A part ça… La princesse héritière

A part ça… La princesse héritière

Ministre fédérale à 27 ans, Éléonore Simonet est déjà digne des Bouchez, Clarinval, Jeholet et autres Ducarme. Une « ingénieure » surdouée…

Elle a tout d’une grande du MR. Et heureusement pour les libéraux de Bruxelles, dites ! Depuis que David Leisterh s’est gamellé en butant sur la formation d’un gouvernement bruxellois avant de se retirer de la vie politique, c’est morne plaine chez les peyes et les meyes en bleu de Bruxelles. Zéro leader. Il y a bien Quintin ou Glatigny mais bon, hein. Et donc heureusement que le 3 février 2025, le roi Georges-Louis a eu la fine initiative de littéralement propulser Éléonore Simonet sous les spotlights pour en faire sa ministre-surprise des Classes moyennes, des Indépendants et des PME. Elle venait d’avoir 27 ans. En juin 2024, à 26 ans, elle était devenue députée régionale bruxelloise. Et en octobre 2024 conseillère communale de sa commune de Woluwé-Saint-Lambert. Et puis là, poum, ministre fédérale ! On est sur de la fusée politique libérale.

Et soyons clairs : Éléonore le mérite amplement. Ah si ! En une seule phrase d’interview sur RTBF-La Première, elle nous a démontré à quel point elle avait tout bien compris comment se comporter quand on veut devenir une tête de gondole libérale de l’ère Bouchez. Milieu de semaine passée, la nouvelle princesse du MR bruxellois était interrogée dans « Le monde en direct ». Question de Julie Morelle : vous dites que réformer le chômage donnera plus de pouvoir d’achat ? Réponse de la ministre Schtroumpfette : « Tout à fait ! C’est montrer aujourd’hui que l’oisiveté est moins rémunératrice que le travail. »

Donc là, déjà, on voit que la nouvelle égérie du libéralisme bruxellois a fait un master en droit, et pas en économie. Et donc à quel point elle est parfaite pour s’inscrire dans la lignée des glorieux « ingénieurs » clarinavalesques, dolimontesques, voire même jeholesques, quant à la maîtrise des enjeux de gestion et des chiffres. La demoiselle devra juste nous expliquer un jour par quel tour de perlimpinpin 200.000 personnes exclues du chômage, dont un cinquième tout au plus retrouvera un travail (souvent précaire), vont « augmenter leur pouvoir d’achat ». Et comment ceux qui se verront refuser un revenu d’insertion sociale (RIS) par leur CPAS vont se baffrer en mendiant de l’aide auprès de leurs proches, s’ils en ont. Ou comment les plus de 55 ans qui ne retrouveront aucun emploi, ou alors un flexi-job ou un mini-temps partiel, vont bien pouvoir bouffir leur compte courant. Ou comment encore la caissière du Delhaize remplacée par des jobistes étudiants va se sentir plus à s’n’aise dans ses comptes. Et comment enfin les milliers de travailleuses et travailleurs concernés par la suppression des programmes d’aide à l’emploi (ALE) vont pouvoir acheter plus. J’attends les explications de Miss Simonet. Parce que lier l’exclusion du chômage à l’augmentation du pouvoir d’achat, on va rester poli en disant qu’on est juste dans la grande crétinerie. Ce qui, par ricochet, me fait un peu peur pour l’avenir de la Classe moyenne, des Indépendants et des PME dont la jeune demoiselle a la charge.

Où Éléonore est encore davantage en avance sur son programme de nouvelle grande dame du MR, c’est qu’elle maîtrise déjà aussi bien que ses aînés un autre outil indispensable chez les libéraux francophones : le mépris. On répète : pour la fifille, la réforme (aveugle) du chômage c’est « montrer aujourd’hui que l’oisiveté est moins rémunératrice que le travail ». Donc les chômeurs sont rien que des oisifs. Ceux qui ont travaillé et cotisé des dizaines d’années avant de perdre leur emploi chez Audi ou chez Cora sont des grosses feignasses. Les aidants proches qui s’occupent d’un gamin handicapé ou d’une mamy n’ayant pas les moyens d’une maison de repos, des profiteurs ! Les jeunes exclus du chomdu qui cumulent pourtant des contrats courts pour (ne pas) arriver à nouer les deux bouts, ah ben y font rien qu’à se les gratter. Les travailleuses ALE qui assurent les gardes extrascolaires se complaisaient à ne rien branler. D’ailleurs, d’façon, 60 % des exclus du chômage sont des étrangers qui profitent, n’est-il pas ? Et donc là, bravo à elle, Éléo a déjà atteint le taux de dédain et d’inhumanité nécessaire pour être dans les nuances de bleu actuels.

Il est vrai que la donzelle possède un avantage de plus pour faire partie du haut du pavé MRien. Comme son modèle ès emploi, le grand Clarinval, c’est une fine « experte » de la valeur travail, elle aussi. Rendons-nous compte qu’après ses études et avant de devenir députée bruxelloise (à 26 ans, donc), cette stakhanoviste a bossé trois à quatre longues années comme avocate au barreau de Bruxelles. C’est dire si ça la connaît, les très longues carrières hors du champ politique. C’est dire aussi si, forte de cette grande expérience sur le vrai marché du travail, elle a le nez fin pour repérer l’oisiveté de ses vilains contemporains fainéants qui n’ont eu qu’une petite carrière de vingt ans avant de connaître un accident de la vie ou du travail.

Et ce n’est pas tout ! La pimpante Eléonore dispose d’un autre maître-atout pour devenir une toute grande au MR. Comme les Michel, les Ducarme, les Galant et quelques autres grands Schtroumpfs, elle est politiquement très bien née. La princesse héritière est la petite-fille de feu Henri Simonet, qui était député et sénateur socialiste puis libéral, bourgmestre d’Anderlecht, membre de la Commission européenne et ministre des Affaires étrangères. Éléonore est aussi la fille de feu Jacques Simonet, qui fut successeur de grand-papy au maïorat d’Anderlecht, ministre-président bruxellois et secrétaire d’État aux Affaires européennes. Son frère aîné, Henri Simonet (junior), a failli précéder sœurette en politique, puisqu’il fut engagé (à 24 ans !) comme conseiller au cabinet du Premier ministre Charles Michel avant d’embrasser le métier de juriste. Éléonore établit donc un record belge du népotisme « méritocratique », puisqu’elle incarne la troisième génération de ministres dans la Famille Simonet. Respect.

Avant de définitivement t’introniser nouvelle petite reine du MR, Éléo, j’ai une requête : pourrais-tu te prononcer aussi finement sur des sujets que tu n’as pas encore abordés à ce stade ? Par exemple, les malades de longue durée sont-ils également des profiteurs oisifs et leurs médecins des complices corrompus ? À Gaza, c’était un génocide ou pas ? Et y avait-il une famine organisée par Israël ou, comme disait Denis Ducarme, une simple « malnutrition » ? Et comme ton président Bouchez, la stratégie de « sécurité intérieure » et de chasse aux migrants pondue par Trump, toi aussi tu aurais « pu l’écrire toi-même » ? À Minneapolis, elle a abouti aux assassinats de Renée Good et Alex Pretti par l’ICE. C’est juste pour savoir…

Vincent Peiffer
Chroniqueur MaTribune.be |  Plus de publications

Après 40 ans au Moustique, Vincent rejoint l’équipe de MaTribune.be pour mettre son grain de sel dans notre si beau monde. Où, à part ça, tout va bien…

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