
Une idée : pourquoi Fabien Pinckaers ne viendrait-il pas au secours des « ingénieurs » de l’Arizona qui n’y arrivent décidément pas ?
On va se détendre un peu. Si, Fabien, t’es tendu comme un string. Je te croyais d’ailleurs plus fin que ça. Je ne pensais pas que tu allais sortir le refrain éculé : « Il faut cesser de stigmatiser les riches ». Personne ne stigmatise les riches ou les entrepreneurs. C’est juste que nous, les gens de peu, on débecte ceux qui refusent de payer un impôt juste et proportionné. Nuance. Et alors je ne pensais pas non plus que tu allais nous sortir la sempiternelle menace Ryanair : « Je n’aurai d’autre choix que de quitter la Belgique. » On dirait du Michael O’Leary ! Ne t’abaisse pas à ce niveau très low-cost, Fab. Mais donc j’avais dit qu’on allait se détendre.
Pour ça, je suis obligé de redire le pourquoi du tendu de ton string : Yvan Verougstraete veut taxer une rawette ceux qui ont un patrimoine mobilier de plus de 500.000 euros avec un prélèvement progressif allant de 0,15 % à 0,60 %. Comme tu détiens pour 5 milliards d’euros d’actions de ton entreprise Odoo, le taux d’imposition prévu pour toi par les Engagés serait de 0,60 %. Ce qui te ferait une taxe de 30 millions par an à verser. Que tu n’as pas sur ton carnet d’épargne puisque tu laisses toutes tes actions dans ton entreprise. Tant que tu ne les revends pas, dis-tu, ce sont 5 milliards d’euros « fictifs ». Une valeur « papier », pas de l’argent dont tu disposes sur un compte. Le tien n’étant garni, dis-tu, que de 100.000 euros. Donc impossible de payer cette taxe, point barre.
Une ch’tite remarque quand même, mon Fab. Tu sais pertinemment que ce que tu dis là est en partie de la franche carabistouille. Il existe des tas de moyens de bénéficier des moyens de ton entreprise sans vendre tes actions. Comme faire acheter des tas de trucs par ta société et en bénéficier, toi. Comme aussi, par exemple, emprunter beaucoup d’argent pour te payer un énorme machin en donnant comme garantie les actions que tu possèdes dans Odoo. C’est ce qu’a fait Elon Musk pour Twitter : tout emprunter en donnant en garantie (une partie de) ses actions Tesla. Et tiens là, cet argent « fictif » vaut subitement « quelque chose » : de l’argent bien réel capable d’acheter une entreprise qui lui versera des dividendes et qu’il pourra même revendre plus tard en touchant un pactole bien réel. Mais quand il s’agit de taxer des actions, elles ne valent rien. Allez, on va dire que tu ne savais pas. Et on se détend en soulignant que, finalement, tu as deux options.
Option 1 : tu considères vraiment qu’il est très normal de continuer à faire peser tous les efforts budgétaires sur ceux qui n’ont rien, pas grand-chose ou un petit peu. Et que par corollaire, les plus riches, très riches, super-riches et les méga-giga-riches ne doivent surtout pas participer proportionnellement à la solidarité. Comme, par exemple, les cent familles les plus fortunées de Belgique qui détiennent 416 « sociétés holding » et « sociétés de participations » au Luxembourg, où elles « abritent » 91 milliards d’euros d’actifs. On le sait mais ça va mieux en le redisant : ces « structures luxembourgeoises » n’abritent absolument aucun patrimoine professionnel, uniquement un patrimoine financier privé. Dois-je aussi te remémorer ces Belges (souvent les mêmes) qui s’adonnent à l’« optimisation » et la grande fraude fiscale dans des paradis fiscaux, privant ainsi le trésor public de 30 milliards par an ? Non.
Si donc, comme eux, tu estimes pouvoir tout garder et ne pas contribuer équitablement, voudras-tu bien ne plus jamais utiliser les infrastructures collectives payées par ceux qui, eux, participent à la solidarité. Si, par exemple, tu tombes malade, il ne faudra plus aller chez le médecin qui est payé en partie par la sécurité sociale, donc par la collectivité. Si tu dois te faire opérer, je te conseille ardemment de vite te construire un hôpital privé et de payer toi-même le matériel, ton chirurgien, les soins infirmiers et le prix plein des médicaments. De même, voudras-tu bien ne plus emprunter les routes et autoroutes, et bien sûr les trains ou les bus. Si tu as des enfants, ne surtout plus les faire bénéficier du système scolaire ou universitaire. Abstiens-toi aussi d’aller au théâtre ou dans un festival (ils sont en partie subsidiés), recycle ou incinère toi-même tes poubelles, ne fais pas appel à la police si des cambrioleurs tentent d’entrer chez toi ou aux pompiers si ta maison brûle. J’en ai d’autres. Plein.
Option 2 : tu trouves juste et même indispensable que les « épaules larges » participent à la collectivité à hauteur de leurs moyens parfois considérables. Ça semble être ton cas puisque tu te dis « tout à fait pour qu’on taxe la richesse réelle ». Tu confirmes même que quand tu revendras des actions, « la taxe sur la plus-value s’appliquera et je n’ai aucun problème avec ça ». Et, ma parole, tu y vas fort généreusement : « Si je vends mes actions Odoo, on pourrait me taxer à 90 %, ça ne me poserait pas de problème, car je ne travaille pas pour l’argent. » Très bien, Fab.
Mais puis-je me permettre une remarque à propos de la taxe sur les plus-values dont tu parles si charitablement ? Sais-tu bien que la famille Lhoist-Berghmans, qui est leader mondial de la chaux, vient de passer n°1 des fortunes belges avec un patrimoine de 12,9 milliards d’euros ? Ceci en revendant la branche nord-américaine du groupe Lhoist pour 11,8 milliards. Et donc ? Leur énorme plus-value a bien évidemment été réalisée par une société holding qu’ils possèdent. Or la nouvelle taxe sur les plus-values n’est réservée qu’aux personnes physiques. Total : sur l’énorme plus-value, les Lhoist-Berghmans payeront un impôt faramineux de… zéro euro. Mais donc toi tu ne feras pas ça, quand tu revendras des actions. Re-très bien, Fab. Mais la question est : quand ? Quand revendrais-tu des actions sur lesquelles un impôt pourra être prélevé ? Jamais, peut-être. Sûrement, d’ailleurs. Tu en feras donation à tes enfants. Ou alors tu en revendras une part, peut-être, un jour. Le souci, Fabien, c’est que ce n’est pas dans 1.200 ans qu’il faudrait un peu mieux participer à la chose publique. C’est maintenant.
Donc si tu veux vraiment contribuer, comme tu sembles le dire, il va falloir trouver une solution. La plus simple et rapide : tu revends quand même une kawette de tes actions (avec taxation de 0,6 %). Détends-toi : il te restera pour 4.970.000.0000 euros d’actions Odoo. Qui, étant donné ton grand talent, seront redevenus 5 milliards dans un an, voire bien plus. Et puis il y a l’autre solution, plus constructive et peut-être plus couillue que des ouin-ouins menaçants. Elle implique de se poser une question : comment, nous les riches, devrions-nous faire pour ne pas laisser tout le poids budgétaire sur les épaules de ceux qui ne le sont pas, tout en permettant aux entrepreneurs d’entreprendre ?
Tu auras remarqué comme moi qu’avec les « ingénieurs » autoproclamés de l’Arizona ou des gouvernements Azur, on n’est pas près d’y arriver. Or toi, tu l’as prouvé avec Odoo : tu es le Paganini de la gestion et de la comptabilité. Tu étais Manager de l’Année 2020 ! Plus jeune milliardaire de Belgique ! D’où une proposition : tu vas trouver Bart et tu lui proposes de prendre pendant un an la place de Jan Jambon comme ministre des Finances. Tu mets tes meilleurs éléments d’Odoo sur le coup, qui rebidouillent toute la fiscalité belge pour arriver à cette justice fiscale que – sauf erreur – tu appelles de tes vœux. On fait comme ça ? Merci, dis.

Vincent Peiffer
Après 40 ans au Moustique, Vincent rejoint l’équipe de MaTribune.be pour mettre son grain de sel dans notre si beau monde. Où, à part ça, tout va bien…

