À part ça… Éléonore de Belgique

À part ça… Éléonore de Belgique

Sur la maîtrise de la dinguerie politique à tendance lunaire, qui est le plus impressionnant ? Bouchez ou Éléonore Simonet ? J’hésite.

Elle progresse à pas de géante. Ah si ! Et c’est normal : la grande fille aura bientôt 29 ans fin novembre. On n’est donc plus du tout sur de la pimpante gamine nommée ministre fédérale des Classes moyennes, des Indépendants et des PME à 27 ans. Et désignée là parce qu’au MR de Georges-Louis, on ne déroge jamais à la règle de la méritocratie. Jamais ! Par pure mesure de prudence, des fois qu’il eut fallu l’aider, la cadrer ou un peu faire le job à sa place, on a quand même chapeauté Éléonore Simonet d’un directeur de cabinet brontosaure des arrière-cours ministérielles libérales : Rudy Volders. Qui fut quand même chef de cabinet aux Finances sous le grand Didier Reynders époque Kazakhgate (Rudy pilota le vote express de la loi « transaction pénale élargie » pour les gros fraudeurs), puis directeur de cabinet d’un Premier ministre, l’inoubliable Charles Michel. C’est dire si la demoiselle est couvée.   

Mais n’empêche, la princesse à son Georges-Louis est naturellement douée. En janvier dernier, après pile un an comme ministre, je vous disais déjà tout le bien que je pensais de l’héritière politique de la dynastie Simonet. Qui porte d’ailleurs le même prénom prestigieux qu’Éléonore de Belgique, benjamine des quatre enfants royaux. Hasard ? Je ne crois pas. Feu grand-papy, Henri Simonet, fut ministre et commissaire européen. Feu papa, Jacques Simonet, a été ministre-président bruxellois et secrétaire d’État aux Affaires européennes. Dans les veines d’Éléonore coule le sang bleu d’une aristocratie politique bruxelloise. Comme une princesse royale, elle a donc la compétence, le savoir et le mérite en elle. Avant même d’avoir fait quoi que ce soit, comme par exemple travailler. Ou créer une boîte, comme les indépendants dont elle est la ministre. Pas besoin, c’est inné.

Et donc, sans surprise et sans jamais avoir bossé, la princesse héritière donna d’emblée des leçons de « valeur travail », de courage et de bienséance à la population des gueux. Qui se souviennent avec tendresse de sa première toute belle réflexion sur la réforme du chômage qui doit automatiquement donner plus de pouvoir d’achat aux gens puisque « c’est montrer aujourd’hui que l’oisiveté est moins rémunératrice que le travail ». Tout y était déjà : mépris, dédain, arrogance et suffisance de celle qui sait tout sans avoir jamais rien pratiqué. Huit mois plus tard, Éléonore vient de montrer à la RTBF qu’elle avait encore franchi un cap. En ajoutant une autre qualité à son panel : une inventivité de dingue (au sens premier du terme). Invitée mercredi dans un QR-Le Débat à se prononcer sur une meilleure justice fiscale et de « nouvelles » recettes qui seront nécessaires pour trouver 10 milliards – tous les économistes le disent, sans exception –, la noble demoiselle exclut d’emblée toute taxe ou impôt qui ferait davantage contribuer les plus hauts revenus. Son argumentaire est d’une richesse telle qu’il faut s’y arrêter.

D’abord sur son préambule qui vaut son pesant de foutage de tronche : « J’invite toutes les grandes fortunes qui souhaitent encore plus contribuer à contribuer. » J’ai bien entendu, Éléo ? Tu t’adresses à ceux qui passent leur vie à frauder le fisc, à nicher leurs avoirs dans des paradis fiscaux et des « holdings » luxembourgeoises, qui utilisent des « sociétés de management » pour ne verser que 24 % d’impôts, alors que la « classe moyenne » qui t’est si chère crache pas loin de 50 % ? Et donc à ceux-là, tu proposes gentiment de davantage contribuer sur base volontaire ? Un peu comme ils veulent, quoi. Si on leur demande poliment. J’aime assez le « encore plus contribuer ». Les grandes personnes comme Rudy ne t’ont peut-être pas expliqué que certains, chez ces gens-là, ne payent pas d’impôts du tout. Et que c’est leur but, dans la vie : ne surtout pas contribuer. Il aurait peut-être dû.

La suite est bien aussi, surtout quand tu évoques les énormes risques d’une plus juste taxation sur les hauts patrimoines. Tu contextualises, d’abord, dans un numéro de mauvaise foi assez brillant : « Déjà, entre nous, on ne sait pas dire qui est riche et pas riche. Vous serez toujours le malheureux de quelqu’un, le riche de quelqu’un et le pauvre de quelqu’un. » Et comment ça, Éléonore ! Entre le multimillionnaire ou le milliardaire et ma voisine qui jouit d’une opulente pension de 850 euros et des rawettes, comment savoir qui est le riche de qui ? Entre ton traitement de ministre à 11.500 boules (+ 1.962 €/mois défiscalisés pour « frais ») et le salaire à 1.860 euros perçu par Christiane, la caissière de mon Carrefour, quelle différence ? On est tous des humains, finalement, que fichtre !

Tu indiques ensuite très opportunément qu’en cas – beurk-beurk ! – de taxe sur les patrimoines des riches, il y aura « un certain taux ». Juste. Et c’est là que tu déroules ta masterclass : « Et résultat, quand on applique un taux, c’est très facile – surtout quand certains partis ont une rage taxatoire – d’augmenter ce taux. Et un jour, on touchera pile dedans la classe moyenne. » Arrive le moment où tu produis ton chef d’œuvre d’immobilisme fiscal : « Moi c’est un peu la théorie paquet de chips. Vous ouvrez le paquet de chips, vous goûtez un chips, vous y prenez goût et, hup !, vous videz le paquet de chips. Moi je préfère ne pas ouvrir le paquet plutôt que commencer à faire fuir nos investisseurs. » En français, je suppose que tu veux dire que si on en vient à (un peu) taxer les (très) riches, on en viendra un jour donc à encore taxer la classe moyenne. Rassure-toi, Éléo, le paquet de chips dont tu parles, il fait dans les 600 mètres de haut, 350 mètres de large, et il contient genre 6.700 tonnes de Chipitos. Et ta classe moyenne, elle est tout au fond du sachet, déjà disloquée en micro-morceaux parce que tes gros chips du haut du paquet sont infichus de contribuer. Ça non plus, ton chaperon Rudy ne te l’a pas dit ? Il aurait dû.

Mais je salue ta pugnacité à tout bien faire hors-sol comme ton président. Je t’incite d’ailleurs, pour alimenter tes futures interventions, à bien étudier par cœur ses dernières déclarations de zinzin qui dit tout haut ce que les bornés pensent tout bas. Il vient d’en livrer une nouvelle brouette au pied de la butte du Lion de Waterloo, pour la rentrée du MR. Dont celle-ci, que j’aime beaucoup, concernant le climat. Vas-y Éléonore, répète après moi : « Le parti qui prend le plus sérieusement en compte le défi climatique, c’est le MR. La solution pour sauver le climat, c’est créer de la croissance ! » Tu l’as ? OK, une autre. Trois, quatre : « Nous nous distinguerons toujours de ceux qui nous insultent car nous n’utiliserons jamais l’anathème mais toujours la force de l’argument, nous n’utiliserons jamais l’insulte, mais toujours la démonstration intellectuelle. » Et on ne rit pas. Surtout que, c’est gentil, Georges-Louis t’a aussi rendu une sorte d’hommage en disant vouloir « récompenser les femmes et les hommes qui prennent des risques dans ce pays ». Un peu comme toi, si on veut.

Publié le 9 septembre 2026.

Vincent Peiffer
Chroniqueur MaTribune.be |  Plus de publications

Après 40 ans au Moustique, Vincent rejoint l’équipe de MaTribune.be pour mettre son grain de sel dans notre si beau monde. Où, à part ça, tout va bien…

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