À part çà, … Le libéral liberticide

À part çà, … Le libéral liberticide

Un libéral, normalement, ça chérit les libertés. Toutes les libertés. Et puis il y a Bernard Quintin, le libéral qui veut interdire les libertés…

J’ai une question très bête, comme toujours : les policiers, ils ont un chef ? Je veux dire un gars qui donne les ordres ? Oui, semble-t-il. Les polices locales ont leur chef de corps et leur bourgmestre. Les policiers fédéraux qu’on envoie aux manifs avec leurs autopompes, leurs lacrymos, leurs boucliers et leurs matraques, ont un grand chef : le commissaire général Éric Snoeck. Mais au-dessus de lui, il y a encore un super-grand chef : le ministre de la Sécurité et de l’Intérieur, « premier flic du royaume ». C’est lui qui, politiquement, donne le « la ». Qui définit quel type de police est souhaitable, quel usage proportionné de la force cette police doit avoir, où s’arrête le maintien de l’ordre et où commence la répression policière. Son petit nom, c’est Bernard. Son nom, c’est Quintin. Le même ministre MR qui avait estimé que des moyens aériens ne se « justifiaient » pas pour lutter contre les feux de forêts…

Ex-diplomate, pas élu mais suffisamment gavé au MR jusqu’aux amygdales pour être placé là par son ami Georges-Louis, c’est donc Bernard Quintin qui donne les ordres. Et visiblement, ces ordres ne consistent pas – ou pas que – à encadrer des manifestations, à protéger, à sécuriser, à calmer des ardeurs, à écarter ou arrêter des casseurs qui n’ont fichtre que fiche des revendications sociales des manifestants. Au nombre de violences policières exercées lors des manifs d’enseignants, puis à Liège la semaine dernière et vendredi à Bruxelles, les ordres sont manifestement (si je puis dire) d’un autre type.

Ah ben si, Nanard ! Des dizaines de vidéos le montrent et des tas de témoignages de manifestants pacifiques en attestent, y compris ceux de députés présents ou même de journalistes agressés : tes policiers aux ordres provoquent sciemment le bazar en envoyant des pluies de bombes lacrymogènes vers des manifestants parfaitement calmes. Ils aspergent le défilé avec leurs autopompes sans aucune raison, si ce n’est celle d’être là à exercer son droit à la protestation. Ils les envoient valdinguer à terre. Ils les insultent de propos racistes. Et pour toi, le Nanard, tout ça passe crème. Vendredi encore, tes flics pratiquaient des « nasses » d’encerclement sur des groupes de manifestants pacifiques. Pour quoi faire ? Les matraquer gaiement ? Une technique qui – petit rappel à destination de ton cortex oublieux – est illégale depuis mars 2025, donc strictement interdite à la police. Mais pour toi, ça passe vaseline.

À Liège, tes braves gaillards de policiers n’ont pas que poursuivi des jeunes émeutiers (très, très minoritaires). Certains ont aussi excité des groupes d’écoliers et d’étudiants qui fraternisaient dans la bonne humeur, jusqu’à leur lancer des projectiles, en plus des lacrymos. Avec leurs boucliers et leurs matraques, d’autres ont même bousculé et menacé des parents et des professeurs qui encadraient leurs jeunes écoliers. Ils ont dû les protéger de tes robocops, finalement. Mais pour toi, tout ça passe suppositoire.

C’est là que me vient une autre bête question, Nanard : est-ce que, par hasard, à force d’ordonner à tes policiers de faire les brutes épaisses à chaque manif, tu ne serais pas en train de nous réprimer les manifestions elles-mêmes ? Je veux dire le droit de manifester en lui-même. Et ce en utilisant une tactique que tu dois trouver finaude et discrète, mais qui est surtout très visible et lourdaude : une manif est organisée ; pour l’encadrer et éviter des violences de certains tu y envoies tes policiers ; chemin faisant ils pourrissent la manifestation en s’en prenant à des manifestants pacifiques ; que tu décris par la suite comme des casseurs ou des émeutiers (puisqu’ils ont été matraqués par les policiers !). Et tu en conclus donc : « Ah ben vous voyez ! Chaque manifestation dégénère en violences d’extrême gauche ! Il faut les interdire ! » Et hop !

Je sais, je suis extrêmement suspicieux, voire très méfiant. Mais ce n’est pas moi qui ai commencé à vouloir tout interdire. Chez toi et chez ton Georges-Louis adoré, c’est même devenu une fixette : interdire. Dois-je te rappeler d’abord que ton grand projet de vie, celui qui provoque chez toi une obsession quasi orgasmique, c’est de permettre au gouvernement d’interdire des associations ? Interdire les antifas et tout ce qui a l’odeur de la gauche de rupture. Interdire le « dangereux » activisme environnemental. Interdire les allocations familiales aux « mauvais parents ». Interdire le chômage même quand il n’y a pas de travail. Interdire les soins de santé solidaires au profit d’assurances privées. Interdire aux médecins de diagnostiquer des maladies de longue durée. Interdire avec ta nouvelle copine de la N-VA Anneleen Van Bossuyt d’exprimer sa solidarité et d’héberger des migrants qui ont fui les persécutions. Interdire treize étudiants gazaouis. Interdire les défenseurs de la Palestine. Ton président – et donc toi – veut même interdire Tik Tok chez les jeunes, parce qu’on y trouve trop de vidéos sur Gaza. Des fois qu’ils y verraient un génocide. Et donc bientôt interdire la liberté de manifester ? On est à ça.

En revanche, surtout ne pas interdire le réseau X d’Elon Musk, meilleur vecteur de la fachosphère et réseau préféré de ton chef Bouchez. Ne pas s’inquiéter de ces milliardaires d’extrême droite qui phagocytent les médias et les transforment en propagandistes des idées racistes. Ne pas s’indigner non plus de l’ingérence israélienne ou trumpienne dans la politique européenne. Ne pas s’interdire, bien sûr, d’accueillir l’extrême droite au MR pour lui « donner une seconde chance ». Ne pas s’interdire une communication infecte de ton parti, qui « montre » le matériel scolaire des écoliers d’aujourd’hui : des cocktails Molotov et des armes, notamment. Tout ça, c’est de la liberté d’expression. Et de la liberté tout court, c’est ça ?

Comme je ne voudrais pas que tu passes pour un libéral liberticide, un petit rappel de fond concernant le concept de liberté, que tu sembles ne pas avoir bien compris. La liberté, ce n’est pas seulement la tienne. Ou celle des copains de ta caste. C’est aussi celle des autres. Et cette liberté des autres peut se pratiquer aussi. Elle peut même contenir et exprimer des idées et des valeurs pile opposées aux tiennes. Et ce sans que toi tu te sentes obligé de les interdire. Pigé ?

Un autre truc concernant les interdictions que tu kiffes tant. Tu étais trop petit puisque tu es né en 1971. Mais en mai 1968, des tas de jeunes de tous bords, y compris des jeunes libéraux de l’époque, manifestaient derrière un slogan : « Il est interdit d’interdire ». Tu connais ? OK. Mais peut-être l’as-tu mal interprété. Genre : « Oh ben puisqu’il est interdit d’interdire, j’en déduis qu’il est aussi interdit de m’interdire d’interdire. » Non, Nanard, non ! Outre le rejet d’un ordre moral rigide (tu connais), de l’autorité traditionnelle (tu connais aussi), de la censure (tu connais par cœur) et des contraintes sociales (idem), « Il est interdit d’interdire » incarnait l’exigence de liberté d’expression, d’émancipation individuelle et de contestation des normes établies. Tu vois la nuance ? Non, je ne crois pas.

Vincent Peiffer
Chroniqueur MaTribune.be | Plus de publications

Après 40 ans au Moustique, Vincent rejoint l’équipe de MaTribune.be pour mettre son grain de sel dans notre si beau monde. Où, à part ça, tout va bien…

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