des anciens candidats ou militants des partis d’extrême droite. Pas une affiliation au parti, pas une souriante photo du président avec des fachos subitement militants convertis. Et bien sûr pas un seul accueil dans les équipes du parti d’un ex-candidat d’extrême droite, sinon buiten. Oups, c’est ce que vient de faire Denis Ducarme, en engageant comme « stagiaire » l’ancienne tête de liste du parti « Chez Nous », Noa Pozzi. Ce qui vaudrait donc à ton fidèle hurleur imbibé d’être déboulonné du Parlement, et donc de pouvoir écumer tous les apéros-barbecues-digestifs du Grand Charleroi.
Imagine enfin qu’avec cette nouvelle Charte, les partis démocratiques s’engagent à scrupuleusement respecter la séparation des pouvoirs. Et donc une décision de justice, par exemple. Tu dirais quoi à la N-VA et sa ministre de l’Asile, Anneleen Van Bossuyt, qui ignore un jugement de la Cour constitutionnelle ? Pire : avec ce cordon sanitaire renforcé, les mêmes partis pourraient s’astreindre à respecter strictement les contre-pouvoirs indispensables à une société démocratique. Donc à respecter l’indépendance de la presse et des médias. Donc fini les agressions et les menaces contre des journalistes. Fini la RTBF des « gestapistes ». Je comprends : pour toi, ce serait un peu comme t’appliquer un auto-cordon sanitaire. Ou t’auto-bâillonner le caquet.

Vincent Peiffer
Après 40 ans au Moustique, Vincent rejoint l’équipe de MaTribune.be pour mettre son grain de sel dans notre si beau monde. Où, à part ça, tout va bien…

