Aveuglé par sa logique austéritaire, le gouvernement wallon compte « économiser» 2 milliards d’euros en trois ans, principalement via une réduction des dépenses publiques. Cette orientation désastreuse ne va rien résoudre, au contraire, elle va aggraver la situation. Des alternatives existent. Dans cet article, nous montrons qu’il est possible de diminuer significativement le poids de la dette, c’est-à-dire les intérêts payés sur celle-ci, qui s’élèvent aujourd’hui à plus d’un milliard d’euros par an.
Comme dans les articles précédents, la mesure proposée et retenue dans le tableau de synthèse reste minimaliste : elle n’implique aucune rupture avec le cadre néolibéral actuel et pourrait donc être mise en œuvre par le gouvernement de droite actuel. C’est pourquoi nous retenons une économie prudente de 100 millions d’euros via une seule mesure sur les intérêts de la dette indirecte. Le gouvernement Dolimont s’était d’ailleurs engagé, depuis deux ans, à agir sur cette question des intérêts de la dette indirecte. Mais, une fois de plus, il n’a rien fait.
Cependant, il est également possible et important d’agir sur les intérêts de la dette directe. Nous proposons plusieurs pistes à travers une septième mesure, volontairement laissée hors tableau de synthèse, mais qui pourraient faire économiser plusieurs centaines de millions d’euros par an à la Wallonie.
Sixième mesure : Agir sur les intérêts de la dette indirecte (100 millions)
Commençons par rappeler que la dette wallonne se compose de deux éléments. D’une part, la dette directe, c’est-à-dire les emprunts réalisés par la Région wallonne elle-même. D’autre part, la dette indirecte, à savoir les emprunts réalisés par les unités d’intérêt public (UAP), tels que la Sofico, l’OTW etc.
Entre 2020 et 2024, la dette brute consolidée a augmenté de 10,9 milliards d’euros, soit +39,0 % en 5 ans. Cette hausse globale provient essentiellement de celle de la dette directe qui a augmenté de 60 % alors que la dette indirecte demeurait relativement stable (+4 % au cours de la même période).

Source : Cour des comptes
À côté des intérêts payés sur les emprunts réalisés par la Région wallonne (640 millions en 2025), des organismes publics doivent également payer des intérêts sur les emprunts qu’ils réalisent. Payés avec de l’argent public, ils entrent donc dans le périmètre consolidé du budget de la Région wallonne.
Tout comme ceux de la dette directe, ces intérêts sont en augmentation : 331 millions en 2022, puis 402 millions d’euros en 2023. Malheureusement, aucun chiffre n’est disponible à ce jour pour 2024 et 2025, mais il est probable que la tendance se soit poursuivie.
Ce montant de 402 millions d’euros payés en 2023 est interpellant. En effet, il est payé sur la base d’une dette deux fois moins élevée que la dette directe (11,2 milliards pour la dette indirecte, contre 25,3 milliards pour la dette directe en 2023). Cela signifie que le taux d’intérêt moyen – ou taux implicite – payé par les UAP sur leur dette (3,6 %) est deux fois plus élevé que celui de la Région wallonne (1,8 %).
Face à ces chiffres inquiétants, le gouvernement Azur a annoncé depuis janvier 2025 vouloir investiguer la question et trouver des pistes pour diminuer ces coûts exorbitants, notamment en intégrant les emprunts des organismes d’intérêt public dans la politique de financement de la Région, qui peut emprunter à des taux plus bas que les UAP. Malgré les questions parlementaires et les montants en jeu, non seulement aucune initiative n’a été prise par le gouvernement, mais aucune donnée n’est plus disponible dans les documents budgétaires. Plus étonnant encore, le dernier rapport de la Cour des Comptes ne fournit plus aucune information ni remarque à ce sujet.
Si l’on pose l’hypothèse que les UAP parviendraient à emprunter au même taux moyen que la Région wallonne, soit 1,8 %, l’économie potentielle en intérêts de la dette atteindrait 200 millions. Une hypothèse de de gain de 100 millions pour les finances publiques paraît donc plus que raisonnable.
Agir sur la dette directe
Parallèlement à une action sur les intérêts de la dette indirecte, il est également possible d’agir sur les intérêts de la dette directe. Si ces mesures impliquent une certaine rupture avec le cadre néolibéral actuel, elles n’en restent pas moins importantes, crédibles et réalisables.
- Permettre à la BCE de prêter directement aux États au taux zéro. Rappelons que cette soumission totale aux marchés financiers en matière de financement des déficits n’a pas toujours existé. Via ce qui s’appelait le « Circuit du Trésor », la France s’est financée durant plus de vingt ans après la Seconde Guerre mondiale par sa propre banque centrale, sans recourir aux marchés financiers.
- Utiliser la banque Belfius pour emprunter à la BCE. Aujourd’hui, les banques empruntent à la BCE à 2,1 % et prêtent à la Région wallonne à 4 %. Belfius pourrait donc emprunter à la BCE et prêter ensuite à la RW à 2,5 %. Une telle mesure permettrait d’économiser 500 millions d’intérêts sur la période 2026-2029[1].
- La mise en place de bons d’État au niveau wallon, avec pour objectif de diminuer notre dépendance aux marchés financiers, de proposer un placement intéressant aux épargnants qui peuvent se le permettre, et de dégager de nouvelles ressources pour financer les services publics et la transition écologique. Signalons qu’une fois de plus, le ministre-président wallon Adrien Dolimont s’était engagé à avancer sur ce dossier – inscrit noir sur blanc dans la Déclaration de Politique régionale (DPR) – mais qu’une fois de plus, il n’a strictement rien fait.
- Le gel – ou la réduction de 50 % – du paiement des intérêts de la dette pendant trois ans. Dans ce contexte de crise inédite, il faut réfléchir à des solutions inédites, notamment pour alléger le poids de la dette et rompre avec les politiques d’austérité. Il n’est plus question de faire payer la crise à la population, comme cela a été le cas depuis 2008. Il n’est pas normal que les banques – qui se portent très bien, merci pour elles, et que les pouvoirs publics ont sauvées de la faillite en 2010 lors de la crise financière – ne contribuent pas à l’effort collectif. Exiger une annulation ou une diminution de 50 % des intérêts payés sur la dette wallonne pour les prochaines années est une possibilité à envisager.
Conclusion

Comme le met en évidence cette série d’articles sur la possibilité d’un budget alternatif wallon, des solutions concrètes existent pour améliorer la trajectoire budgétaire de la Région sans faire payer la note aux travailleuses et travailleurs, et pour dégager des marges de manœuvre permettant de renforcer les services publics et non marchands.
Le 16 juin dernier, 15.000 personnes ont défilé dans les rues de Namur pour dire non à l’austérité et affirmer qu’une autre voie est possible. Il faut continuer à mettre la pression, dans la rue comme dans les institutions, jusqu’à ce que le gouvernement wallon change d’orientation.
Publié le 13 juillet 2026.
[1] En 2026, les besoins de financement s’élèvent à 3,9 milliards (déficit + emprunts arrivant à échéance). Mais la Région wallonne n’emprunte pas tout sur les marchés financiers : chaque année, le Conseil régional du Trésor fixe une balise à ne pas dépasser pour les emprunts sur les marchés financiers. Cette balise était de 3,3 milliards en 2025 et de 3,3 milliards en 2026. Emprunter à 2,5 % plutôt qu’à 4 % permettrait d’économiser 50 millions en 2026, 100 millions en 2027, 150 millions en 2028 et 200 millions en 2029.


