
La banque ING a versé 1,6 million de transaction pénale. Excellent bon pour Didier Reynders, ça ! S’il se dépêche d’aller vite. Très vite…
Attention, Didier ! On ne te voit pas beaucoup depuis que tu as été pris le doigt fourré dans le pot de Nutella du blanchiment d’argent qu’on ne sait pas d’où tu l’as eu mais qu’on se doute que ça ne te vient pas de ton dur labeur. Mais la seule fois que je t’ai entraperçu ces derniers temps en photo, tu portais un biesse polo, un jean et des baskets. Là, je dis que tu cherches les ennuis, Didjé ! Si tu veux bénéficier de la très grande mansuétude accordée par la justice à la criminalité en col blanc, tu vas vite me remettre une chemise, une cravate, un de tes costards Gucci et des pompes à 700 boules. Ah si, dans la justice de classe, l’apparence c’est la base.
Je dis ça parce que les gars d’ING, eux, ils étaient toujours impeccables quand ils étaient convoqués avec leurs avocats au parquet de Bruxelles. Ils avaient enfilé leurs signes distinctifs des gens qu’on n’expose pas à l’ignominie d’un procès pénal mais avec qui on négocie. Et ça a marché à fond, Didjé ! Après avoir blanchi tes 245 dépôts en cash et tes 779 transferts d’e-tickets de la Loterie sans lever une paupière, tout ça pour plus d’un million, ING a « accepté » de payer une jolie « transaction pénale » proposée par le procureur : 1,6 million d’euros. Donc zéro poursuite pénale, zéro procès, zéro condamnation. Et même zéro reconnaissance publique d’une quelconque infraction puisque la banque a eu le toupet d’un communiqué où elle admet la transaction « sans que, à son estime, ceci ne constitue une reconnaissance de culpabilité ». Moralité : tu paies une mini-dringuelle, t’es innocent comme un nourrisson.
Alors OK, la transaction pénale de 1,6 million de patates correspond au plus gros montant auquel la banque aurait pu être condamnée en cas de procès. Mais j’ai vérifié : ING Belgique a réalisé 629 millions d’euros de bénéfice net en 2025. Une « amende » de 1,6 million en transaction pénale, ça leur fait donc un 1/393ème de leurs profits annuels, genre 0,25%. Pour te dire, Didjé, c’est l’équivalent pour un petit ménage qui gagne 3.500 euros par mois net, donc 42.000 boules par an, d’une amende de… 106 euros. Un demi-caddie chez Colruyt. Ou une prune pour un petit excès de vitesse. Après s’être acquittée de la micro-cacahuète de 1,6 million, on a dû faire la méga-teuf au siège d’ING Belgique.
D’autant que tes amis banquiers ont eu le popotin envahi de nouilles. Normalement, un nouveau Code pénal devait entrer en vigueur le 8 avril dernier. Au vu du foutage de tronche que représentent les mini-transactions pénales actuelles, ce nouveau code prévoit de punir bien plus sévèrement la criminalité en col blanc, dont le blanchiment d’argent. Et ceci tant pour les personnes morales (genre ING) que pour les personnes physiques (genre toi). Pour les infractions financières, le juge pourra condamner les prévenus à des amendes bien plus lourdes. Et même combiner plusieurs peines pour une même infraction : une peine « principale » comme un emprisonnement ET une amende « accessoire » pouvant taper jusqu’à 2 millions d’euros. S’il estime que cette amende accessoire n’est pas suffisante, le juge pourra aussi la remplacer par une condamnation financière pouvant aller jusqu’à trois fois la valeur du profit obtenu par la fraude, ceci en plus de la confiscation obligatoire des profits issus de l’infraction.
Tu imagines pour toi, Didjé, avec le million et quelque que tu as blanchi ? En cas de procès, ça te fera potentiellement une peine de prison – promis, je viendrai te visiter, pour le plaisir – et une amende/restitution de plus de 4 millions… Et comme les transactions pénales seront calquées sur les nouvelles peines et amendes pratiquées lors des procès, ça va piquer profond. Mais dans ton malheur (très relatif), disons que tu as de la chance. Comme nous sommes en Belgique, pays de la lambine législative, ce nouveau code pénal n’entrera finalement en vigueur que plus tard. Le 1er septembre 2026, exactement. C’est-à-dire dans trois mois et demi. Et j’ai une toute bonne nouvelle: figure-toi que, comme ING, toi aussi tu pourrais bénéficier d’une « transaction pénale » qui ferait de toi un « innocent ». Rien n’oblige le procureur ou le juge à t’en proposer une. Mais il peut. Et ton avocat pourrait, comment dire ? la lui suggérer.
Et donc voici le plan. Uno, mon Didjé, tu arrêtes immédiatement avec ton avocat, Maître Machin Chose, de prétendre que tout ça est arrivé parce que tu es addict aux jeux de hasard. Deuzio, tu arrêtes aussi de faire le gros malin à contester la « qualification juridique » de blanchiment. Ça énerve. Et troizio, comme je disais, tu y vas vite, mais alors très, très vite. Dès demain, Maître Machin Chose demande un rendez-vous en urgence au juge. Après-demain, en plus de ton col blanc, de ta cravate et de ton costume du dimanche, tu enfiles ta tête de celui qui ne l’a pas fait exprès. Humble. Repentant. Contrit, même. Tu vois la tête de Georges-Louis ? Eh bien, le contraire. Je ne sais pas si tu en es capable étant donné que toi aussi tu as toujours brillé dans l’art du dédain, mais essaye. Et là, tout à coup, tu déballes tout au juge.
Mais tout : corruption, blanchiment, faux en écriture et association de malfaiteurs. Tu te dis tout disposé à révéler d’où venait l’argent, qui étaient tes complices, qui a donné ordre de fermer les yeux sur tes dépôts chez ING et à la Loterie nationale, tout. Tu t’accuses même d’avoir volé des Sugus dans une épicerie quand tu étais gamin. Ça ne changera rien, mais ça mettra le juge de bonne humeur. Juste avant ce grand déballage, ton avocat Machin Chose aura bien évidemment glissé à l’oreille du ministère public qu’étant donné que tu as déjà beaucoup souffert de cette malheureuse situation, tu es humblement disposé à t’acquitter d’une transaction pénale dans les plus brefs délais, c’est-à-dire avant le 1er septembre. Et hop, Reynders est « innocent ».
Je dis ça pour rendre service. Mais avoue que comme ministre des Finances, président du MR et commissaire européen à la Justice, tu nous as bien cassé les bonbons à nous faire la leçon du parfait citoyen pendant que tu tripotais en douce. Et donc perso, rien que pour ça, je préférerais un autre scénario. Tu déballes tout et le juge te propose donc d’étudier une transaction pénale. Sauf que, pas de chance, il tombe malade d’un hantavirus : hospitalisation, quarantaine, tout le toutim. Puis, du 1er juillet au 31 août, ce sont les vacances judiciaires, période durant laquelle la justice tourne (encore plus) au ralenti. Le juge prend ses congés. Puis les secrétaires et les greffiers. Les substituts aussi. Bref tout prend du retard. Et ta « transaction pénale » arrive le 2 septembre. Donc aux nouvelles conditions du code pénal. Oups, quatre millions dans l’arrière-train. Je préférerais. Pour le plaisir.

Vincent Peiffer
Après 40 ans au Moustique, Vincent rejoint l’équipe de MaTribune.be pour mettre son grain de sel dans notre si beau monde. Où, à part ça, tout va bien…

