A part ça… À bas la grève ! 

A part ça… À bas la grève ! 

L’accord budgétaire de l’Arizona est tellement bien que les travailleurs n’ont plus besoin de se mobiliser. Qu’ils disent…

Ah vous voyez qu’il n’était pas nécessaire de paralyser le pays durant trois jours ! Bart De Wever nous a « déBouchez » l’affaire en une nuit. Et l’accord sur le budget 2026-2029 est « très équilibré », comme ils disent. Comme de rien, on va économiser 9,2 milliards (de plus) d’ici à 2029. La FEB a même salué le courage du gouvernement. Et donc BDW a bien raison de s’auto-congratuler : « J’ai sauvé l’État-Providence du précipice. » Et donc plus besoin de faire grève ! Tout le monde devrait être content de ces si belles mesures, n’est-ce pas…

D’abord, ça y est ! Les riches vont grandement participer à l’effort. Ah si ! Et d’abord les fraudeurs en col blanc, qui font échapper 30 milliards d’euros à l’impôt. Par an. Une lutte efficace contre la grande fraude fiscale aurait dû rapporter de 10 à 12 milliards par an à l’État. Par an. Mais donc là, pour (enfin) saquer cette méga-fraude fiscale, un parquet national financier sera bientôt créé. Avec dix magistrats spécialisés et 377 enquêteurs. Quand sera-t-il à l’œuvre ? On ne sait pas. Avec quel budget pour être efficace ? On ignore. Et avec quelle indépendance pour ce futur parquet ? On verra. Et le gouvernement, pour mettre ça en place urgemment, va recréer un ministère dédié à la Lutte contre la fraude fiscale ? Non. Donc ça arrivera un jour, peut-être, mais on ne sait comment. Pas grave, il y a autre chose de très bien…

Dans un paquet « contribution des épaules les plus larges », l’Arizona a décidé trois trucs : un doublement de la taxe compte-titres, un précompte mobilier sur les dividendes qui passe de 15 à 18 %, une taxe bancaire augmentée. Ce qui devra rapporter 912 millions d’ici à 2029. Et ça, didjab que c’est impressionnant ! Sur 9,2 milliards d’effort quand même ! Surtout quand on calcule le machin. On sait qu’il y a 5,2 millions de ménages fiscaux en Belgique et que 10 % d’entre eux (520.000 ménages) détiennent 55 % du patrimoine net total de la Belgique. Patrimoine total qui, selon la Banque nationale de Belgique, s’élève à 1.300 milliards d’euros. Ces 520.000 ménages les plus riches détiennent donc 715 milliards d’euros de patrimoine (1,375 million par ménage en moyenne). Et donc ceux-là, les « épaules les plus larges », vont faire un « effort supplémentaire » de 912 millions en 2029. C’est-à-dire qu’ils verseront la somme hallucinante 1.754 euros en moyenne par ménage (ultra-)riche. Je rappelle que ces 10 % de ménages possèdent chacun en moyenne un patrimoine de 1,375 million d’euros. En vrai, le politologue Dave Sinardet a calculé que ce serait moins : sur les 9,2 milliards, les « épaules les plus larges » ne mettront que 400 millions. Donc en moyenne 769 euros par ménage ultra-riche d’ici 2029. Merci, dites !

Un autre exemple qu’il n’y a vraiment plus aucune raison de faire grève ? Au MR, David Clarinval est « très content de ne pas avoir touché à la TVA ».  Et ça, c’est bien vrai ! Le gouvernement n’a rien changé aux taux de TVA, qui restent à 6, 12 ou 21 %. C’est juste que certains produits qui étaient taxés à 6 % vont subrepticement glisser dans la catégorie des 12 % de TVA. Mais on n’a pas touché aux taux de TVA, hein. Ce qui va coûter 1,3 milliard d’euros par an aux consommateurs. Et puis sur d’autres produits, nos ministres ont été encore plus créatifs, je trouve. Là, ce n’est plus la TVA à laquelle on ne touche pas, ce sont les « accises ». Qui elles, vont grimper, notamment sur le gaz. Ce qui fait que le gaz va augmenter de 6 %. Payés par qui ? Essentiellement par les « petits » propriétaires qui n’ont pas les moyens d’isoler leur logement (surtout depuis le gel des primes à la rénovation) ou d’installer une nouvelle chaudière. Et bien sûr aussi par les locataires qui n’ont aucun moyen de pression pour faire isoler leur logement énergivore. Bref les petits et moyens revenus.

Autre promesse tenue qu’on salue bien bas : il n’y aura pas de saut d’index ! Ou plutôt, comme dit Bouchez, l’indexation des salaires est « socialement corrigée ». C’est-à-dire qu’il y aura deux ch’tits sauts d’index en 2026 et en 2028, mais seulement sur la partie supérieure des salaires de plus de 4.000 euros bruts. Et aussi sur les allocations sociales ou les pensions au-delà de 2.000 euros bruts. Donc rien que sur les revenus des plus « riches », quoi. Pour le gouvernement, on est vite riche : 4.000 euros bruts c’est autour de 2.500 euros nets par mois. La mesure touchera donc quasiment la moitié des salariés.

Et puis, il ne faut pas trop creuser.

Si, on creuse ? OK, on ressort la calculette. Avec une inflation à environ 6 %, les salaires vont augmenter mécaniquement : 3.750 € bruts en 2025 feront 4.000 € bruts en 2028. Les travailleurs qui gagnent 3.750 € bruts aujourd’hui ne subiront donc pas de saut d’index en 2026, mais ils le subiront bien en 2028. Et comme le gouvernement va très certainement ajouter le pécule de vacances et le 13ème mois au salaire mensuel pour déterminer le seuil, ça revient à 3.185 € bruts inscrits sur votre fiche de paie aujourd’hui. Total : si vous gagnez plus de 3.185 € bruts par mois en 2025, vous aurez votre saut d’index en 2028 sur vos revenus dépassant ce seuil. Parce qu’avec votre salaire de 3.185 € bruts (2.245 € nets pour un isolé sans enfants à charge), appréciez la bonne nouvelle : vous êtes un travailleur « aisé ».

Il y a quoi, encore, dans ce si beau budget qu’on ne sait pas pourquoi on fait grève ? Ah oui : 300 millions d’économies sur les soins de santé

(en plus des compressions déjà effectuées). Comme promis, le gouvernement va aussi « permettre » (c’est écrit comme ça) aux malades de longue durée de retourner au travail. Au total, 100.000 personnes sur les 526.000 actuellement en maladie depuis plus d’un an. Et ce même s’ils sont malades à cause du travail ou pas vraiment guéris. L’important, c’est que ça va rapporter 1,9 milliard d’euros. Et avant de bidouiller cet accord enchanteur, il y avait quoi, encore ? Oh rien, ou presque. Juste des retraites rabotées par un malus qui peut faire perdre jusqu’à 25 % de pension à ceux et (surtout) celles qui n’auront pas travaillé plein pot jusqu’à 67 ans. Des flexi-jobs en open bar pour les entreprises, donc des emplois précaires. Des jobs d’étudiants à gogo, pour remplacer des travailleurs sans cotiser à la sécurité sociale. Des heures supplémentaires non rémunérées. Du travail de nuit qui débute à minuit pour se terminer à 5 heures. 200.000 chômeurs exclus alors qu’il n’y a pas d’emplois en suffisance. Des CPAS qui vont devoir suppléer et donc des communes qui doivent augmenter impôts et taxes. Des enseignants qui travailleront plus pour pas un rond. Des coupes régionales dans la culture, les médias ou l’associatif. Des milliards de subventions publiques toujours versées aux grandes entreprises privées alors que les dividendes des actionnaires explosent… Bon j’arrête là. Et je me mets en grève, tout compte fait.

Vincent Peiffer
Chroniqueur MaTribune.be |  Plus de publications

Après 40 ans au Moustique, Vincent rejoint l’équipe de MaTribune.be pour mettre son grain de sel dans notre si beau monde. Où, à part ça, tout va bien…

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