Dossier Venezuela (partie 3) | Les avancées sociales de Chávez (2002-2013) : le pétrole au service de la justice sociale

Dossier Venezuela (partie 3) | Les avancées sociales de Chávez (2002-2013) : le pétrole au service de la justice sociale

Dans l’article précédent, nous avons montré comment le coup d’État militaire d’avril 2002 a été vaincu par une mobilisation populaire massive, rendue possible par les premières années de politisation démocratique impulsées par le gouvernement Chávez. Pour la première fois dans l’histoire contemporaine, un président renversé par un putsch a été rétabli au pouvoir grâce à l’intervention directe du peuple, appuyée par des secteurs de l’armée restés fidèles à la Constitution. Quelle a été la politique menée par Chavez pendant les dix années suivantes et quel héritage a-t-il laissé à Nicolas Maduro ?

Dès 2001 donc, Chávez reprend le contrôle du pétrole, principale richesse du pays, via des nouvelles lois qui renforcent le contrôle de l’État sur l’entreprise Petróleos de Venezuela SA (PDVSA) et qui augmentent les royalties versées par les compagnies privées.

Comme le souligne Éric Toussaint, porte-parole du Comité d’abolition des dettes illégitimes (CADTM), d’autres nationalisations importantes ont eu lieu : « la production et la distribution électrique, les télécoms (CANTV), la sidérurgie (Sidor qui compte 15.000 travailleurs), le secteur du ciment, des entreprises de production alimentaire (y compris la filiale vénézuélienne de la transnationale céréalière Cargill), une grande banque (Banco de Venezuela, rachetée en 2009 au groupe espagnol Santander). Toutes ces nationalisations ont été réalisées en indemnisant les propriétaires avec l’argent du pétrole. En procédant ainsi, Hugo Chavez cherche à limiter l’escalade des tensions avec les grandes sociétés privées étrangères ainsi qu’avec la classe capitaliste locale. » 

Cette reprise du contrôle effectif du secteur pétrolier, combinée à des prix du pétrole relativement élevés sur les marchés internationaux, va permettre à l’État vénézuélien de dégager des marges budgétaires inédites. Et, en cohérence avec ses promesses électorales, celles-ci vont être mobilisées pour mettre en œuvre des politiques sociales ambitieuses, produisant des résultats rapides, concrets et mesurables dans de nombreux domaines.

Bien qu’imparfaites, ces avancées sont d’autant plus remarquables qu’elles seront obtenues dans un contexte de conflit permanent : hostilité persistante des élites économiques, sabotage économique, guerre médiatique et tentatives continues de déstabilisation interne et externe.

Des avancées significatives en matière de justice sociale

Si ces avancées ne doivent pas être idéalisées, le chavisme ayant inévitablement connu des faiblesses, des contradictions et des limites réelles (cf. infra), elles constituent néanmoins un fait politique et social majeur, largement documenté, qu’il est utile de rappeler.

Éducation : une démocratisation massive

L’éducation a été l’un des piliers centraux du projet bolivarien. La Mission Robinson, un programme public étatique[1] de grande ampleur a permis d’enseigner à lire et à écrire environ 1,5 million de personnes en moins de trois ans, ce qui a conduit le Venezuela à être déclaré « territoire libre d’analphabétisme » dans le cadre des critères Unesco. Au-delà de l’alphabétisation, l’accès à l’éducation à tous les niveaux a été profondément élargi : suppression des droits d’inscription dans l’enseignement public, construction de nouvelles écoles, multiplication par cinq du nombre d’enseignants (de 65.000 à 350.000) et triplement du nombre d’étudiants universitaires (de 860.000 en 2002 à 2 millions en 2011). Près de la moitié de la population vénézuélienne poursuit alors des études. Ces résultats confirment qu’avec une volonté politique affirmée, des campagnes nationales d’éducation peuvent produire des effets rapides et durables.

Santé : faire du droit constitutionnel une réalité

La Constitution de 1999 reconnaît le droit à la santé comme un droit fondamental. En 2002, la situation est pourtant catastrophique : deux Vénézuéliens sur trois n’ont jamais consulté un médecin. Face à ce défi, et au manque criant de médecins qualifiés dans le pays, le gouvernement met en place une coopération inédite avec Cuba (qui, lui, dispose de beaucoup de médecins très qualifiés), fondée sur un échange pétrole-médecins. Dès avril 2003, la Mission Barrio Adentro (programme étatique) est lancée, avec l’installation de dispensaires de proximité et fournissant des services gratuits dans les quartiers populaires. Le programme se généralise rapidement, avec plus 23.000 médecins cubains en 2006. Les résultats sont significatifs : le nombre de médecins passe de 20 pour 100.000 habitants en 1999 à 80 pour 100.000 habitants en 2010, soit une augmentation de 400 % ; la mortalité infantile est divisée par deux ; des dizaines de milliers de personnes bénéficient d’opérations oculaires gratuites ; et l’accès aux soins est étendu à des patients atteints de maladies lourdes (cancer, sida, hémophilie), jusque-là exclus du système de santé.

Pauvreté : un recul massif des inégalités sociales

Le taux de pauvreté monétaire a été réduit de plus de moitié, passant d’environ 54 % des ménages en 2003 à environ 26 % en 2008, soit une division par plus de deux, et la pauvreté extrême a chuté encore plus fortement, d’environ 72 % sur la même période.

N.B. : ces chiffres mesurent la pauvreté sur la base du revenu monétaire, sans prendre en compte les bénéfices non monétaires liés à l’accès accru à la santé, à l’éducation ou aux services sociaux via les missions bolivariennes.

Entre 2003 et 2013, la réduction nette de la pauvreté et de l’extrême pauvreté est considérée comme l’un des effets les plus significatifs des politiques sociales financées par la rente pétrolière.

Retraites et aides sociales : une protection universelle

Le gouvernement met en place un système de pensions universelles couvrant l’ensemble des travailleurs, y compris ceux du secteur informel, ainsi que les femmes n’ayant jamais été salariées et les personnes âgées pauvres sans cotisations antérieures. Parallèlement, les réseaux de distribution publics, notamment les magasins Mercal, situés dans les quartiers populaires ou ruraux, permettent aux familles modestes d’acheter des produits alimentaires de base et des biens de première nécessité à des prix jusqu’à 60 % inférieurs à ceux du secteur privé.

Emploi : recul du chômage et formalisation du travail

Après une hausse du chômage au début du mandat de Chávez, liée à l’instabilité politique et au sabotage économique, la tendance s’inverse durablement. Selon les données de l’Institut national de la statistique du Venezuela, le taux de chômage est passé de 19,2 % en 2002 à 5,6 % en 2013, le niveau le plus bas enregistré au cours de la période chaviste.

Selon les données de l’ONU, le travail informel, qui représentait environ 55 % de la population active en 1999, a reculé à près de 42 % en 2012, tandis que l’emploi formel a progressé de 45 % à environ 58 % sur cette même période.

Réforme agraire : rupture partielle avec le modèle latifundiaire

À partir de 2001, une réforme agraire d’ampleur visant à donner la terre à ceux qui la travaillent est engagée. Près de trois millions d’hectares sont récupérés sur les grandes propriétés et redistribués aux paysans. Un impôt sur les terres non productives est instauré et la concentration foncière est plafonnée à 5.000 hectares par propriétaire. Les coopératives agricoles et les petites exploitations bénéficient de subventions importantes.

Pêche : protection des petits producteurs et de l’environnement

La nouvelle loi sur la pêche au Venezuela en 2001 impose des restrictions strictes à la pêche industrielle afin de protéger l’écosystème marin et de garantir des moyens de subsistance aux pêcheurs artisanaux. Elle reconnaît également des droits sociaux aux travailleurs du secteur, historiquement surexploités. En 2009, la pêche industrielle au chalut est totalement interdite, favorisant un renouveau de la pêche artisanale.

Logement : des centaines de milliers de logements sociaux construits

À partir du milieu des années 2000, l’État engage des programmes publics de construction qui permettent l’édification de plusieurs centaines de milliers de logements sociaux. Ces réalisations contribuent à améliorer concrètement les conditions de vie dans les quartiers urbains les plus précaires, même si les besoins structurels restent importants et que la pénurie de logements n’est pas entièrement résorbée.

N.B. : ce programme public de construction de logements sociaux initié sous Hugo Chávez a été poursuivi sous Nicolás Maduro. Selon les chiffres officiels, en 2021, 4,1 millions de logements ont été construits et livrés à des familles à faibles revenus à travers le pays.

Coopération régionale : une alternative au libre-échange néolibéral

À l’opposé des accords de libre-échange classiques, le Venezuela promeut des formes de coopération régionale fondées sur la complémentarité, la solidarité et la souveraineté économique. Signé en 2004, l’accord régional ALBA/TCP (Alternative bolivarienne pour les Amériques / Traité de Commerce des Peuples) est un accord entre huit États d’Amérique latine (Bolivie, Équateur, Venezuela, Nicaragua, Cuba, Antigua-et-Barbuda, la Dominique et Saint-Vincent-et-les-Grenadines) qui fonctionne notamment sur les principes suivants : articulation des politiques économiques ; reconnaissance du rôle de l’État ; protection des secteurs stratégiques ; promotion de la complémentarité économique, traitement différencié des économies les plus faibles ; création d’une nouvelle monnaie, le « SUCRE », (Système unitaire de compensation régionale de paiement) qui a pour but de faciliter les échanges commerciaux entre les pays membres tout en se passant du dollar.

Dans le même esprit, l’accord Petrocaribe permet à plusieurs petits pays de la Caraïbe, dont Haiti, Cuba, la République dominicaine, d’acheter du pétrole vénézuélien à des conditions préférentielles, sans aucune conditionnalité politique ou économique.

Des tentatives permanentes de déstabilisation

Ces avancées sociales et démocratiques ont été réalisées dans un contexte de déstabilisation permanente. Le coup d’État d’avril 2002 ne constitue pas un épisode isolé, mais le moment le plus spectaculaire d’une offensive continue menée contre le gouvernement chaviste. Tout au long de ses mandats, Hugo Chávez a dû affronter une succession d’attaques politiques, économiques, médiatiques et institutionnelles d’une intensité rare, qu’il est indispensable de rappeler pour comprendre les difficultés auxquelles le Venezuela a été confronté, et qui ont inévitablement limité la portée de ses réalisations.

Guerre médiatique permanente

Les grands médias privés vénézuéliens (RCTV, Venevisión, Globovisión, El Nacional), mais aussi les grands médias internationaux, ont mené une campagne continue de délégitimation, assimilant systématiquement le gouvernement à une dictature, malgré des élections reconnues comme libres et régulières par les observateurs internationaux.

Le cas de la chaîne RCTV est emblématique. Le 27 mai 2007, le gouvernement vénézuélien a décidé de ne pas renouveler la concession hertzienne attribuée à la chaîne privée Radio Caracas Televisión (RCTV). Cette décision a provoqué un véritable lynchage médiatique international, les grands médias privés dénonçant une prétendue censure du « dictateur » Hugo Chávez et un déni de démocratie. En réalité, cette décision était légale, justifiée et légitime. Légale, car la concession avait été accordée pour une période de vingt ans et arrivait à échéance en mai 2007. Justifiée, car cette chaîne avait soutenu le coup d’État militaire d’avril 2002[2]. Légitime, enfin, parce que cette mesure s’inscrivait dans une logique de rééquilibrage entre médias privés et médias publics, l’État ayant transféré la concession à la nouvelle chaîne publique TVES (Televisora Venezolana Social). L’opposition et les médias nationaux et internationaux ont crié à la dictature médiatique, allant jusqu’à affirmer qu’Hugo Chávez contrôlait directement ou indirectement la quasi-totalité des médias audiovisuels. C’était un mensonge éhonté, et l’affirmer le reste, puisque, encore aujourd’hui, plus de 80 % des médias vénézuéliens sont contrôlés par le secteur privé, lequel est tout sauf favorable au gouvernement chaviste.

Sabotage pétrolier (décembre 2002)[3]

Après l’échec du coup d’État militaire d’avril 2002, l’opposition économique et politique s’est attaquée directement au cœur du modèle vénézuélien, en organisant une paralysie de l’entreprise publique via l’abandon des postes-clés et un sabotage technique et informatique massif (accès bloqués, mots de passe retirés, logiciels rendus inopérants …). Les conséquences sont immédiates et dramatiques : la production pétrolière s’effondre, les exportations chutent brutalement et le PIB recule de 27 % au premier trimestre 2003, provoquant pénuries de carburant, perturbations des transports, tensions sur l’approvisionnement alimentaire et énergétique. Ingénieurs, techniciens, travailleurs pétroliers et spécialistes informatiques sont mobilisés pour reprogrammer les systèmes, sécuriser les infrastructures et reprendre le contrôle opérationnel de l’entreprise.

Grève patronale (décembre 2002 – février 2003)

Parallèlement au sabotage pétrolier, les organisations patronales lancent une grève générale patronale. Ce ne sont donc pas les travailleurs qui cessent le travail, mais les patrons qui ferment volontairement les entreprises, interrompent la production et bloquent la distribution des biens essentiels. Les grandes entreprises privées, les circuits de distribution, certains médias et secteurs financiers participent activement à ce mouvement, et visent à asphyxier l’économie, provoquer le chaos social et retourner la population contre le gouvernement, avec l’objectif assumé de faire chuter Chávez par l’effondrement économique. Grâce à l’intervention de l’État dans la distribution de biens essentiels et à l’auto-organisation des quartiers populaires, cette tentative échoue elle aussi.

Tentatives de déstabilisation internes récurrentes

L’opposition de droite, avec l’appui des médias privés, recourt régulièrement à la violence politique :  appels à l’insurrection[4], refus systématique de reconnaître les résultats électoraux, et encouragements ouverts à l’intervention étrangère[5]

Financement et soutien des États-Unis à l’opposition

À partir de 2002, des agences américaines telles que la National Endowment for Democracy (NED) et la United States Agency for International Development (USAID) ont financé des partis politiques, des organisations non gouvernementales et des médias critiques du gouvernement vénézuélien, officiellement au nom de la « promotion de la démocratie », mais de manière largement dirigée contre le gouvernement en place et pour soutenir des initiatives politiques anti-Chávez.

Sanctions économiques et financières

Parallèlement aux tentatives de déstabilisation internes, le Venezuela fait l’objet, dès le milieu des années 2000, de sanctions économiques ciblées de la part des États-Unis. Dès 2006, sous la présidence George W. Bush, un embargo militaire est imposé, limitant l’accès du pays à des équipements et technologies de défense. En 2011, PDVSA a été frappée par des sanctions américaines de nature financière et commerciale, incluant notamment le gel de ses actifs placés sous juridiction des États-Unis ainsi que l’interdiction faite aux entreprises et institutions américaines de commercer ou d’investir avec elle.

Le pays a également dû subir des pressions financières : refus de prêts par certaines institutions financières, hausse artificielle des primes de risque, difficultés d’accès aux marchés de capitaux internationaux. Notons que ces sanctions économiques vont augmenter de manière exponentielle après la mort de Chávez et l’arrivée au pouvoir de Maduro (2013).

Attaques spéculatives sur la monnaie

Des attaques spéculatives sur le bolivar souverain – la monnaie vénézuélienne –, comme la manipulation des taux de change, s’organisent dès 2003 et la mise en place du contrôle des changes. Ces attaques deviendront beaucoup plus massives après 2013, donc surtout après la mort de Chávez.

Peu de gouvernements dans l’histoire contemporaine ont dû gouverner sous un tel niveau de pression continue, combinant coups d’État, sabotage économique, guerre médiatique et ingérences étrangères. Ce contexte rend les avancées sociales et démocratiques obtenues au Venezuela pendant la période de Chávez d’autant plus remarquables.

Une expérience qui contient des faiblesses et qu’il faut pouvoir critiquer

Toutes ces avancées, bien réelles, ne doivent toutefois pas conduire à idéaliser le modèle vénézuélien mis en place sous Chávez. Celui-ci a également présenté des limites importantes, qu’il est nécessaire d’analyser, notamment pour en tirer des enseignements. Parmi celles-ci, on peut citer :

  • Forte dépendance des politiques sociales à la rente pétrolière. Malgré la reprise du contrôle public du pétrole, l’État vénézuélien est resté massivement dépendant des revenus pétroliers pour financer ses politiques sociales. La chute brutale du prix du baril, de plus de 100 $ en 2013 à environ 40 $ fin 2014, a entraîné un effondrement des recettes publiques, plaçant le gouvernement Maduro dans de graves difficultés pour maintenir les programmes sociaux.
  • Absence de diversification économique. Le Venezuela n’a pas utilisé les revenus pétroliers pour engager une politique de diversification industrielle significative ni pour développer d’autres secteurs économiques, ce qui a renforcé sa dépendance structurelle au pétrole et aux chocs externes.
  • Refondation constitutionnelle extrêmement rapide. La Constitution de 1999, bien que démocratiquement validée par référendum, a été élaborée et adoptée en un laps de temps très court, à peine six mois. Cette temporalité n’a pas pu permettre une réelle participation et appropriation citoyenne approfondie.
  • Persistance d’une dépendance alimentaire. En dépit d’une réforme agraire et de politiques sociales ambitieuses, le Venezuela a maintenu une forte dépendance structurelle à l’égard des produits étrangers pour satisfaire les besoins alimentaires de la population. En 2021 les données montrent que 60 % de l’approvisionnement alimentaire du Venezuela dépendait des importations.
  • Aucune remise en cause la dette extérieure. Le gouvernement chaviste a fait le choix d’honorer scrupuleusement le remboursement des créanciers internationaux, en utilisant les revenus du pétrole. S’il visait à éviter une asphyxie financière immédiate et des représailles internationales, ce choix a aussi conduit à maintenir intact un outil central de domination économique, réduisant les marges de manœuvre à long terme.
  • Difficulté à lutter contre la corruption. Sans pouvoir qualifier le régime de totalement corrompu, il est clair que celle-ci n’a pas disparu sous Chávez. Plusieurs scandales ont mis en lumière des défaillances importantes, tandis qu’une fraction d’acteurs proches du pouvoir a profité de la rente pétrolière et des régulations étatiques pour s’enrichir au détriment de l’intérêt général.
  • Maintien de la domination du secteur privé capitaliste. Malgré des politiques clairement en rupture avec le capitalisme et la logique du profit, notamment la reprise du contrôle public du pétrole, plusieurs nationalisations et des programmes sociaux ambitieux, le Venezuela n’est pas sorti du cadre capitaliste. Après plus de dix ans de chavisme, le secteur privé est resté dominant : sa part dans le PIB est passée d’environ 64,7 % en 1998 à plus de 70 % vers 2008. Les détenteurs de capitaux ont donc conservé un pouvoir économique déterminant, leur permettant de contrecarrer des politiques contraires à leurs intérêts, voire de contribuer à la déstabilisation du gouvernement, notamment par des pénuries organisées ou encore des stratégies de spéculation sur la monnaie, observées à plusieurs reprises au cours de la période.

Analyser ces limites et ces fragilités est intéressant pour toute réflexion sérieuse sur des processus de rupture avec le capitalisme, mais cela ne revient ni à disqualifier l’expérience chaviste ni à annuler les transformations sociales et démocratiques réalisées.

Hugo Chávez est réélu en octobre 2012 mais, pour des raisons de santé, son investiture est reportée et il meurt le 5 mars 2013 sans avoir pu prêter serment. Son successeur désigné, Nicolás Maduro, est élu président quelques semaines plus tard. S’ouvre alors une nouvelle séquence de l’histoire vénézuélienne, marquée par un changement de contexte profond : retournement des prix du pétrole, durcissement des pressions extérieures et tensions internes accrues. Très rapidement, la situation économique, sociale et politique se dégrade, plaçant le régime comme la population face à de grandes difficultés …

Légitimité démocratique : élections et révisions constitutionnelles

Comme rappelé dans le précédent article, le Venezuela a connu, sur l’ensemble du mandat d’Hugo Chávez (1999-2013), plus d’une quinzaine de scrutins nationaux, élections et référendums confondus, incluant plusieurs consultations constitutionnelles. Tous les résultats de ces suffrages ont été reconnus et respectés par le pouvoir, y compris lors des défaites électorales.

En décembre 2006, Hugo Chávez est réélu président avec 62,8 % des voix. L’année suivante, il soumet à référendum un ensemble de propositions de réforme de la Constitution de 1999. Celles-ci visaient notamment à permettre la réélection au-delà de deux mandats pour le président et d’autres élus (gouverneurs, députés, maires), à renforcer l’intégration des conseils communaux comme expression du pouvoir populaire, et à introduire explicitement la notion de caractère socialiste de l’État et de l’économie.

Ces propositions sont rejetées de justesse par référendum en décembre 2007, constituant le premier revers électoral de Chávez en neuf ans. Deux ans plus tard, en février 2009, une nouvelle réforme constitutionnelle, sans référence explicite au caractère socialiste de l’État, est soumise au vote et adoptée par référendum, levant la limitation du nombre de mandats électifs.

En 2012, Chavez est réélu pour la quatrième fois avec 55 % des voix.

Publié le 2 février 2026.

Articles liés :

Partie 1 : Avant Chavez et Maduro : le pétrole au profit des États-Unis

Partie 2 : Les débuts de Chavez (1998-2022) : la démocratie comme arme ultime contre l’impérialisme et les coups d’État


[1] Chávez a mis en place et géré ces programmes sociaux étatiques, connus sous le nom de missions bolivariennes, en grande partie en-dehors des structures bureaucratiques classiques. L’objectif était de dépasser à la fois les lourdeurs institutionnelles, les résistances internes à l’appareil d’État et les insuffisances profondes des services publics hérités des décennies précédentes, afin de répondre rapidement et directement aux besoins sociaux les plus urgents de la population.

[2] Le 11 avril 2002, RCTV a reçu sur ses antennes des dirigeants du coup d’État, notamment l’un des principaux acteurs civils de la tentative de renversement. La chaîne a encouragé les manifestations contre Chávez et a largement relayé la ligne politique des putschistes, tout en négligeant ou occultant la couverture des manifestations pro-Chávez.

[3] Notons que le sabotage économique et la grève patronale sont des techniques qui ont également été utilisées au Chili pour déstabiliser le gouvernement socialiste et progressiste de Salvador Allende (notamment dans le secteur du cuivre).

[4] À titre d’exemple, Leopoldo López, figure emblématique de l’opposition, a été inculpé en 2014 pour incitation à la délinquance, incendie criminel, incitation à l’émeute et terrorisme à la suite de manifestations violentes contre le gouvernement.

[5] María Corina Machado, qui a récemment donné son prix Nobel de la paix au néofasciste Trump, a tenu à plusieurs reprises  des déclarations en faveur d’une intervention militaire extérieure pour renverser Maduro, rien que cela …

Olivier Bonfond
Rédacteur MaTribune.be et économiste au Centre de coordination, d’études et de formation (CCEF) |  Plus de publications

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