Monsieur Brico

Monsieur Brico

Chef de notre Arizona du rafistolage permanent, Bart De Wever s’est adressé aux francophones. Qui donc existent…

Ah ben ça pour une surprise, c’en est une ! C’est vraiment trop d’honneur, Bart. Je dis ça parce que, bien que tu sois normalement le Premier ministre de tous les Belges, on va dire que depuis un an d’Arizona, tu t’es quasiment exclusivement adressé aux médias et donc au peuple flamand. Chez nous, on t’a bien vu sur les réseaux trompeter dans la queue de ton chat Maximus, mais pour le reste, bulle côté Wallonie et Bruxelles. Mais donc là, voilà que dimanche, tu donnes carrément deux interviews à RTL et à la RTBF. Et que donc tu daignes enfin poser un geste exceptionnel : t’adresser aux 4,7 millions de francophones de ce pays pour leur prodiguer tes lumières. Perso j’en suis presqu’ému : ça me donne le sentiment d’exister un peu. Et je ne suis pas le seul à me sentir très honoré. Pour te dire, la RTBF a même présenté ta venue comme un « événement », avec promo et tout. Un peu comme s’ils recevaient Beyonce ou Stromae en exclu.

Enfin bref, merci de ce « privilège ». Surtout que j’avoue : pour toi, l’exercice n’est pas facile-facile. Au vu des derniers événements arizoniens, les circonstances ne sont pas favorables. Parce que, là, tu es à la tête d’une belle bande de ministres bricoleurs. On chipote un truc plic-ploc, puis on voit les conséquences. On décide d’une mesure, puis on voit les chiffres après. On monte un bazar, puis on se prend une grosse flingue du Conseil d’État. Pour cela, tu remercieras ton ami de la N-VA, le ministre-bricoleur des Finances Jan Jambon, qui nous a bien fait péter de rire avec sa breloque des nouveaux taux de TVA.

Ah non mais le Jan avec ses pizzas et ses frites à emporter qui se prennent du 12 % de TVA alors que les mêmes en surgelés restent à 6 %, on était sur du grandiose. Une part de pizza emportée mais réchauffée à la maison, je ne sais toujours pas : c’était quelle TVA ? La canette de Spa citron à 6 % mais le même Spa servi dans un verre avec un glaçon et une rondelle de citron à 12 %, il fallait oser la drôlerie. Et le distinguo entre l’opéra ou le cirque à 6 % mais un concert pop à 12 %, ils ont dû se faire dessus au Conseil d’État. Votre « réforme » de la TVA n’était pas qu’absurde et impraticable, elle était surtout complètement con. J’ai donc bien aimé ta pirouette animalière pour nous blatérer que ce bidouillage abscons de la TVA devait finalement être complètement revu : « On pense avoir un pur-sang et on finit avec un chameau qui est laid et qui pue ». Ce n’est pas faux. Si ce n’est qu’excepté tes bricoleurs gouvernementaux, personne n’y a jamais vu un pur-sang. Un baudet en phase terminale, au mieux.

Quand on bricole, je conçois bien qu’on ne soit pas toujours aidé. Ou mal. Parfois, on tombe même sur le gars qui a deux mains gauches. Tu vois qui ? Oui, c’est ça, celui qui n’est pas le castor le plus utile du barrage : David Clarinval. Ça fait un an que ton sympatoche « ingénieur-bricoleur » du MR a été prévenu par plusieurs associations de la société civile : les exclusions du chômage dont il se pourlèche seront une catastrophe pour les aidants proches. Depuis douze mois, la flèche de Bièvre reçoit des interpellations d’associations et des syndicats, des courriers, des questions parlementaires de l’opposition sur la misère dans laquelle il précipite ces personnes, il voit aussi des témoignages concrets et alarmants dans les médias.

Ah ben non ! Malgré tout ça, ton tiestou de ministre-bricoleur de l’Emploi refusait de toucher à un milli-poil de zigounette de mouche de sa réforme des allocations de chômage, prétendant que tout était sous contrôle. Qué contrôle, donc ?! Dès le 1er mars, les aidants proches qui se consacrent H24 à une personne dépendante en raison de son âge, d’une maladie ou d’un handicap allaient juste se retrouver sans le moindre revenu. Et voilà donc qu’il y a dix jours, noss’ David nous fait celui qui découvre l’affaire. Et toi, obligé de rattraper le coup, tu fais dans l’impro en nous baragouinant finalement que le gouvernement va bricoler dans l’urgence une « période de transition pour éviter que les aidants proches au chômage ne perdent leurs allocations dans les prochains mois. » On a failli attendre.

En tant que Monsieur Brico en chef, je sais aussi que tu te dois d’être vendeur. Et donc quand tu ramènes ta fraise chez nous, tu nous fais des doudouces : « Je travaille dans l’intérêt de chaque citoyen ». Tu espères même que« les francophones sont maintenant prêts à croire que je dis la vérité quand je dis que les réformes institutionnelles sont nécessaires mais ne sont pas contre les francophones, et que je suis aussi là pour eux. J’espère que la confiance des francophones en moi a augmenté. Je pense que oui ».  Quand on te demande si les « réformes » de ton Arizona ne seraient pas un peu beaucoup au bénéfice de ta Flandre chérie et très douloureuses pour la Wallonie et Bruxelles, tu la joues marketing : « Oui ce sera dur à court terme mais, à long terme, la Wallonie va en profiter ». Là, cher Bart, si je puis me permettre, je ferais preuve d’un peu plus de nuances. Je t’explique pourquoi…

Nous, francophones, sommes régulièrement livrés en neurones fraîches. Comme les Flamands, oui. Nous avons donc bien compris qu’avec le soutien très appuyé de Brico-Clarinval et des Engagés, la brutale réforme du chômage est une espèce de régionalisation partielle de la sécurité sociale. Ah si, Bart ! Étant donné le peu d’emplois disponibles côté francophone, les 90.000 Wallons et les 40.000 Bruxellois (pour 57.000 Flamands) qui perdront leurs allocations seront en grosse majorité envoyés vers nos CPAS. Ce qui sera beaucoup moins le cas en Flandre, étant donné que le marché du travail flamand pourra absorber bien plus d’exclus du chômage. Donc non seulement vous avez organisé brutalement l’appauvrissement immédiat de dizaines de milliers de personnes, mais vous rendez les communes de Wallonie et de Bruxelles exsangues. Et ça, ce n’est pas du bricolage.

Pour terminer, soyons juste : tu n’es pas le seul Monsieur Brico. Les gouvernements Azur de Wallonie et de la Fédération Wallonie-Bruxelles sont très bien aussi dans le genre. On va dire que vous êtes complémentaires dans la bricole qui ne touche surtout pas les riches. Tiens, d’ailleurs, tu as vu l’étude des économistes de la CSC ? Ils viennent de calculer le coût pour les ménages des 14 principales mesures prises par l’Arizona et les copains MR-Engagés des gouvernements Azur en Wallonie et en Fédération. Entre les primes réduites du travail de nuit, la baisse des primes liées aux heures supplémentaires, la non-indexation partielle des salaires, les soins de santé et les médicaments plus chers, la hausse des taxes et des accises sur les carburants, l’augmentation des crèches, des fournitures scolaires, du minerval, des stages Adeps et autres, tout ça coûtera jusqu’à 3.873 euros de plus par an et par ménage. C’était quoi, encore, la promesse du MR ? Ah oui : 500 euros de plus en poche par mois et par ménage. Mais ça aussi, c’était de la bricole préélectorale.

Vincent Peiffer
Chroniqueur MaTribune.be |  Plus de publications

Après 40 ans au Moustique, Vincent rejoint l’équipe de MaTribune.be pour mettre son grain de sel dans notre si beau monde. Où, à part ça, tout va bien…

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