Dès son entrée en fonction en juillet 2024, le nouveau gouvernement wallon MR-Engagés a annoncé un choc fiscal d’une ampleur de 1,5 milliard d’euros sur la législature 2025-2029. Ce « choc » se décline principalement en deux grands volets : une réforme des droits d’enregistrement (entrée en vigueur depuis le 1er janvier 2025) et une réforme des droits de succession (entrée en vigueur le 1er janvier 2028). L’objectif officiel avancé par le gouvernement est de « rendre de l’oxygène aux classes moyennes et populaires, à travers une simplification administrative et un allégement fiscal ». Mais la réalité est tout autre. En plus d’être socialement injustes, ces mesures font perdre des centaines de millions d’euros au budget de la Région wallonne. Faire autrement et mieux est pourtant possible.
Deuxième mesure : Modifier la réforme des droits d’enregistrement (200 millions)
L’Écho du 20 juin écrit noir sur blanc que l’aggravation récente de la santé financière de la Wallonie est causée par la baisse des recettes, liée notamment à la réduction à 3 % du taux des droits d’enregistrement. La réforme des droits d’enregistrement est en effet extrêmement coûteuse : 731 millions d’euros de manque à gagner annoncés pour les recettes publiques sur la période 2025-2029[1], dont 250 millions pour la seule année 2025.
Mais à l’analyse des comptes 2025, la facture s’alourdit déjà : le coût réel atteint 295 millions d’euros, soit 45 millions de plus que prévu, une erreur d’estimation de près de 20 % dès la première année. Les pertes liées à cette réforme passent donc de 731 millions à 776 millions, et ce sera sans doute davantage. En effet, le gouvernement a annoncé une « neutralité budgétaire » de la mesure à l’horizon 2029 mais, selon les estimations du PS, cette neutralité budgétaire ne serait atteinte qu’en 2040 …
Au-delà de l’aspect purement budgétaire, cette réforme est mal pensée, mal ciblée, injuste socialement et voit ses effets annulés par la flambée des prix de l’immobilier qu’elle a elle-même alimentée.
Face à ces constats, le ministre-président persiste et signe : la réforme serait nécessaire et efficace, et il est hors de question de la faire évoluer. Cette position est inacceptable. L’utilisation d’argent public à destination de ménages qui pourraient s’en passer, en contribuant à aggraver les inégalités et à augmenter les déficits publics relève d’une totale irresponsabilité en termes de gestion des moyens publics.
Avec 295 millions déjà engloutis en 2025, et au moins 481 millions supplémentaires à venir d’ici 2029, il faut stopper cette hémorragie pour une réforme qui échoue sur tous les plans. Il faut modifier cette réforme en visant l’objectif de soutenir en priorité les ménages qui en ont le plus besoin, via des réductions significatives, tout en contribuant à réduire les inégalités et sans plomber les recettes fiscales de la Région. Pour y arriver, trois principes devraient s’appliquer aux droits d’enregistrement :
- un taux réduit, jusqu’à un certain plafond ;
- un abattement sur une première tranche de prix ;
- un taux progressif au-delà de cette tranche.
Une telle réforme alternative permettrait de réaliser le même objectif affiché par le gouvernement, à moindre coût et de façon mieux ciblée vers les ménages qui en ont réellement besoin, avec, à la clé, une économie estimée à 200 millions d’euros d’ici 2029.
Troisième mesure : Instaurer un moratoire sur les droits de succession (770 millions)
Comme la réforme des droits d’enregistrement, celle des droits de succession, déjà votée, s’annonce, elle aussi, très coûteuse : 770 millions d’euros à partir du 1er janvier 2028, répartis en 380 millions pour 2028 et 390 millions pour 2029.
Dolimont semble vouloir minimiser ce coût. Dans La Libre du 13 juin, interrogé sur son intention de maintenir le décret en l’état, il déclare : « Depuis le début on sait que ça coûtera environ 400 millions. » Soit presque la moitié du coût réel de la réforme sur ses deux premières années d’application.
Cette réforme est en outre très mal pensée et risque de manquer totalement ses objectifs affichés. En effet, avec cette réforme, ceux qui héritent de 100.000 € paient 1.000 € de taxes en moins, tandis que ceux qui héritent de 1.000.000 € en paient 117.000 € en moins… En résumé, on peut dire qu’avec cette réforme, ceux qui héritent 10 fois plus reçoivent 100 fois plus.
Face à la situation budgétaire désastreuse qu’il a lui-même créée, Adrien Dolimont semble aujourd’hui prêt à revoir quelque peu sa copie : « Je veux en tout cas faire quelque chose d’efficace pour une majorité de la population sur cette question, mais peut-être pas celle qui a déjà été votée, il faut le dire. »
Un gouvernement responsable devrait déclarer un moratoire total et immédiat sur cette réforme très coûteuse et financée sur le dos des travailleurs et des services publics, sans aucune retombée économique en vue. Stopper cette réforme maintenant, c’est éviter de perdre 770 millions d’euros de recettes supplémentaires dans les années à venir. Il faut prendre le temps de réfléchir démocratiquement à une éventuelle réforme alternative, bien pensée celle-là, qui aurait pour véritable objectif de réduire les inégalités.
Lundi prochain, nous parlerons de la quatrième et cinquième mesures qui ramèneraient plus de 500 millions dans l’escarcelle wallonne.

Publié le 6 juillet 2026.
[1] Coût total de la réforme des droits d’enregistrement (731 millions) : 2025 – 250 millions ; 2026 – 196 millions ; 2027 – 145 millions ; 2028 – 95 millions ; 2029 – 45 millions.


