
Où l’on traite de chevaux de Troie, d’allocations familiales, de bus et d’un grand bal où les hypocrites n’ont pas oublié de venir…
Joie intense ! Bonheur extatique ! Félicité orgasmique ! Le budget wallon (une trajectoire de 3 ans, excusez du peu) serait donc moins pire que si c’était grave pour le portefeuille ? Oh ben oui, puisqu’on vous dit que le système des allocations familiales a été maintenu dans son intégralité. Voilà une nouvelle qu’elle est bonne ! Une annonce urbi et orbi en mode gaulliste au balcon de l’Élysette, notamment dans le chef du PSC 2.0 : « Je vous ai compris ». Traduisez : « On a bien entendu, mes chéris, que c’était dur pour vous en ce moment, alors, finalement, on va vous foutre la paix de ce côté-là. » Monsieur est trop bon ! C’est vraiment gentil de votre part ! Et le gouvernement wallon d’apparaître ainsi comme le grand défenseur des familles et de leur pouvoir d’achat. Et si, en plus, il nous annonce un « job bonus » de 500 balles pour les petits salaires et 50 pour les ultra-riches qui gagnent maximum 5.000 euros bruts par mois, on part en pâmoison.
Laisser planer le doute
Sauf que. Souvenez-vous.
Premier acte, en septembre 2026 : Frédéric Panier, le patron d’AKT for Wallonia (l’ex-Union wallonne des entreprises), faisait une sortie remarquée sur les allocations familiales. Le patron des patrons wallons fustigeait le système en précisant qu’il était trop généreux par rapport à la Flandre (450 euros en plus par an et par enfant). Et suggérait du coup que l’on rabotât les aides pour alléger les dépenses dans la perspective du conclave budgétaire. Ça s’appelle un cheval de Troie. Le gouvernement envoie un petit drone préparer les esprits et le bon peuple à des décisions qui vont faire mal, en tentant de faire croire que c’est pour leur bien. Et du coup, le jour où ça tombe, on peut dire : « Même le monde économique nous le dit… » À aucun moment, le gouvernement, ni le MR ni le PSC 2.0, n’est intervenu pour expliquer qu’il s’agissait là d’une ligne rouge à ne pas franchir, un no pasarán concernant un pilier fondamental pour la vie des familles. Mieux : libéraux et Engagés ont sérieusement laissé planer le doute.
Troie fois deux
Deuxième acte, deuxième cheval de Troie qui ressemblait furieusement à un vieux canasson d’écurie oubliée : la sortie tout en finesse et absolument pas cliché du député carolo wallon MR Nicolas Tzanetatos. Vous voyez, celui qui ne cesse, en privé, de déglinguer les méthodes et le discours de son omniprésident tout en en reprenant les codes sur les bancs parlementaires ? Pour bien comprendre, faut quand même reprendre le verbatim in extenso de son argumentaire en faveur d’une réduction des allocs en pleine commission parlementaire.
« Lorsqu’on vient de communes paupérisées comme les nôtres, on sait que l’argent des allocations ne va pas forcément aux enfants, parce qu’il y a des mauvais parents et qu’ils vont les dépenser au café. On a des enfants qui bénéficient, comme tous les autres enfants, d’allocations et qui viennent à l’école avec des cervelas et des boulettes de grande surface. Et qui n’ont pas le droit à une allocation (il veut sans doute dire alimentation, NDLR) variée et cohérente au regard de ce dont ils ont besoin (sic) pour leur âge. Et donc, il faut arrêter de dire que parce qu’on donne de l’argent, on protège nos enfants. »
Wouahhh, la claque. Gentil quand même, le Tatos. Au lieu des cervelas, il aurait pu dire, comme l’Obersturmführer de la Maison Blanche, qu’à Charleroi, les enfants mangeaient des chiens. Et que les socialistes bouffaient les enfants…
Touche pas à ça, p’tit con
Ah oui, on a oublié de vous dire en incise : Charleroi est une tox, aussi. À propos du financement des grandes villes, et singulièrement de la cité sambrienne, mini-GLB rajoute : « On ne peut pas aider une ville qui n’a pas soigné son addiction. » Et d’ajouter, via Facebook, que si Charleroi allait si mal, c’est parce que son ancien bourgmestre avait « maquillé » les comptes (sic).
Tout ça pour dire que Nicolas Tzanetatos, donc, s’est aussi fait un malin plaisir à conditionner, ce faisant, Wallons et Wallonnes à l’irrémédiable réduction des allocs.
Et au bout du compte, donc, qu’en ressort-il ? Nada, schnoll, que dalle ! Les allocations familiales sont sanctuarisées, pour le moment. Et le gouvernement wallon apparaît comme le grand sauveur de la veuve, de l’orphelin et de tous les autres… Enfin bon, pas tous les autres, puisque le ministre-président MR Adrien Dolimont a fièrement annoncé que ces allocs seraient suspendues à l’avenir pour toutes les familles de ces petits salopiauds de casseurs. Une mesure pas vraiment assumée par les Engagés qui, comme d’hab, se tortillent dans un numéro de contorsionniste dont eux seuls ont le secret.
De la dentelle de kermesse
Bref, vous le voyez, le scénario ? Bien avant le conclave, les deux compères gouvernementaux, en costumes d’apparat au bal des hypocrites, se mettent d’accord : on ne touchera pas aux allocations familiales. Too dangerous, Mister MacIntosh. Mais on va quand même faire percoler que le risque existe qu’on y touche. Et puis hop ! Dolimont, avec son petit legging bleu moulant de Superwallon, vient annoncer devant le monde ébahi que les familles sont sauvées du naufrage financier grâce à eux et à leur profonde perception de l’inquiétude populaire.
De la dentelle politique avec des points gros comme des nœuds de marin d’eau douce.
À plus dans le bus
Mais au faîte de la Champions League du jeu de dupes, les Engagés sont les dieux et François Desquesnes est leur prophète. La saga de l’augmentation des abonnements du Tec en est la plus belle preuve. Avec, au menu, une recette particulièrement retorse.
Prenez un gouvernement bien dodu qui, dans un premier temps, revoit le contrat de gestion du Tec en imposant à celui-ci un taux de couverture de 14 % au lieu de 10 %. Traduisez : la société de transports en commun doit, par elle-même, couvrir 14 % de ses frais en dehors de toute subvention publique.
Saupoudrez d’une bonne dose d’hypocrisie ce même gouvernement qui, désormais, laisse au Tec la liberté de fixer ses tarifs, ce qui était in illo tempore l’apanage de l’exécutif wallon. Trop gentil ! L’irrémédiable augmentation sera donc à remettre sur le dos des responsables de la société de transports et non plus sur celui du minissss de la Mobilité. Capito, le twist ?
Vous mélangez le tout et vous vous apercevez que, de toute façon, l’organe de gestion du Tec est nommé par le Gouvernement wallon. Et que, donc, in fine, c’est quand même le gouvernement qui a piloté le bus depuis le début, l’air de rien.
Sauveur de la nation
Dernière étape de la recette miracle : ayant anticipé le tollé général dû à l’augmentation (384 balles quand même pour les 18-25 ans au lieu de… 12 euros par an), le ministre Desquesnes, sauveur christique sur son beau cheval turquoise, flanqué de son écuyer oublié dans le fin fond des Ardennes, Benoît Lutgen, propose, suivi par le MR, de créer un abonnement unique à 180 euros pour les 12-25 ans. Hop là, on rase gratis tout d’un coup. Mais dites-moi, le gouvernement n’avait-il point laissé la liberté tarifaire au Tec ? Oui, mais non, enfin bon, presque, mais pas tout à fait, mais un peu quand même…
Tiens, au fait, les bus, ils devront payer la vignette routière compensée qui ne le sera finalement pas ? C’est juste pour savoir, hein…
Publié le 23 octobre 2026.

Charlie Bérurier
Observatrice avisée de la vie politique wallonne.

