À part ça… Bobo la Poigne

À part ça… Bobo la Poigne

Au MR, il y a plus fort que Bouchez. Il y a Boris Dilliès, qui surpasse son président en méprisant même ses propres députés.

Et maintenant une blague. Ou non, une devinette. Qui a dit ceci ? « On ne peut être un fier et digne libéral que si on conserve cette exigence de respect qui se traduit dans l’intelligence et la clarté ainsi que la rationalité du propos. » Vous avez 30 secondes : tic tac tic tac tic tac tic tac… Trop tard, langue au chat ? Cette merveilleuse chose a été dite par… Georges-Louis Bouchez. Le président du MR l’a énoncée dimanche lors de la cérémonie des 180 ans du parti libéral. Même dans les gradins de la dernière auto-idolâtrie du MR, on a dû admirer la drôlerie : « T’as entendu, Georgio a parlé respect !? Manquerait plus qu’y dénonce le populisme et le népotisme ! Y devrait faire du stand-up, haha ! » C’était donc la blague libérale du weekend. Avec peut-être un regret pour ces 180 ans : Jordan Bardella, pourtant en visite de courtoisie au Vlaams Belang, n’est pas passé saluer le copain GLB. Il aurait ajouté : mais où trouve-t-il toute cette énergie ?

Et à propos d’énergie, me suis-je demandé, que faire si un jour Bouchez venait à en manquer ? S’il souffrait tout soudainement d’un burnout ? Ah mais si, ça arrive à tout le monde, même aux meilleurs des égocentrés. Un terrible coup de mou de chochotte profiteuse s’abattrait donc subitement sur l’ultra-président. Ce qui l’empêcherait durablement d’exercer avec le brio qu’on lui connaît la polarisation clivante, l’invective, les fake news et le dédain. Ça nous ferait des congés à tous, OK. Mais ça nécessiterait également un intérim d’urgence à la présidence du MR. Alors là, oui, je vous vois venir : il y a toujours bien Sophie Wilmès, chouchoute des Wallons et des Bruxellois, qui trône invariablement en tête des sondages de popularité. On peut toujours exfiltrer Sainte-Sophie de sa pré-retraite dorée au Parlement européen. Et comme « le MR aurait à gagner à plus de nuance et de hauteur », disait-elle, la direction de son parti en deviendra peut-être plus collégiale, moins omnipotente et caricaturale. Bien.

Mais à l’intérieur du MR, qui écoute encore les bons conseils de la Grande Sophie ? Visiblement pas grand monde. Les Clarinval, Jeholet, Galant, Dolimont ou Glatigny se sont très bien accommodés des méthodes de désinformation à la Bouchez ainsi que de sa brutalité, puisqu’ils les pratiquent eux-mêmes très assidûment. Or c’est humain : on n’aime pas changer ses habitudes. Donc pour ne troubler personne au MR, il faudrait quelqu’un qui puisse assurer une certaine continuité.

Pour ce faire, vous ai-je déjà dit tout le bien que je pensais d’Eléonore Simonet ? Rien que dans sa communication non-verbale, la jeunette ministre fédérale des Classes moyennes, des Indépendants et des PME, affiche à seulement 28 ans une morgue absolument éclatante. Un talent inné. Et ce n’est pas le seul. Eléonore maîtrise également parfaitement l’art de l’approximation et de la désinformation assumées. Comme son président-mentor, elle serait très capable d’affirmer avec une certitude proportionnelle à son ignorance que non-non la Croix des Croisés sur le matériel de policiers violents à la manif des enseignants n’est pas du tout un symbole d’extrême droite. Alors que deux clics suffisent à découvrir que, partout en Europe, cette Croix des Templiers est le signe de ralliement préféré des suprémacistes blancs néofascistes.

D’ailleurs Eléonore a encore prouvé récemment à quel point elle avait de belles dispositions. Puisque les grandes personnes du MR ont décidé de s’attaquer aux vilains syndicats et aux exécrables mutuelles, la voilà qu’elle déboule à Bel RTL munie d’un courrier de sa mutuelle qui l’invite à vérifier – à vé-ri-fier ! – si elle est éligible au statut BIM. Donc ça, c’est bien la preuve par A peluche B que les mutuelles, ah ben elles font rien qu’à pousser les gens à être des assistés ! Même les ministres !

C’est ici qu’un peu de pédagogie s’impose. Les mutuelles n’octroient aucun statut BIM. Elles ne font que vérifier – vé-ri-fier ! – si leurs affiliés peuvent le demander, ou pas. Comment ? Sur base de l’impôt des personnes physiques. Et en 2024 (dernières données fiscales disponibles), la Choupette était (jeune) avocate, avant de devenir députée (mais dont les revenus ne sont pas repris dans le flux fiscal classique). Elle n’a donc dû déclarer que ses six mois de revenus en tant qu’avocate. Sur base de ces mini-revenus, la mutuelle lui a donc signalé qu’elle aurait peut-être droit à l’intervention majorée dans les soins de santé. Ignorer la législation pour faire du buzz en pataugeant dans le ridicule, c’est parfait : tu as l’étoffe d’une future présidente du MR, ma grande.

Mais j’ai encore mieux : Boris Dilliès. L’homme qui monte. Question arrogance et mépris, on va dire que c’est Eléonore Simonet avec vingt-cinq ans de pratique en plus.  Avant de devenir ministre-président bruxellois, Boris avait déjà montré une maîtrise certaine comme bourgmestre d’Uccle. Par exemple en faisant déprogrammer le spectacle de l’humoriste français Guillaume Meurice au Centre culturel d’Uccle : de la bonne vieille censure dont s’inspirent aujourd’hui les nouveaux maires français du Rassemblement national. Un honneur, pour sûr. Comme il se doit quand on touille dans la droite radicale, Dilliès nourrit aussi à l’instar de son inspirant président une aversion pour les dangereux universitaires. Et en particulier pour ceux de l’Université libre de Bruxelles. Le gars profitera même d’une cérémonie en l’honneur d’une grande résistance bruxelloise pour accuser l’ULB d’alimenter un climat antisémite et hostile à Israël. Et ce devant la famille de la résistante et la rectrice de l’ULB. La toute grande classe. Donc là, on sentait bien qu’un tout gros potentiel était disponible.

Et la semaine passée, Bobo est allé au-delà de toutes nos espérances. Après un nouveau sondage cata pour les libéraux, le député MR bruxellois Olivier Willocx exprimait son malaise quant à la tournure que prend son parti : une « droitisation qui ne paie pas ». Réponse du très talentueux Dilliès dans La Libre : « Il y a parfois des parlementaires frustrés et en manque de notoriété qui, par des off destructeurs ou des posts malveillants sur les réseaux sociaux, viennent distiller une petite musique… J’invite ceux qui se prêtent à ce jeu à faire le travail pour lequel ils ont été élus et pour lequel ils sont rémunérés. » Donc un : je méprise un de mes propres députés MR, que je traite de frustré, de malveillant et de destructeur. Deux, je lui fais un rappel utile de totale soumission : t’es payé pour presser un bouton au Parlement bruxellois, et après tu te la coinces. Ce Bobo la Poigne possède décidément un grand avenir au MR. Au point de pouvoir suppléer un jour son président ? We zullen zien

Vincent Peiffer
Chroniqueur MaTribune.be |  Plus de publications

Après 40 ans au Moustique, Vincent rejoint l’équipe de MaTribune.be pour mettre son grain de sel dans notre si beau monde. Où, à part ça, tout va bien…

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