
Quand il s’agit d’encore appauvrir les petits, Bart De Wever ne voit pas où est le problème. Jamais. Pourvu qu’il ne doive pas toucher aux gros.
Avec quoi on vient, franchement ! Verdomme, puisqu’on vous dit qu’on ne peut pas faire autrement ! Pour entrer dans les clous budgétaires des 10 milliards à trouver, l’Arizona a eu la lumineuse idée de vouloir supprimer le pécule de vacances des pensionnés. Ah si, Bart, c’était sur la table de ton dernier mini-conclave avorté. Après, comme ça schlinguait la rage, les autres ministres – pas tous – sont vite-vite venus rectifier : non, non, c’est pas le pécule, mais l’indexation du pécule de vacances des pensionnés que Bart veut raser. Et donc c’est là que je me dois de te féliciter, Bart. Tu as fait quelque chose de fort bien jeudi dernier au Parlement. D’abord, tu y es venu. Ce qui est assez exceptionnel pour être applaudi, étant donné que tu as généralement l’habitude, quand les députés veulent te poser des questions, de briller par ton auguste absence. Mieux encore : par moments sporadiques, tu as même quitté des yeux ton smartphone, laissant donc un peu de répit à ton pouce à scroller. Et donc tu as écouté certaines interventions ou questions parlementaires. Je n’ai que trois mots à te dire : clap-clap-clap !
Mais surtout, en une seule phrase courte, tu as résumé le sens profond de ton action politique. Ou plutôt la manière que tu as d’appréhender les réalités vécues par tous ces Belges que tu n’as jamais fréquenté : le monde du travail. Et donc aussi celui de ses retraités. Je rappelle à cet effet que, hormis un court passage d’assistant en histoire à la KUL, toi non plus tu n’as jamais mis les pieds dans ce monde du travail, ni comme ouvrier, ni comme employé, ni comme indépendant, ni même comme cadre. Ton curriculum vitae est vite rédigé : la politique, rien que la politique. Et j’en reviens donc au Parlement que tu honorais de ta majestueuse présence, où des députés d’opposition de gauche beurk-beurk se sont inquiétés de savoir si tu comptais sérieusement t’attaquer au pécule de pensionnés qui (sur)vivent avec 1.500 euros par mois (ou moins), sachant que certains touchent un pécule royal de 350 euros net. Ta réponse agacée fut d’une admirable honnêteté : « Le pécule de vacances, ooh-ooh, c’est la fin du monde ! »
En onze mots, tu nous as claqué tout ton dédain de Premier ministre complètement hors-sol, qui ne voit pas du tout ce que ce pécule peut bien changer à la vie d’un pensionné. Il est vrai que tu as des circonstances atténuantes. Dans le monde que tu fréquentes depuis que tu te gaves de deniers publics, donc depuis toujours, c’est le prix d’une tournée de cocktails à Knokke-Le-Zoute ou d’un repas gastronomique avec madame et les gamins dans les beaux quartiers anversois. Tu ne peux donc pas savoir. Alors Bart, juste pour édification personnelle, si tant est que ça puisse te servir un jour (je doute), je vais te glisser un copion que tu ressortiras avant de lancer tes idées d’économies « indispensables » pour ton budget. Tu notes ?
Un pécule annuel de quelques centaines d’euros, pour une foule de papys ou de mamys, ça sert d’abord, dans beaucoup de cas, à payer des factures de gaz ou d’électricité qui restaient en souffrance jusque-là. Parce qu’avec 1.500 euros et des chiclettes, ce pensionné n’a pas pu faire face à la flambée des prix de l’énergie. Et donc ça lui extirpe le stress de recevoir un jour une lettre d’huissier, tu vois ? Non, tu ne vois pas. S’il lui reste quelques boules, ça l’autorise à donner une dringuelle à son petit-fils, ce qu’il n’a pas pu faire depuis un an. Parfois aussi, ça lui permet d’ajouter un couvert à table et de loger à la maison une nièce qui a eu un accident de la vie. Tu vois ce que c’est ? Non plus. Ça lui donne aussi la possibilité d’acheter les chaussures dont il a besoin depuis des mois. Et puisqu’on parle de pécule « de vacances », ça ne lui en permet aucune avec cette somme, de vacances. Tout au plus deux ou trois jours chiches à la « Vlaamse Kust », où il pourra peut-être s’offrir un moule-frite dans un restaurant. Tu vois, les restos ? Ceux que tu payes avec ton indemnité de ministre à 2.000 piastres par mois, en plus de ton salaire ? Oui, ça tu vois.
Mais tu as raison, Bartje. Ton électorat pense probablement comme toi : « Le pécule de vacances, ooh-ooh, la fin du monde ! » Et finalement, c’est ça qui est important quand on fait profession de politique : conforter ses électeurs dans leurs certitudes, donc s’assurer d’une ixième réélection. Et dans le monde selon Bart, il n’y a de place que pour les gagneurs ou les nantis. Pour peaufiner ton mépris pour tous les autres, je propose qu’au Parlement ou dans les médias, tu déclines ta petite musique pédante pour plein d’autres trucs. Si un député de la gauchiasse t’interpelle sur le nouveau saut d’index que tu comptes imposer, tu réponds : « Un saut d’index, ooh-ooh, c’est la fin du monde ! » Je me réjouis également que tu commentes les milliards de coupes dans les soins de santé, la hausse du prix des médicaments ou celle du ticket modérateur : « Se soigner, ooh-ooh, la fin du monde ! » Et si un impudent te questionne sur le sans-abrisme qui galope aussi vite que la hausse de loyers devenus impayables pour certains, tu te fais plaisir : « Dormir sous les ponts, ooh-ooh, la fin du monde ! »
Ce qui est bien, c’est que tu peux être partageur, aussi. Quand des « humanistes » reprochent à ta ministre N-VA de l’Asile de ne pas accueillir dans nos universités treize étudiants gazaouis ou de renvoyer des réfugiés afghans dans leur pays, conseille à Anneleen Van Bossuyt de répliquer comme ceci : « Un génocide à Gaza et des talibans en Afghanistan, ooh-ooh, la fin du monde ! » Ça passera très bien auprès de ton électorat nationaliste. Tu peux aussi aider tes amis francophones du MR. Je pense par exemple à Valérie Glatigny, qui est un peu à court d’arguments et de mensonges, ces derniers temps. Des fois que des instits et des directeurs lui reprochent encore la suppression de repas gratuits pour 55.000 écoliers, glisse-lui ta formule magique : « Les enfants pauvres qui ne mangent pas, ooh-ooh, la fin du monde ! » Elle le pense.
Ce qui est bien aussi, c’est que tu peux inverser la logique de ton imparable argumentaire. Quand, par exemple, on te reproche de ne rien faire pour lutter contre la grande fraude en col blanc, pouf : « 30 milliards de fraude fiscale par an, ooh-ooh, la fin du monde ! » Ou alors lorsqu’on évoque les « sociétés de management » qui permettent aux cadres et aux professions libérales de payer deux fois moins d’impôts que les travailleurs en se rémunérant en dividendes et en ne versant aucune cotisation sociale : « Des milliards d’impôts perdus à cause des niches fiscales, ooh-ooh, la fin du monde ! » Ou quand les compagnies pétrolières spéculent et font des bénéfices records depuis la guerre en Iran tout en touchant des milliards de subventions de l’État belge : « Les surprofits, ooh-ooh, la fin du monde ! » C’est génial, Bart ! Ça fonctionne pour tout ! Ok, ce n’est pas une politique. Mais si tu faisais de la politique dans le sens de la gestion du bien public pour tous, ça se saurait. Depuis le temps…
Publié le 28 octobre 2026.
Quand il s’agit d’encore appauvrir les petits, Bart De Wever ne voit pas où est le problème. Jamais. Pourvu qu’il ne doive pas toucher aux gros.
Avec quoi on vient, franchement ! Verdomme, puisqu’on vous dit qu’on ne peut pas faire autrement ! Pour entrer dans les clous budgétaires des 10 milliards à trouver, l’Arizona a eu la lumineuse idée de vouloir supprimer le pécule de vacances des pensionnés. Ah si, Bart, c’était sur la table de ton dernier mini-conclave avorté. Après, comme ça schlinguait la rage, les autres ministres – pas tous – sont vite-vite venus rectifier : non, non, c’est pas le pécule, mais l’indexation du pécule de vacances des pensionnés que Bart veut raser. Et donc c’est là que je me dois de te féliciter, Bart. Tu as fait quelque chose de fort bien jeudi dernier au Parlement. D’abord, tu y es venu. Ce qui est assez exceptionnel pour être applaudi, étant donné que tu as généralement l’habitude, quand les députés veulent te poser des questions, de briller par ton auguste absence. Mieux encore : par moments sporadiques, tu as même quitté des yeux ton smartphone, laissant donc un peu de répit à ton pouce à scroller. Et donc tu as écouté certaines interventions ou questions parlementaires. Je n’ai que trois mots à te dire : clap-clap-clap !
Mais surtout, en une seule phrase courte, tu as résumé le sens profond de ton action politique. Ou plutôt la manière que tu as d’appréhender les réalités vécues par tous ces Belges que tu n’as jamais fréquenté : le monde du travail. Et donc aussi celui de ses retraités. Je rappelle à cet effet que, hormis un court passage d’assistant en histoire à la KUL, toi non plus tu n’as jamais mis les pieds dans ce monde du travail, ni comme ouvrier, ni comme employé, ni comme indépendant, ni même comme cadre. Ton curriculum vitae est vite rédigé : la politique, rien que la politique. Et j’en reviens donc au Parlement que tu honorais de ta majestueuse présence, où des députés d’opposition de gauche beurk-beurk se sont inquiétés de savoir si tu comptais sérieusement t’attaquer au pécule de pensionnés qui (sur)vivent avec 1.500 euros par mois (ou moins), sachant que certains touchent un pécule royal de 350 euros net. Ta réponse agacée fut d’une admirable honnêteté : « Le pécule de vacances, ooh-ooh, c’est la fin du monde ! »
En onze mots, tu nous as claqué tout ton dédain de Premier ministre complètement hors-sol, qui ne voit pas du tout ce que ce pécule peut bien changer à la vie d’un pensionné. Il est vrai que tu as des circonstances atténuantes. Dans le monde que tu fréquentes depuis que tu te gaves de deniers publics, donc depuis toujours, c’est le prix d’une tournée de cocktails à Knokke-Le-Zoute ou d’un repas gastronomique avec madame et les gamins dans les beaux quartiers anversois. Tu ne peux donc pas savoir. Alors Bart, juste pour édification personnelle, si tant est que ça puisse te servir un jour (je doute), je vais te glisser un copion que tu ressortiras avant de lancer tes idées d’économies « indispensables » pour ton budget. Tu notes ?
Un pécule annuel de quelques centaines d’euros, pour une foule de papys ou de mamys, ça sert d’abord, dans beaucoup de cas, à payer des factures de gaz ou d’électricité qui restaient en souffrance jusque-là. Parce qu’avec 1.500 euros et des chiclettes, ce pensionné n’a pas pu faire face à la flambée des prix de l’énergie. Et donc ça lui extirpe le stress de recevoir un jour une lettre d’huissier, tu vois ? Non, tu ne vois pas. S’il lui reste quelques boules, ça l’autorise à donner une dringuelle à son petit-fils, ce qu’il n’a pas pu faire depuis un an. Parfois aussi, ça lui permet d’ajouter un couvert à table et de loger à la maison une nièce qui a eu un accident de la vie. Tu vois ce que c’est ? Non plus. Ça lui donne aussi la possibilité d’acheter les chaussures dont il a besoin depuis des mois. Et puisqu’on parle de pécule « de vacances », ça ne lui en permet aucune avec cette somme, de vacances. Tout au plus deux ou trois jours chiches à la « Vlaamse Kust », où il pourra peut-être s’offrir un moule-frite dans un restaurant. Tu vois, les restos ? Ceux que tu payes avec ton indemnité de ministre à 2.000 piastres par mois, en plus de ton salaire ? Oui, ça tu vois.
Mais tu as raison, Bartje. Ton électorat pense probablement comme toi : « Le pécule de vacances, ooh-ooh, la fin du monde ! » Et finalement, c’est ça qui est important quand on fait profession de politique : conforter ses électeurs dans leurs certitudes, donc s’assurer d’une ixième réélection. Et dans le monde selon Bart, il n’y a de place que pour les gagneurs ou les nantis. Pour peaufiner ton mépris pour tous les autres, je propose qu’au Parlement ou dans les médias, tu déclines ta petite musique pédante pour plein d’autres trucs. Si un député de la gauchiasse t’interpelle sur le nouveau saut d’index que tu comptes imposer, tu réponds : « Un saut d’index, ooh-ooh, c’est la fin du monde ! » Je me réjouis également que tu commentes les milliards de coupes dans les soins de santé, la hausse du prix des médicaments ou celle du ticket modérateur : « Se soigner, ooh-ooh, la fin du monde ! » Et si un impudent te questionne sur le sans-abrisme qui galope aussi vite que la hausse de loyers devenus impayables pour certains, tu te fais plaisir : « Dormir sous les ponts, ooh-ooh, la fin du monde ! »
Ce qui est bien, c’est que tu peux être partageur, aussi. Quand des « humanistes » reprochent à ta ministre N-VA de l’Asile de ne pas accueillir dans nos universités treize étudiants gazaouis ou de renvoyer des réfugiés afghans dans leur pays, conseille à Anneleen Van Bossuyt de répliquer comme ceci : « Un génocide à Gaza et des talibans en Afghanistan, ooh-ooh, la fin du monde ! » Ça passera très bien auprès de ton électorat nationaliste. Tu peux aussi aider tes amis francophones du MR. Je pense par exemple à Valérie Glatigny, qui est un peu à court d’arguments et de mensonges, ces derniers temps. Des fois que des instits et des directeurs lui reprochent encore la suppression de repas gratuits pour 55.000 écoliers, glisse-lui ta formule magique : « Les enfants pauvres qui ne mangent pas, ooh-ooh, la fin du monde ! » Elle le pense.
Ce qui est bien aussi, c’est que tu peux inverser la logique de ton imparable argumentaire. Quand, par exemple, on te reproche de ne rien faire pour lutter contre la grande fraude en col blanc, pouf : « 30 milliards de fraude fiscale par an, ooh-ooh, la fin du monde ! » Ou alors lorsqu’on évoque les « sociétés de management » qui permettent aux cadres et aux professions libérales de payer deux fois moins d’impôts que les travailleurs en se rémunérant en dividendes et en ne versant aucune cotisation sociale : « Des milliards d’impôts perdus à cause des niches fiscales, ooh-ooh, la fin du monde ! » Ou quand les compagnies pétrolières spéculent et font des bénéfices records depuis la guerre en Iran tout en touchant des milliards de subventions de l’État belge : « Les surprofits, ooh-ooh, la fin du monde ! » C’est génial, Bart ! Ça fonctionne pour tout ! Ok, ce n’est pas une politique. Mais si tu faisais de la politique dans le sens de la gestion du bien public pour tous, ça se saurait. Depuis le temps…
Publié le 28 octobre 2026.

Vincent Peiffer
Après 40 ans au Moustique, Vincent rejoint l’équipe de MaTribune.be pour mettre son grain de sel dans notre si beau monde. Où, à part ça, tout va bien…

