
Cassé à la RTBF, laminé dans un sondage et hué au Doudou de Mons : superbe week-end à baffes pour Georges-Louis Bouchez.
Ah ça, les temps sont durs. Mais prends les choses positivement, Georgio ! En président du MR qui éclaire l’avenir, tu dois rester optimiste ! Et je vais t’y aider. Par exemple samedi, je trouve que tu as vraiment bien performé à la Ducasse de Mons. Comme tu le sais puisque tu es montois comme Julie Taton, la sortie en cortège de la collégiale Sainte-Waudru est un peu le top départ des festivités du Doudou. Aux côtés des acteurs folkloriques, les autorités communales participent donc chaque année à cette parade. En tant que (bruyant) conseiller communal de « Mons en Mieux », tu t’y es bien sûr faufilé alors qu’une foule de plusieurs milliers de personnes était massée dans la rampe qui, le dimanche matin, devait accueillir la fameuse montée du Car d’Or.
Et c’est là, durant ce moment traditionnellement marqué par une liesse populaire bon enfant, que tu as créé l’exploit : tu as réussi à te faire huer et siffler par le public. Donc je dis respect. Ce moment emblématique du folklore montois est généralement tout sauf politique. Il est rassembleur et amitieux. Toi, tu as réussi à le transformer (un peu, heureusement) en moment de rejet de ta personne. Au Doudou, c’est une performance inédite. Qui, il est vrai, a nécessité une soigneuse préparation de ta part, à force de propos clivants, de provocations crétines, de gueulantes hystériques, d’attaques brutales et de mépris dégoulinant. Une bien belle récompense pour tant de travail effectué, et qui a fini par payer. Bref, un chouette samedi qui ponctuait d’ailleurs deux belles journées de grosses claques.
Car la veille, le Conseil d’administration de la RTBF désignait Thomas Gadisseux à la direction de l’information. Ceci après un long processus de sélection des candidats, qui ne souffre aucune contestation chez personne. Sauf, bien sûr, chez ta petite personne de droit divin, qui se croyait autorisée à imposer là un poyon libéral à sa botte (Laurent Haulotte). Et donc flop. Furieux de cette lèse-majesté, tu ordonnes donc à tes cinq administrateurs MR de démissionner. Et tu accompagnes ça d’un tweet d’une abyssale bêtise, où tu dénonces l’absence de « consensus » au sein du CA de la RTBF. Alors là, mi p’tit Trumpounet, il va falloir urgemment me revoir le sens du mot « consensus ». Note ça : un consensus, ça ne se dégage pas parmi les seuls cinq administrateurs MR du CA. En revanche, il y avait bien « consensus » parmi les huit autres membres du CA (PS, Engagés, Ecolo et PTB) pour choisir Gadisseux. Et huit administrateurs sur treize, ça fait quoi ? Une majorité. Voilà. Si tu ne comprends pas, tu demandes à Jacqueline.
J’ouvre une parenthèse… Étant donné la « qualité » de tes administrateurs démissionnaires comme Nadia Geerts, Corentin de Salle ou Axel Miller, j’emprunterai une formule très adéquate à un copain : « un conseil d’administration sans le MR, c’est un peu comme un bac à sable sans crotte de chien » (merci Edgar). Façon de dire que la démission de tes administrateurs fait le même effet que tes menaces de boycott de la RTBF : ça en touche une sans faire bouger l’autre. Comme d’ailleurs les airs de petit tyran colérique que tu prends si parfaitement, mais qui lassent, à force. Globalement, le monde s’en tamponne le coquillage. Je ferme la parenthèse.
Et puis il y a ta troisième claque. Mon humanité m’impose (un peu à contre-cœur) de te demander comment va ta santé. Parce que cette claque-là est de loin la plus magistrale : un peu plus tard le même vendredi sortait le volet sondage politique de l’Enquête nationale RTBF-VRT-De Standaard. Avec 18,3 % des intentions de vote en Wallonie (pour 28,2 % en juin 2024), le MR a perdu 1/3 de ses électeurs (en excluant les indécis). Un tiers, Georgio ! Et pire à Bruxelles : avec un tout petit 12,7 % d’intentions (21,5 % en 2024), ça te fait plus d’un un tiers de perte ! Ce n’est plus une baffe, c’est une défonce.
Tes « nouveaux » électeurs de 2024 ont donc mis deux ans à comprendre, mais ils ont bien compris. D’abord que tes 500 euros de plus dans le portefeuille de ceux qui travaillent était le parfait attrape-nigaud. Et que la belle promesse d’un compte en banque qui chante sera tenue en l’an 2164 au plus tôt. Ces électeurs-là ont peut-être aussi compris que précariser encore un peu plus des chômeurs, des malades ou des pensionnés n’aura servi à rien, sinon à leur donner le sentiment honteux d’avoir aidé le MR à aggraver la pauvreté.
Ces bernés de 2024 ont surtout compris ce qu’était le « libéralisme populaire » que tu tentes de faire exister dans les têtes des plus crédules. Ton libéralisme est effectivement populaire dans un sens : il essore les couches populaires (et les classes moyennes) pour préserver les plus ou moins grassement nantis. Les candides d’il y a deux ans ont compris qu’en 18 mois d’Arizona, rien, absolument rien n’a été fait pour que les « épaules les plus larges » participent à l’effort si nécessaire qu’on exige de tous les autres. Ils ont aussi compris que ton appât favori était une formule aussi imparable que simpliste : « Moins de taxes donc plus de net en poche. » Sauf que les taxes honnies par le MR sont surtout des taxes sur le travail. Donc en grande partie les cotisations sociales. Qui servent à quoi ? Globalement à garantir à ceux qui cotisent de manière solidaire un « salaire différé » en cas de pépin de vie ou durant la vieillesse : chômage, allocation d’invalidité, pension. Donc mécaniquement, ton « moins de taxe plus de net » se transforme en « moins de salaire différé », donc en moins de protection sociale collective. Donc en plus de casse et de pauvreté.
Tout ça pour quoi ? Tout au plus pour quelques dizaines d’euros immédiats en poche. Dépensés à quoi ? À ce qu’on veut. Bien, et après ? Quand le salaire « différé » et les protections mutualisées seront rabotés encore et encore ? Ils ont compris qu’un jour, ils devront souscrire à une assurance santé privée à 400 boules par mois pour opérer un ménisque ou soigner une carie. Ils auront bonne mine, leurs 60 ou 80 euros poche d’aujourd’hui. Ils ont compris aussi qu’à force de malus, une pension légale sera tellement basse qu’il faudra la remplacer par de l’épargne privée capitalisée à plusieurs centaines d’euros aussi. Donc la placer sous la « responsabilité » des marchés financiers et de leurs « fonds de pension ». Qui ont quelle caractéristique ? Celle de s’effondrer régulièrement à la faveur d’une crise financière. Et d’emporter dans les abysses les retraites privées de millions de personnes.
Donc tu vois, mon Georgio, tu as fait de l’éducation permanente. À force de brutalité, de caricatures, de mensonges, de lourdeur et de simplismes, tu as aidé tes « nouveaux » électeurs de 2024 à comprendre que ton « libéralisme populaire » était une grosse daube. Et à s’en aller. Surtout ne change rien. Tu remercieras aussi les Clarinval, Dolimont, Glatigny, Jeholet et autres loyaux sbires de s’être eux aussi prêtés au grand jeu de la tête à claques.

Vincent Peiffer
Après 40 ans au Moustique, Vincent rejoint l’équipe de MaTribune.be pour mettre son grain de sel dans notre si beau monde. Où, à part ça, tout va bien…

