
Finalement, David Clarinval est sympa, sensible, fort humain, attentif, empathique, chaleureux. Si, c’est lui qui le dit. Et aussi ses amis…
Ils ont déjà bien travaillé. Je parle des gens du service com’ de David Clarinval. C’est que le vice-Premier MR était fort triste de l’image qu’il donnait. Par exemple, quand il se voit dans une gazette ou sur Facebook, ça rend David tout chafouin : « Chaque fois qu’on me voit dans la presse, j’ai une tête de tueur ou de mec pas sympa ». Et ça, Dave, je sais ce que c’est : moi aussi, sur une photo ou un selfie, j’ai toujours une tronche de bidet. Mais chez toi, il n’y a pas que ça qui barbouille le portrait : il y a tes décisions, tes attitudes, tes propos, tes arguments, tes justifications, bref ce que tu inspires. Et là, tu as raison d’être un garçon lucide : on est sur du champ de beuzes. Du gros scraboutcha tout dégueu. « C’est donc pourquoi j’ai demandé à mon équipe de communication de travailler là-dessus », nous dis-tu. Le contribuable découvre donc avec ravissement qu’il va payer des experts en com’ pour te façonner une image plus binamée.
Pour entamer ce gros chantier, ils ont été bien aidés par le journal Le Soir. Où, semble-t-il, on peut aujourd’hui se procurer deux pages entières de publireportage politique, mais où l’article est présenté comme journalistique. Il suffit de s’adresser à la bonne personne : Martine Dubuisson, par exemple. Qui vendredi pondait donc un joli papier titré : « David Clarinval, le vice-Premier qui ne se reconnaît pas dans le portrait qu’on en fait ». Une hagiographie, certes, mais où le « sujet » doit quand même respecter certaines règles de bon fonctionnement.
Première règle pour que ce relooking chemine dans la bonne direction : afficher l’air du chien battu. Le gars qui ne comprend pas et qui trouve trop ninjuste d’avoir cette si mauvaise réputation alors qu’il fait tout son petit possible. Et ça, tu l’as super bien fait, Dave. Je te cite : « Les gens qui me connaissent savent que je suis sympa ! Mais je n’arrive pas à le faire passer ». Impec. Deuxième règle à intégrer : on n’est jamais mieux servi que par soi-même pour se trouver des qualités. En papotant avec Madame Martine, ça aussi tu l’as très bien fait. En plus de te trouver sympa, tu t’es dit « assez sensible, même si ça ne se voit pas ». Effectivement. Tu serais également « fort humain, attentif aux gens ». Tenez, tenez.
Troisième obligation : faire témoigner des amis. Des amis du privé comme l’entrepreneur Christophe Wanty (Groupe Wanty) qui te trouve « convivial et bon vivant ». Même qu’il t’a connu « à Louvain-la-Neuve… au bar plus que dans les auditoires ! ». Des amis politiques, aussi. Comme Benoît Piedbœuf, le chef de groupe MR à la Chambre : « Il est très amitieux et aime faire la fête, il reste toujours parmi les derniers ». Toujours bien ça, le côté guindailleur un peu canaille. Ne pas oublier non plus de faire témoigner les partenaires flamands comme le chef de groupe N-VA à la Chambre, Axel Ronse : « C’est quelqu’un avec beaucoup d’émotion et d’empathie ; il prend les décisions avec une dimension humaine ». Pas mal aussi quand ça vient de ta meilleure ennemie écolo époque Vivaldi, Tinne Van der Straeten : « Notre relation a toujours été amicale et professionnelle », confie l’ex-ministre Groen de l’Énergie, « et il aime rigoler, s’amuser, est très chaleureux ».
Important pour faire passer toutes ces doudouces : concéder quelques petits défauts ou maladresses. Mais attention ! Ils doivent être vus comme des marques d’authenticité. Et là, grande dis’ à nouveau. Excellent, par exemple, d’évoquer ce « bon sens rural » qui ne t’a pas toujours servi au sein du MR. Où « on essayait de le faire passer pour un benêt », confie ton ami Corentin de Salle, le directeur du centre Jean Gol du MR. Et toi, la victime : « J’étais vraiment le plouc. J’ai souffert à l’époque d’un manque de considération. (…) J’ai donc une forme de complexe d’infériorité ou du rural à la ville, qu’on regarde un peu de haut ». Et là, le truc qui fait fondre : « Oui, ce complexe, je l’ai toujours, un peu moins qu’avant ». Tu permets, je verse une larme. Snif.
Donc globalement, mettre au centre de ton portrait tes souffrances personnelles de pauvre petit chou, c’est chill.Mais excuse-moi David, tu as encore de gros, gros progrès à faire. Quand tu nous prodigues tes pleurnicheries de ministre incompris, évite d’abord les exagérations. Par exemple, ceci : « Je suis très touché quand les gens m’écrivent car ils sont dans la détresse ». Ne répète pas ça aux 180.000 personnes que tu pousses au CPAS ou à la rue, ils pourraient mal le prendre. Ou aux malades de longue durée. Ou aux travailleurs de nuit qui pourraient avoir l’irrépressible envie de t’envoyer un aller-retour de grosses baffes bien ardennaises. Ou aux aidants proches que tu veux laisser sans ressources alors qu’ils prennent soin d’un malade ou d’un handicapé à plein temps. Non, Dave, tu n’es absolument pas « touché » par la détresse (si ce n’est la tienne) ou par la précarité que tu crées. Tu t’en es même goulûment délecté.
Et alors surtout, surtout, cesse de te cacher derrière ton côté soi-disant « gaffeur », qui devrait banaliser tes incompétences et tes mensonges. « J’ai l’art de mettre le doigt sur des polémiques sans le faire exprès », nous dis-tu. Sans le faire exprès !?! Tu serais donc un menteur pathologique par distraction ? Ah si, Dave, tu mens ! On te l’a déjà dit et répété quand tu donnais des leçons de « valeur travail » aux vilains chômeurs en n’ayant toi-même jamais dû travailler. Non, Dada, tu n’as jamais vraiment bossé de ta vie ailleurs qu’en politique. Jamais ! Tu peux répéter 762 fois que tu as une « expérience professionnelle significative dans le secteur privé » (comme héritier de la boîte de papa), ça n’en fait pas une vérité. Même chose quand tu prétends que « 57 % des exclus du chômage ne sont pas belges » et que tu le répètes à la radio. Non, mon gars, ce n’est pas une gaffe d’étourdi qui confond avec les Belges « d’origine étrangère ». C’est mentir pour exciter les ressorts xénophobes de gros racistes. Sciemment. Comme quand tu conseilles de lire « Transmania », le livre de chevet de Marine Le Pen, non ce n’est pas un tweet estival « distrait ». Gros bullshit, bonhomme. C’est très consciemment nourrir la transphobie chère à l’extrême-droite que drague un MR de droite dure. Volontairement. Perso, j’attends donc fébrilement la suite de l’opération relooking de celui qui cumule une indemnité de logement et un logement de fonction, ceci en traitant volontiers les autres de profiteurs. Peut-être ce prochain week-end dans La Libre, où l’éditorialiste/rédacteur en chef Dorian de Meeûs ne sera certainement pas contre une interview titrée : « David Clarinval : j’ai un ami chômeur arabe qui s’est remis au travail ». Pour la semaine d’après, je préconise un article plus people dans Paris-Match Belgique, avec des photos de David et son épouse : « Ma femme et moi, on verse chaque année 100 euros à Viva For Life». Question d’humanisme.

Vincent Peiffer
Après 40 ans au Moustique, Vincent rejoint l’équipe de MaTribune.be pour mettre son grain de sel dans notre si beau monde. Où, à part ça, tout va bien…

