Brésil, J-3 | Lula ou le fascisme ? Deux projets radicalement opposés (3/4)

Brésil, J-3 | Lula ou le fascisme ? Deux projets radicalement opposés (3/4)

Après les candidats et leurs bilans, place aux projets. Que proposent Lula et Flávio Bolsonaro pour le Brésil de 2027 à 2030 ? Économie, services publics, droits sociaux, environnement, démocratie : derrière deux candidatures s’affrontent surtout deux projets de société radicalement différents.

Le programme de Lula n’est pas parfait et peut être critiqué, mais il s’inscrit clairement dans la continuité de ce qu’il a réalisé ces quatre dernières années : plus d’investissements publics pour les services publics, les politiques sociales et la réduction des inégalités, et un État stratège pour maintenir une économie dynamique.

Celui de Flávio Bolsonaro, lui, tient en quelques slogans, beaucoup de mensonges, et ce qu’il dit ou laisse entrevoir a de quoi faire très peur : des coupes massives dans les dépenses sociales, la destruction des droits des travailleurs, la braderie des entreprises publiques et un pouvoir autoritaire prêt à piétiner les droits démocratiques.

Depuis des semaines, la gauche brésilienne tente de convaincre la population, en particulier les abstentionnistes, les indécis et même la droite démocratique, que lorsqu’on compare ces deux projets, « Não é uma escolha difícil » : « ce n’est pas un choix difficile ». Ce slogan, diffusé massivement sur les réseaux sociaux, est illustré par toute une série d’exemples concrets.

Alors, comparons.

Économie : le modèle argentin de Milei ou l’État stratège ?

Deux visions de l’État s’opposent ici. Pour Lula, l’État doit jouer un rôle clé dans le développement du pays et investir dans les services publics. Pour Bolsonaro fils, il faut au contraire l’affaiblir, en privatisant et en taillant drastiquement dans les dépenses publiques.

Bolsonaro. Bolsonaro se plaint de la vie chère tout en vantant le modèle de Javier Milei en Argentine. Or, après une baisse liée à la fin de l’hyperinflation, la pauvreté y repart à la hausse : 32,3 % de la population au premier semestre 2026, contre 28,2 % six mois plus tôt, soit environ 1,5 million de nouveaux pauvres. Le chômage atteint 7,9 %, son plus haut niveau depuis 2021, et quelque 30.000 entreprises ont fermé depuis l’arrivée de Milei. Bolsonaro jure qu’il ne privatisera ni la Petrobras ni les grandes banques publiques, mais on peut en douter : il réclame ouvertement la privatisation de la Poste, et l’un des noms envisagés pour prendre la tête de la Petrobras est prêt à ouvrir son capital. Ce scénario a un précédent : en 2019, Jair Bolsonaro (le père) promettait de ne pas « toucher » à la Caixa et à la Banque du Brésil ; deux ans plus tard, il déclarait vouloir privatiser la Petrobras, dont il avait déjà vendu des raffineries et le réseau de stations-service. Tout porte donc à croire que, une fois élu, Bolsonaro (fils) reprendrait la grande braderie du patrimoine public. Le Pix lui-même ne serait pas à l’abri. Bolsonaro jure qu’il n’y touchera pas. Mais son principal allié, Donald Trump, en a fait une cible et considère que ce système de paiement public et gratuit est « déloyal » envers les géants (américains) de la carte bancaire comme Visa et Mastercard. Son frère Eduardo Bolsonaro a même laissé entendre que le Pix pourrait être mis sur la table des négociations avec Washington, avant de se rétracter face au tollé. Ajoutons que Bolsonaro fils a déjà également tenté de privatiser des plages brésiliennes : en 2024, il portait au Sénat un projet qui aurait permis de céder à des propriétaires privés des terrains du littoral appartenant à l’État.

Lula. Il veut poursuivre la réindustrialisation du pays, avec l’État comme moteur : investir dans les infrastructures et l’innovation, produire au Brésil les médicaments et les vaccins, lancer un programme national d’intelligence artificielle pour réduire la dépendance aux géants américains, et exploiter les minerais stratégiques au service du développement du pays plutôt que des multinationales. À l’opposé de l’austérité de Milei, que Bolsonaro prend pour modèle, Lula mise sur la dépense publique pour soutenir l’activité : les hausses du salaire minimum et des aides sociales donnent du pouvoir d’achat aux ménages modestes, qui le dépensent aussitôt et font ainsi tourner l’économie. Le tout financé en faisant payer les ultra-riches et les fortunes placées dans les paradis fiscaux, tout en allégeant les impôts des revenus modestes, comme il l’a encore fait en janvier 2026 (voir le premier article de cette série).

Services publics et protection sociale : couper ou investir ?

Bolsonaro. Le 8 octobre, Bolsonaro jurait de revaloriser les retraites au-delà de l’inflation. Le même jour, la presse révélait que son équipe économique préparait un « tesouraço », un grand coup de ciseaux budgétaire pouvant aller jusqu’à 250 milliards de reais, en touchant notamment aux retraites et aux aides aux personnes âgées et handicapées, ainsi qu’aux dépenses de santé et d’éducation.

Lula. À l’inverse, Lula veut renforcer les services publics et la protection sociale. Côté social : élargissement de la Bolsa Família (une allocation versée aux familles pauvres), renforcement du système public d’assistance sociale, et un nouveau plan de renégociation des dettes des ménages, dans la lignée de celui qui a déjà permis à 15 millions de Brésiliens surendettés de respirer (voir le premier article de cette série). Lula s’engage aussi à effacer l’essentiel des dettes de millions de micro-entrepreneurs, ces petits indépendants souvent précaires : l’État rachèterait leurs dettes aux banques en exigeant une ristourne d’au moins 90 %, et annulerait 12,6 milliards de reais de dettes fiscales. Côté santé, le système public (Sistema Único de Saúde, « Système unique de santé ») reste le pilier : accès élargi aux spécialistes, télémédecine pour les zones rurales, santé indigène menée avec les peuples autochtones. Côté éducation : de nouvelles universités et écoles techniques fédérales, développement du  programme Pé-de-Meia (littéralement « bas de laine »), lancé en 2024, qui verse aux lycéens de familles modestes une  aide pour lutter contre le décrochage scolaire, et son extension à l’Université : à partir de 2027, les étudiants des universités publiques et les boursiers du ProUni (le programme ProUni offre des bourses dans les universités privées aux étudiants modestes) recevraient 700 reais par mois, dix mois par an, plus une épargne de 2.500 reais par an, soit jusqu’à 10.000 reais en fin de cursus pour démarrer dans la vie active. S’y ajoutent l’accès à Internet dans toutes les écoles et des objectifs nationaux d’alphabétisation.

Travail : destruction des droits et flexibilité ou augmentation du salaire minimum et réduction du temps de travail ?

Bolsonaro. Il a toujours combattu la fin de l’échelle 6×1, une réforme qu’il qualifie d’« hypocrite » et d’« électoraliste ». Son parti a voté en bloc contre à la Chambre des députés. Début octobre, il organisait la désertion de l’hémicycle du Sénat pour empêcher le vote, faute de quorum. Puis, face à une réforme soutenue par près de 70 % des Brésiliens et à des sondages qui se resserrent à l’approche du second tour, il a fait volte-face la veille du premier scrutin. Le jour du vote, le 14 octobre, Bolsonaro n’était pas au Sénat : il dansait sur une estrade de campagne à Porto Alegre. Il a voté « pour » à distance, via l’application du Sénat. Mais il a, dans le même temps, promis au patronat brésilien de revoir la réforme s’il est élu. On n’est plus à un mensonge près : c’est une pure escroquerie électorale. Le chef de file de son parti à la Chambre, Sóstenes Cavalcante, l’a d’ailleurs confirmé le jour même du vote : si Bolsonaro l’emporte, le Parti libéral (PL) défendra une révision de la réforme et se battra pour son projet de travail payé à l’heure. Il s’agit d’une orientation profondément antisociale et réactionnaire : sortir du cadre du Code du travail pour revenir à des contrats payés à l’heure, négociés individuellement entre le salarié et son patron. Plus aucun jour de repos payé ne serait garanti, et un salarié payé à l’heure peut se retrouver, en fin de mois, avec moins que le salaire minimum. En outre, l’accord individuel signé avec le patron primerait sur les conventions collectives négociées par les syndicats. Bolsonaro vend ce projet au nom de la liberté : « Je voudrais que le travailleur ait la liberté de composer son propre horaire de travail », répétait-il encore le jour même où il annonçait son vote. Autrement dit, le travailleur isolé face à un patron qui pourrait l’engager uniquement pour les heures dont il a besoin. Rien que ça. Cette logique de destruction des droits n’est pas nouvelle : son père affirmait déjà en 2018 qu’il fallait choisir entre « moins de droits et un emploi » ou « tous les droits et le chômage ».

Lula. Sa promesse phare, la semaine de 40 heures avec deux jours de repos et sans perte de salaire, vient d’être tenue : le 14 octobre, le Sénat a adopté la fin de l’échelle 6×1 par 75 voix contre une. Une fois la réforme promulguée, les employeurs auront deux mois pour passer à la semaine de cinq jours et 42 heures, puis un an pour descendre à 40 heures. Ce vote au Sénat représente une immense victoire pour les travailleurs, en particulier pour les 40 millions de salariés qui travaillent 44 heures par semaine ou six jours sur sept. Pour la suite, son programme prévoit de poursuivre la revalorisation du salaire minimum chaque année au-delà de l’inflation. Sur ce terrain, son bilan parle pour lui. Sous ses deux premiers mandats, le salaire minimum a augmenté de 53 % au-delà de l’inflation et le chômage a été divisé par deux. Depuis son retour pour son troisième mandat en 2022, le salaire minimum a de nouveau progressé plus vite que les prix, le chômage est tombé à son plus bas niveau historique et 10 millions de Brésiliens modestes ne paient plus d’impôt sur le revenu. On peut donc lui faire confiance pour continuer à se battre pour le pouvoir d’achat et les conditions de travail des Brésiliens.

Amazonie et environnement : saccager ou protéger ?

Bolsonaro. Bolsonaro est l’héritier d’un père sous lequel la déforestation de l’Amazonie a atteint en 2021 son plus haut niveau depuis 2006, qui n’a reconnu aucune terre indigène et qui a abrogé quelque 400 textes protégeant l’environnement et le climat. Le fils ne fait pas mieux : en près de huit ans au Sénat, il a agi au moins 17 fois contre l’environnement, selon l’Observatoire du climat, un réseau d’organisations non gouvernementales (ONG) brésiliennes. Et le 19 octobre, à Marabá, dans l’État amazonien du Pará, il a promis aux producteurs agricoles d’en finir avec « ces entraves environnementales qui existent pour des raisons idéologiques » : « Vous allez pouvoir faire ce que vous voulez sur votre terre. » Son camp est celui de l’agro-négoce le plus prédateur.

Lula. Poursuivre le recul historique de la déforestation, avec l’objectif de la ramener à zéro d’ici 2030, et faire de la transition vers une économie bas carbone un axe du développement national. Avec une contradiction que la gauche ne manquera pas de souligner : le programme ne renonce pas au pétrole, au nom de la souveraineté énergétique.

Démocratie institutionnelle : démolir ou réparer ?

Bolsonaro. Sa priorité est connue : gracier son père, condamné pour tentative de coup d’État, ainsi que les émeutiers du 8 janvier 2023. Il a même évoqué « l’usage de la force » si la Cour suprême s’y opposait. Il veut aussi « changer la Constitution » pour « redémocratiser » le Brésil. Venant d’un clan qui célèbre la dictature militaire et dont le chef a tenté un coup d’État, cette promesse représente un danger extrême pour la démocratie : la Constitution de 1988 est précisément celle qui a tourné la page de la dictature. Bolsonaro plaide en outre pour la destitution de juges de la Cour suprême, à commencer par ceux qui ont condamné son père. Et puis, il y a l’enjeu personnel : son mandat de sénateur s’achève en janvier 2027, et avec lui son immunité parlementaire. Vu le nombre de scandales qui le visent, le palais présidentiel est pour lui une question de liberté ou de prison : s’il perd les élections, il risque bien de finir jugé et derrière les barreaux, comme son père.

Lula. Conscient que la corruption touche tous les étages de l’État, y compris la Cour suprême, éclaboussée à son tour par le scandale de la banque Master, Lula promet une « réforme profonde » de la justice. Il veut notamment instaurer un mandat limité pour les juges de la Cour suprême, aujourd’hui nommés à vie jusqu’à 75 ans, revoir la manière dont ils sont choisis et imposer des « critères de moralisation » : pas d’enrichissement personnel, pas de membres de la famille plaidant devant leur propre tribunal. Deuxième chantier : le budget. Chaque année, les parlementaires distribuent dans leurs fiefs quelque 50 milliards de reais, souvent dans l’opacité : la Cour suprême a même dû interdire en 2022 le « budget secret » de l’ère Bolsonaro. Lula veut remettre de l’ordre et de la transparence sur ces dépenses et permettre à chaque citoyen de savoir où va l’argent public. Troisième chantier : redonner la parole à la population, avec des conseils citoyens et des budgets participatifs – une invention du Parti du Travail (PT), née à Porto Alegre en 1989 et imitée depuis dans le monde entier.

Démocratie sociale : haine et violence ou égalité et fraternité ?

Bolsonaro. La démocratie, ce n’est pas que des institutions : c’est aussi une manière de vivre ensemble. Bolsonaro s’entoure, on l’a vu, d’une droite qui a fait de la haine et de la violence un fonds de commerce : racisme assumé de son père ; transphobie de Nikolas Ferreira et d’Eduarda Campopiano, deux jeunes députés du PL, le parti de Bolsonaro, friands de scandales sur les réseaux sociaux ; mépris pour les peuples indigènes. Avec Bolsonaro au pouvoir, cette machine à haine aurait accès à tous les leviers de l’État, et tous ceux qui partagent ces idées violentes et racistes se sentiraient pousser des ailes. On peut s’attendre à une hausse de la violence, notamment contre les personnes LGBTQIA+, dans un pays qui est déjà, depuis des années, celui où l’on tue le plus de personnes trans au monde. Par ailleurs, pour le clan Bolsonaro, les mouvements sociaux, les syndicats et la société civile ne sont pas des interlocuteurs : ce sont des adversaires à affaiblir, voire à détruire. En 2018, Jair promettait de « mettre un point final à tous les activismes au Brésil », une menace dénoncée par près de 3.000 organisations. Un an plus tôt, il proposait d’offrir des fusils aux propriétaires terriens contre « les voyous du MST », le Mouvement des Sans-terre[1], qu’il qualifiait de groupe terroriste. Quant aux syndicats, le coordinateur de campagne de Bolsonaro, Rogério Marinho, est celui qui, en 2017, a fait supprimer leur principale source de financement : l’impôt syndical obligatoire, équivalent à une journée de salaire par an prélevée sur chaque salarié déclaré. Du jour au lendemain, les recettes des syndicats se sont effondrées de près de 90 %.

Lula. Depuis toujours, Lula montre une autre voie : celle de la fraternité, de l’égalité entre les cultures, du respect des différences et de la justice sociale. Dès 2003, quelques jours après son arrivée au pouvoir, il rend obligatoire l’enseignement de l’histoire et de la culture afro-brésiliennes dans toutes les écoles du pays. En 2023, il crée pour la première fois un ministère des Peuples indigènes, confié à une femme indigène, Sônia Guajajara, et lance dès son retour une opération d’urgence pour sauver les Yanomami, décimés par la faim et les maladies apportées par les orpailleurs illégaux tolérés sous Bolsonaro. La même année, il fait voter une loi qui impose l’égalité salariale entre femmes et hommes. Le jour de son investiture, il avait d’ailleurs gravi la rampe du palais présidentiel entouré d’un chef indigène, d’une ramasseuse de déchets, d’un ouvrier, d’un enfant noir et d’une personne handicapée : tout un symbole. Son programme poursuit dans cette voie, avec l’élargissement du réseau d’accueil pour les femmes victimes de violences et l’accélération de la reconnaissance des terres indigènes, dont plus de 250 dossiers restent en attente.

Médias : bâillon ou liberté de la presse ?

Bolsonaro. On l’a vu, il a déjà obtenu l’interdiction d’un journal syndical et, un temps, la fermeture d’un groupe WhatsApp pro-Lula de 4,5 millions de membres, tandis qu’un de ses alliés tentait de faire enquêter sur The Intercept Brasil après ses révélations sur la banque Master. Dans le même temps, le clan inonde les réseaux sociaux de fausses informations, avec la bienveillance des géants américains du numérique et de leur protecteur, Donald Trump. Au pouvoir, avec des juges acquis à sa cause, Bolsonaro aurait les moyens de faire taire les voix critiques, tout en laissant le champ libre à sa propre machine de désinformation.

Lula. Son gouvernement défend une régulation des grandes plateformes numériques, pour les obliger à répondre de la désinformation et des discours de haine qu’elles diffusent. Le clan Bolsonaro combat ce projet au nom de la « liberté d’expression » : la liberté, surtout, de mentir sans conséquence.

Sécurité : lutte contre le crime organisé ou plus d’armes ?

Bolsonaro. Comme la droite de presque tous les pays du monde, Bolsonaro fait de la sécurité son thème prioritaire. Le sujet parle à beaucoup de Brésiliens, dans un pays où la violence fait des dizaines de milliers de morts chaque année et où des quartiers entiers vivent sous la coupe des gangs ou des milices. Il promet une « guerre au crime organisé ». Mais ce même homme a voté en 2008, à l’Assemblée de Rio, contre la création d’une commission d’enquête sur les milices, ces groupes armés formés de policiers et d’anciens policiers qui rackettent des quartiers entiers. Il reprenait alors leur propre discours : selon lui, les habitants des quartiers qu’elles contrôlent étaient souvent « heureux », car enfin protégés des trafiquants de drogue. Ajoutons qu’un autre député s’était opposé avec lui à cette commission d’enquête : Domingos Brazão, condamné en février 2026 par la Cour suprême à 76 ans de prison comme l’un des commanditaires de l’assassinat de Marielle Franco, conseillère municipale de gauche à Rio, noire et féministe[2]. Cela en dit long. Les Brésiliens risquent de porter au sommet de l’État un homme qui a un long passé de proximité avec des membres du crime organisé. Quant au culte des armes du clan, on a vu dans l’article précédent jusqu’où il va.

Lula. Pour Lula, on ne vient pas à bout du crime organisé en distribuant des armes, mais en frappant là où ça fait mal : l’argent. Les grandes organisations criminelles brésiliennes sont devenues de véritables entreprises, qui blanchissent leurs profits dans les stations-service, l’immobilier ou la finance. Son programme mise donc sur le renseignement et sur l’asphyxie financière de ces réseaux. Il prévoit aussi de mettre fin au chacun pour soi entre polices fédérale, régionales et municipales, en créant un système unique de sécurité publique qui coordonne leur action à l’échelle du pays, ainsi qu’un ministère de la Sécurité publique. Les polices des États et des communes recevraient 10 milliards de reais pour s’équiper. Et pour protéger aussi les habitants des abus policiers, fréquents dans les favelas, les agents porteraient des caméras sur leur uniforme.

Conclusion : ce n’est pas un choix difficile, et pourtant…

Si Lula l’emporte le 25 octobre, le Brésil pourra poursuivre sur la voie de ces dernières années : recul de la pauvreté et de la faim, hausse des salaires, fin de l’échelle 6×1, justice fiscale, protection de l’Amazonie. Mais rien ne sera facile. Le parti de Bolsonaro a remporté les élections au Congrès : 121 députés sur 513, un record depuis le retour de la démocratie, et 28 sénateurs sur 81, contre 9 pour le PT. Chaque réforme, chaque budget devra être arraché. Et tout cela dans un contexte de crise du capitalisme mondial, de guerre commerciale et de tensions géopolitiques, qui réduira encore les marges de manœuvre. Plus que jamais, il faudra compter sur la mobilisation populaire.

Si Flávio Bolsonaro emporte la présidence, après avoir gagné le Congrès national le 14 octobre dernier, les institutions et principes démocratiques seraient directement menacés, et il est plus que probable que la violence augmente, que les droits démocratiques reculent et que les conditions de vie de millions de travailleurs se dégradent.

Le 25 octobre, les Brésiliens ne choisiront donc pas seulement un président, mais entre deux sociétés radicalement opposées. Sur le papier, ce n’est pas un choix difficile. Et pourtant, Flávio Bolsonaro est arrivé en tête du premier tour, et rien n’est joué. Comment un tel candidat et projet peut-il séduire près de la moitié des électeurs ? C’est ce que nous analyserons dans le prochain article à paraître demain.

Publié le 22 octobre 2026.


[1] Fondé en 1984, le Mouvement des Travailleurs ruraux sans Terre (MST) est le plus grand mouvement social d’Amérique latine. Il occupe des terres inexploitées pour obtenir leur redistribution aux paysans pauvres, comme le permet la Constitution.

[2] Élue du Partido Socialismo e Liberdade (PSOL,gauche radicale) au conseil municipal de Rio de Janeiro, Marielle Franco était une femme noire, féministe et LGBTQIA+, issue de la favela de la Maré. Elle dénonçait les violences policières et le pouvoir des milices. Le 14 mars 2018, elle a été assassinée par balles dans sa voiture, avec son chauffeur Anderson Gomes. Les deux tueurs, d’anciens policiers, ont été condamnés en 2024. En février 2026, la Cour suprême a condamné les frères Domingos et Chiquinho Brazão, deux hommes politiques liés aux milices de Rio, comme commanditaires du crime. Son assassinat a provoqué une immense vague d’indignation, au Brésil comme à l’étranger.

Olivier Bonfond
Rédacteur MaTribune.be et économiste au Centre de coordination, d’études et de formation (CCEF) | Plus de publications

ARTICLES APPARENTÉS

Laisser un commentaire

Dessins x