À part ça… Le magicien

À part ça… Le magicien

Georges-Louis Bouchez a une solution magique pour tout. Sauf quand il s’agit d’aller chercher les sous où ils se trouvent à profusion…

Tiens, je ne t’ai pas entendu, Georgio. Encore plus exceptionnel : je n’ai même pas vu un de tes messages péremptoires avec tout plein d’émoticônes sur le sujet. Je ne te parle pas d’une réaction à l’interview de ce weekend dans le magazine « De Zondag ». L’ancien président du Parlement flamand et ex-poids lourd de la N-VA, Jan Peumans, y parlait de toi comme ceci : « Georges-Louis Bouchez, pardonnez-moi le mot, mais je pense que c’est un type malade. » Donc pas ça. Je te parle de l’émission « Et vous dans tout ça ? », vendredi sur La Première-RTBF, où François Heureux posait la question : « 10 milliards à trouver : qui doit payer ? » Pour y répondre, il avait invité l’économiste Etienne de Callataÿ et la Secrétaire générale du Réseau wallon de lutte contre la pauvreté Christine Mahy. Mais aussi Bruno Fierens, multimillionnaire et premier membre belge du réseau « Millionaires for Humanity », une organisation internationale de personnes fortunées qui plaide pour une plus grande taxation de l’ultra-richesse. Tu n’as pas écouté ? C’est très dommage. J’y reviens plus loin.

Parce qu’il est vrai que tu avais mieux à faire. Comme ressortir le refrain obsessionnel que tu radotes en boucle et que tu précèdes toujours de « d’ailleurs je vais vous dire une chose ». C’est ton toc à toi quand tu n’as aucun chiffre, aucune étude et aucun argument pour étayer ce que tu vas cracher sur la place publique pour détourner le regard de ton indigence politique : « Les syndicats et les mutuelles, c’est vraiment les vampires d’argent public. » Une sentence que tu fais toujours suivre de « je peux vous donner des dizaines d’exemples ». Que tu ne donnes évidemment jamais.

Tu devais aussi t’attaquer aux élèves qui se rebellent et qui sont « que des casseurs de l’extrême gauche », qui « ne font que se plaindre » et qui « veulent juste ne pas avoir cours ». Pas du tout, bien sûr, parce qu’ils soutiennent leurs profs et que, comme eux, ils veulent des cours donnés dans de bonnes conditions et un enseignement égalitaire que ta glaciale Valérie Glatigny élitise. Pas du tout, non plus, parce qu’ils défendent leurs parents pressurisés. Et à qui tu veux donc couper les allocations familiales pour les « responsabiliser » sur le comportement de leurs enfants voyous. Tout ça alors que toi, tu nommes ta femme et sa sœur à des présidences de conseils d’administration de structures publiques, qui leur rapportent près de 50.000 euros pour huit ou dix malheureuses réunions par an.

Tu devais aussi dénoncer des chômeurs qui « passent des mois à l’étranger ». Lesquels, combien, où ça ? Tu ne sais pas. Mais tu veux donc remettre tous les chômeurs au pointage quotidien. Juste une question d’ingénieur, Georgio : tu as calculé le coût de ton fantasme ? Non. Je vais t’aider… En juillet dernier, l’Onem dénombrait 159.105 chômeurs complets indemnisés. La Belgique comptant 565 communes, il faudrait donc au moins ouvrir 565 bureaux de pointage dans le pays (plus dans les grandes communes). Bureaux qu’il faudra louer ou acheter, équiper de guichets, de mobilier, d’ordinateurs, chauffer, fournir en électricité, nettoyer, sécuriser, assurer et entretenir. À raison de deux employés de l’Onem par bureau, ça te fera donc 1.130 emplois à payer. Le tout aux frais du contribuable.

Les 159.105 « pointeurs » devront aussi se déplacer environ 230 jours ouvrables par an. Tous ne disposant pas d’une auto (et de son carburant !), il y a les bus. Qui seraient donc fréquentés en aller-retour quotidien par des dizaines de milliers de personnes. Le Tec ou la Stib devront donc assumer plusieurs millions de trajets supplémentaires par an. Donc renforcer les lignes et les fréquences, ajouter des chauffeurs et acheter des véhicules. Tout ça re-aux frais des contribuables. Sans compter que pour un coup de tampon, les chômeurs perdront du temps qu’ils doivent consacrer à postuler : « Ah non m’sieur l’employeur, j’peux pas venir à l’entretien d’embauche, j’ai pointage. » En restant poli, on va donc dire que ton idée de nouvelle chasse est un concentré de crétinerie de perlimpinpin en tube. 

Je reviens donc à l’émission que tu n’as pas écoutée. Ou qui t’a laissé coi. On y a bien sûr répété ce que tous les économistes sérieux savent. Mais tous ! Attention, pas ceux qui, comme toi, pensent avoir réussi un doctorat en économie en une soirée à l’université Tweeter ou un master à la haute école du cabinet Didier Reynders. Ceux dont on te parle sont des sommités. Les Bruno Colmant, les Etienne de Callataÿ, les Paul De Grauwe. Et ceux-là savent que 10 % des ménages belges les plus riches détiennent 54 % de la richesse du pays. Ils savent, comme Paul De Grauwe, que « le pourcent le plus riche est celui qui paye le moins d’impôts ». Et que « ce 1 % contribue à 23 % en moyenne alors que la moyenne belge est de 43 %. » Ceux-là savent et disent que la Belgique n’a pas un problème de dépenses, mais de recettes. Ils savent et disent que l’assiette fiscale est trop petite, justement parce que ceux qui détiennent les richesses belge (54 % !) ne remplissent pas suffisamment l’assiette. Pas du tout, pour certains.

Ils savent aussi que ton mantra – « ils l’ont bien mérité puisqu’ils ont travaillé pour ça » –est largement une méga-daube : la plupart des grosses fortunes proviennent d’abord d’héritages. Bruno Fierens en est un, d’héritier. Et un très dodu. Pour te dire, ce multimillionnaire fait partie de la galaxie Ackermans & van Haaren, dont la holding pèse 10 milliards sous le capot. Comme Marc Coucke ou Éric Domb, ce super-riche ne comprend pas pourquoi on ne lui en demande pas plus. Au passage, il nous en apprend de bien bonnes. Notamment sur cette croyance qui court chez les libéraux béats de ton genre : les ultra-riches prennent des risques et sans eux personne ne soutiendrait l’entreprenariat et n’investirait dans les start-ups qui créent une économie dynamique.

Bruno Fierens te la dérouille : « En réalité, c’est marginal. La plus grande majorité de l’ultra-richesse est gérée de façon très prudente et va donc vers l’immobilier, vers des actions dans des entreprises qui sont établies, vers les terres. Et donc le prix de toutes ces choses va augmenter. La crise du logement est un très bon exemple de ça. » Et si tu n’as pas compris, Georgio, le Monsieur te précise : « L’ultra-richesse, elle ne va pas soutenir le petit entrepreneur, non ! L’ultra-riche n’est pas lié à ça, il est lié aux très grandes entreprises qui, elles, vont étouffer le petit entrepreneur. Ça va avoir l’effet contraire, en fait. » Le Monsieur te dit donc que la Belgique n’est pas le pays le plus taxé du monde mais le plus mal taxé. Et qu’il « faut donc rééquilibrer l’impôt et arrêter d’alimenter des inégalités extrêmes qui nous mènent à la catastrophe ». Attends, je vérifie sur Insta : ah ben non, toujours pas de réaction. Comme par magie.

Publié le 7 octobre 2026.

Vincent Peiffer
Chroniqueur MaTribune.be |  Plus de publications

Après 40 ans au Moustique, Vincent rejoint l’équipe de MaTribune.be pour mettre son grain de sel dans notre si beau monde. Où, à part ça, tout va bien…

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