
Grâce au MR, l’Arizona a enfin « sécurisé » l’avenir des aidants proches exclus du chômage. Si, c’est Ducarme qui le dit. Ou qui le gueule…
Y a-t-il une infirmerie au Parlement ? Ou un local de dégrisement ? Enfin un lieu où un député qui n’a visiblement plus ses couteaux rangés dans le même tiroir peut tenter de retrouver ses esprits ? Ce serait bien. Je demande ça parce que Denis nous a encore fait une belle Ducarme, jeudi après-midi à la Chambre, lors du débat sur les amendements bricolés en extrême urgence pour les aidants proches, trois jours avant la deuxième fournée de leur exclusion du chômage, ce 1er mars. Débat qui, petit indice, avait lieu après-midi après le repas…
L’affaire débute donc il y a un an, quand le sympathique ministre MR de l’Emploi « oublie » que parmi les 100.000, non les 130.000, non les 150.000, non les 194.000 personnes qu’il se propose si goulûment d’exclure du chômage, il y a des aidants proches. Sait-il même que ça existe, un aidant proche ? Pas sûr. Pourtant « très humain », comme il se qualifie lui-même, David Clarinval les éjectera comme tous les autres « oisifs ». Dès février 2025, la Ligue des Familles alerte : la mesure va exclure les parents d’enfants en situation de handicap et précariser tous ceux qui s’occupent des personnes en situation de dépendance. Une dizaine d’associations écriront au ministre, les syndicats sortiront les chiffres du carnage et des partis d’opposition déposeront des amendements à la loi. Pas de quoi faire plier le génie de Bièvre, qui refusera tout changement de « sa » réforme du chômage, votée telle quelle en juillet.
Et le 1er janvier dernier arrive donc ce qui devait arriver : les premiers aidants proches exclus du chomdu se retrouvent sans aucunes ressources. Alors qu’une deuxième salve est prévue pour ce 1er mars, des reportages dans les médias montrent la boucherie sociale. Et le tollé est proportionnel à l’obnubilation du ministre. C’est ainsi que se lève un vent de panique à bord du MR. Où Julie Taton, entre deux séjours de « récupération » au soleil, publie un insta pour trouver que la situation des aidants proches « c’est pas OK ». Bart De Wever doit même intervenir en promettant la recherche d’une « solution » rapide.
C’est là qu’entre en piste la grosse bertha des basses œuvres boucheziennes. Celui que son président envoie dire les pires crasses étant donné que le gars possède zéro scrupule. Celui qui avait déjà qualifié la famine organisée par Israël à Gaza de simple « malnutrition ». Celui qui avait remplacé le trop humaniste Michel De Maegd à un débat à la RTBF sur le même sujet (qu’il ne connaît pas). Celui qui, dans un message disons « arrosé » sur X, avait encore menacé Conner Rousseau de lui « faire comprendre » de quel bois le MR se chauffe. Le même goujat qui, lors d’un conseil communal à Charleroi, s’était emparé du micro de sa voisine conseillère (MR elle aussi) en signalant que « de toute façon, elle ne l’utilise pas beaucoup ».
C’est donc très naturellement Ducarme que le MR envoie faire le pompier pyromane à la Chambre pour exposer ses « solutions » de perlimpinpin. Denis se vante d’abord au nom de son parti d’avoir « forcé l’agenda » (un an après !) et d’avoir « trouvé la parade » pour « sécuriser les revenus des aidants proches ». Qué parade ? Le MR propose de « relever » l’allocation de chômage d’un aidant proche au niveau de l’allocation forfaitaire de chômage pour cohabitant, soit à 761 euros par mois. Belle attention « humaniste » pour les aidants proches qui vivent en couple et dont un conjoint travaille. Mais…
Mais pour une maman solo d’un enfant handicapé, qui perçoit aujourd’hui un chômage de 1.770 euros par mois ? Le Grand Duc oublie de signaler qu’elle va perdre plus de… 1.000 euros par mois ! Et devoir vivre avec 761 euros (pour elle et son enfant). Pour les couples dont les deux parents ont dû devenir aidants ? Rien de prévu par le MR. Et ceux qui sont en garde partagée ? Rien non plus. Si : un renvoi vers le CPAS. Avec une conséquence perverse : les aidants qui assument (péniblement) un travail à temps partiel avec un complément chômage devront totalement arrêter le travail une fois arrivés au CPAS. Parce qu’on ne peut pas combiner travail et revenu du CPAS (alors qu’on peut combiner travail partiel et chômage). Les aidants proches étant principalement des femmes, les libéraux désincitent donc les mères solos à travailler. Et les renvoie à la maison. Bravo les « ingénieurs » experts en « valeur travail ».
Le foutage de tronches (celles des femmes essentiellement) est bien entendu disséqué jeudi à la Chambre par l’opposition. Particulièrement par la députée PS Sophie Thémont, qui souligne qu’après un an, le gouvernement a été infoutu de proposer un vrai statut pour les aidants proches. C’est là que Ducarme entame son vacarme. Comment dire ? On ne sait pas exactement si on est sur de l’éructation, du beuglement, du brame, du mugissement, du vagissement ou tout ça à la fois. Mais donc Denis la Menace nous fronce ses gros sourcils, nous sort ses gros yeux exorbités sensés te foutre les chocottes et porte sa grosse voix à 260 décibels pour littéralement pousser des hurlements dans l’hémicycle : « Qu’avez-vous fait pendant cinq ans pour les aidants proches !?!?!? Pourquoi n’avez-vous pas créé à ce moment le statut !?!??! » Il ne manque que la bave.
Visiblement habituée aux tonitruantes agressions du Schtroumpf hurleur, la députée socialiste laisse le gaillard finir son sketch pathétique. Avant de s’adresser au gueulard pour lui dire calmement ceci, à propos de ces cinq ans : « Je vous rappelle quand même que vous étiez avec nous dans la Vivaldi. » Ce que la mémoire quelque peu embrouillée du député MR avait déjà zappé, semble-t-il. Après avoir rappelé qu’à l’époque une députée CD&V, Nahima Lanjri, avait déjà proposé une loi pour sécuriser la situation des aidants proches au chômage, Sophie Thémont secoue ce qui reste des souvenirs embués du libéral carolo : « Et qui, à l’époque, a bloqué la proposition de loi de Madame Lanjri ? Je vous le donne en mille : le MR ! » Donc, entre autres députés, Denis Ducarme soi-même. Si toutefois le distrait était présent à la Chambre et pas retenu par une dégustation de produits et de fluides régionaux. Ce qui est très, très loin d’être de l’ordre de l’impossible.
Rendez-vous donc tout bientôt, quand un jour, peut-être, seront évoqués à la Chambre les 30 milliards annuels de fraude fiscale qui n’entrent pas dans les caisses de l’État sans que l’Arizona ne bouge le début d’un semblant de petit doigt. Là, je sens bien Denis le Hurleur nous ressortir ses gros yeux rouges, ses gros sourcils froncés et sa grosse voix pour beugler aux partis de gauche : « Qu’avez-vous fait contre la grande fraude fiscale !?!?!? Pourquoi n’avez-vous pas lutté contre ces criminels en col blanc !?!??! » Il en est très capable.
Publié le 4 mars 2026.

Vincent Peiffer
Après 40 ans au Moustique, Vincent rejoint l’équipe de MaTribune.be pour mettre son grain de sel dans notre si beau monde. Où, à part ça, tout va bien…

