Budget alternatif wallon (1/4) | 6 mesures pour trouver 2 milliards et éviter l’austérité

Budget alternatif wallon (1/4) | 6 mesures pour trouver 2 milliards et éviter l’austérité

Depuis son arrivée au pouvoir en juillet 2024, le gouvernement MR-Engagés a fait de l’assainissement des finances publiques sa priorité. Il a mené une politique d’austérité sévère, coupant plus de 540 millions dans la quasi-totalité des politiques socio-économiques. Résultat : le déficit s’est creusé de 840 millions, passant d’un budget initial 2025 de -2,01 milliards à un budget effectif de -2,85 milliards.

Le 17 avril, le gouvernement wallon annonçait pourtant vouloir « maintenir son cap d’assainissement budgétaire, sans nouvelles taxes ni mesures d’économie supplémentaires ». Un mois plus tard, dans L’Écho, le ton change radicalement : « Les économies prévues dans l’accord de coalition ne suffisent plus (…) Le déficit dépasse 2 milliards et il faut arriver à zéro en trois exercices budgétaires. Il faudra des économies structurelles supplémentaires. Nous n’aurons pas de tabou. » Dans ce même article, le ministre-président wallon Adrien Dolimont évoque des mesures sur les titres-services, les allocations familiales, la rationalisation des structures, la fusion des communes…

Le gouvernement compte ainsi économiser près de 2 milliards d’euros en trois ans, principalement via une réduction des dépenses publiques. Il est évidemment nécessaire de se préoccuper de l’évolution de l’endettement public et des déficits mais cette orientation austéritaire est désastreuse : elle va frapper les travailleurs sans rien résoudre, au contraire, elle va aggraver la situation, dans une spirale sans fin.

Pourtant, des alternatives existent. Nous présentons ici 6 pistes de solutions qui permettraient d’économiser plus de 2 milliards d’euros sur la période 2026-2029 sans faire payer la note aux travailleurs et sans dégrader les services publics et non marchands.

NB 1 : Ces mesures ne constituent pas une liste exhaustive. Nous ne développons pas ici les pistes visant à augmenter les recettes publiques wallonnes. Bien que les marges de manœuvre soient bien moindres qu’au niveau fédéral – sur 18,5 milliards de recettes, plus de 9 milliards proviennent de dotations fédérales sur lesquelles la Région n’a pas de prise – elles existent néanmoins. La Région peut par exemple jouer sur les additionnels à l’IPP, en faisant varier les taux et leur progressivité.

NB 2 : Les 6 mesures proposées dans le tableau ci-dessous sont minimalistes, dans le sens où elles n’impliquent pas de rupture avec le cadre néolibéral actuel. Soyons clairs : si l’on veut remettre la Belgique et la Région wallonne sur les rails d’un développement socioéconomique durable et écologiquement soutenable, plusieurs ruptures importantes sont nécessaires : en finir avec l’austérité en investissant massivement dans les services publics et la transition énergétique et climatique ; mettre en œuvre de véritables politiques de justice fiscale en faisant réellement payer les « épaules les plus larges » ; diminuer notre dette et notre dépendance aux marchés financiers, en reprenant le contrôle du financement des États, en imposant une diminution des  intérêts ou en  créant des bons d’État wallons.

L’objectif ici est de démontrer que n’importe quel gouvernement qui voudrait réellement assainir les finances publiques, y compris donc le gouvernement de droite actuel, dispose de leviers pour le faire, sans reporter la facture sur les travailleurs et les services publics.

Première mesure : Limiter l’austérité en se conformant aux exigences européennes (615 millions)

Malgré les nouvelles réformes fiscales fédérales qui vont peser lourdement sur les finances wallonnes (voir mesure n°4 dans la partie 3), et malgré des perspectives économiques qui s’assombrissent (faillites record, recul des offres d’emploi, croissance faible), le gouvernement wallon persiste à projeter un retour à l’équilibre SEC pour 2029.

Pourtant, bien que cela soit peu connu, maintenir cette trajectoire n’est pas du tout obligatoire. En effet, elle va bien au-delà de ce qu’exigent les nouvelles règles budgétaires européennes.

Dans le cadre des nouvelles règles fondées sur la croissance des dépenses primaires nettes (juin 2024), la Belgique doit limiter cette croissance à 2,5 % par an en moyenne pour l’ensemble des pouvoirs publics. Le Conseil supérieur des finances (CSF) a réparti cet effort : pour la Région wallonne, la croissance moyenne autorisée est de 1,45 % par an.

Pour la seule année 2026, le CSF recommandait +0,92 %. Le budget wallon prévoit, lui, une baisse de 2,09 %, soit un effort nettement plus sévère que ce qui est demandé.

Si le gouvernement wallon décidait de se conformer à la trajectoire exigée par l’Europe plutôt que celle qu’il s’impose lui-même, cela signifierait que, selon les calculs du PS,  la Wallonie pourrait se « contenter » d’un déficit (SEC) de 615 millions d’euros d’ici 2031, plutôt que de viser à tout prix un équilibre dès 2029.

Cet objectif est par ailleurs un très mauvais choix budgétaire et économique : il est démontré depuis des décennies que l’austérité aggrave les effets récessifs plutôt qu’elle ne les corrige.

Les 540 millions déjà coupés n’ont d’ailleurs en rien amélioré le déficit – au contraire, celui-ci s’est creusé. La Cour des Comptes l’a elle-même confirmé dans son rapport de décembre 2025 : « l’amélioration du solde budgétaire […] s’explique principalement par la diminution progressive […] des dépenses liées au plan de relance. » Autrement dit, les économies structurelles n’ont aucun effet significatif sur la trajectoire 2025-2029. Pire, elles ralentissent l’activité économique et aggravent les déficits.

Ajoutons que cet effet récessif va sans doute encore s’amplifier dans les mois et années à venir. Les communes, poussées par la Région, sont en train de réduire fortement leurs investissements : ceux-ci reculent pour la deuxième année d’affilée et ont diminué de 52 % depuis 2024. C’est d’autant plus préoccupant que les communes sont les premiers investisseurs de la Région. Or, qui dit moins d’investissements publics dit des carnets de commandes qui diminuent pour le secteur privé, aggravant encore un peu plus la spirale récessive.

Rechercher à tout prix l’équilibre budgétaire en 2029 via l’austérité n’a donc aucun sens et va se révéler contre-productif. À l’inverse, une augmentation ciblée des investissements publics, même si cela renforce les déficits dans un premier temps, peut, en favorisant l’activité économique et la croissance, contribuer à réduire les déficits et la dette à moyen terme. Il faut l’affirmer clairement : les investissements publics dans l’éducation, la santé, le climat, la culture, les transports en commun et les énergies renouvelables ne sont pas trop élevés. Au contraire, ils doivent augmenter, en particulier en période de ralentissement économique, car ils jouent un rôle crucial de moteur économique et d’amortisseur social. Limiter l’austérité wallonne au maximum en se conformant aux exigences européennes constituerait donc un minimum.

Prochaines mesures pour renflouer le budget de manière alternative : les deux réformes fiscales wallonnes qui ont plombé les recettes publiques sans bénéficier à tous. Rendez-vous lundi 6 juillet.

Publié le 3 juillet 2026.

Olivier Bonfond
Rédacteur MaTribune.be et économiste au Centre de coordination, d’études et de formation (CCEF) |  Plus de publications

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