Face à cet incendie hors norme, les pompiers n’ont pas été seuls au front. À leurs côtés, le département de la Nature et des Forêts (DNF, du Service public wallon), la Province (de Liège), la protection civile (service de secours fédéral), les agriculteurs locaux : chaque acteur avec ses compétences, moyens et ses propres modes de fonctionnement. Une mobilisation impressionnante, faite d’initiatives prises dans l’urgence et de solutions trouvées sur le tas. Deuxième partie de notre immersion au cœur de la gestion de cette crise.
Partie 2 – Le terrain à l’épreuve
En août dernier, sur le terrain des Fagnes, la solidarité et la débrouille ont permis de combler certaines brèches dans la coordination des secours et surtout dans les moyens humains, matériels et financiers mis à disposition. En matière de prévention autant que d’intervention.
DNF lance SOS
Dans un monde multirisque et surstimulé, la robustesse suppose des bras, couplés à des réflexions au long cours. Et dans les rangs du DNF, ces prérequis se font rares. Les nouvelles restrictions budgétaires ont exacerbé un malaise qui gonfle chez les agents depuis plusieurs années : selon la Fédération des agents forestiers, 174 d’entre eux pourraient manquer à l’appel fin 2026 et 20 % des triages[1] rester vacants. Donc moins de personnel, et moins de secteurs forestiers spécifiquement attribués à des agents. Une situation appelée à se tendre davantage puisque la règle prévoit désormais de ne remplacer qu’un agent pour trois départs. Dans une lettre ouverte publiée début 2026, la Fédération des agents forestiers et l’Amicale des chefs de cantonnement parlent d’un « déséquilibre structurel » entre les missions confiées au DNF et les moyens humains disponibles. « On est largement en déficit de personnel depuis 2014 », témoigne Jean-Claude Berguet, agent DNF et brigadier au cantonnement d’Arlon.
Le paradoxe saute d’autant plus aux yeux que le DNF est précisément l’un des maillons essentiels de la prévention des incendies : surveillance du terrain, sensibilisation, évaluation du risque, coupe-feux, cartographie des accès, points d’eau pour les secours, etc. Autant de missions demandeuses en temps et connaissance rigoureuse du territoire, bien avant que la moindre flamme n’apparaisse. Réduire les capacités humaines revient donc à prendre le risque de condamner un service à courir après les urgences plutôt qu’à les prévenir et assurer une adaptation permanente aux enjeux écologiques en constante évolution. Une logique qui contraste avec l’essence du climat, notoirement détraqué, alors que la Wallonie reconnaît que sécheresses et vagues de chaleur rendent la végétation plus vulnérable aux incendies et que ces aléas vont se multiplier. L’été 2026 l’a rappelé : fin août, la Région wallonne alertait sur son site officiel que « toutes les zones bioclimatiques wallonnes avaient franchi le seuil de stress hydrique. »
À force de gérer les urgences avec des effectifs réduits, parfois mal considérés par la population locale, un autre risque (et pas des moindres) est celui de voir disparaître ce qui ne se voit pas : le temps consacré à anticiper les prochaines crises et rendre les forêts plus respirables au quotidien.
Pour beaucoup, cette tension au sein du DNF se lit aussi dans le recours de plus en plus fréquent à la sous-traitance. Sur ce point, Nicolas Yernaux, porte-parole de la Région wallonne, réagit de la sorte : « Je ne vois pas du tout en quoi la question des moyens aurait permis d’éviter cet incendie. » Faute de sang neuf et de matériel, certaines tâches autrefois effectuées par le DNF, comme le fauchage, sont aujourd’hui davantage confiées au privé. Une tendance qui interroge sur la capacité de nos services publics à assurer leurs missions, et des décideurs qui les appauvrissent à en assumer les conséquences. De son côté, la Région rejette tout lien entre la réduction des moyens du DNF, le recours à la sous-traitance et le départ de l’incendie. Nicolas Yernaux parle d’un « faux procès » : si certains travaux étaient autrefois réalisés en interne à Malmedy, d’autres cantonnements font appel depuis des décennies à des entreprises forestières spécialisées, notamment dans les milieux tourbeux. « Que ce soit fait par un privé ou en interne, ça ne change rien », défend-il. Le fauchage était par ailleurs pratiqué depuis des années à cet endroit sans incident et constitue lui-même un outil de restauration du milieu. « C’est sûr qu’il y aura besoin de moyens si on veut aller dans le sens de la biodiversité et de l’atténuation du risque », reconnaît Nicolas Yernaux. La Région prévoit désormais la mise en place d’un comité de restauration associant le SPW, les universités, les pouvoirs locaux et le milieu associatif afin d’élaborer une feuille de route pour les Fagnes.
Quant à savoir si l’engin est bien à l’origine du feu et dans quelles circonstances, « il faudra comprendre ce qui s’est passé » : l’enquête judiciaire doit encore l’établir.
Le rôle de la Province
De même que la pollution, le feu ignore les frontières. Et comme la plupart des citoyens belges, le feu ignore également les compétences exactes des gouverneurs provinciaux… Quatre jours avant l’incendie, la cellule d’expertise Cortex jugeait le risque élevé dans les milieux ouverts et « modéré à élevé » en forêt : « Actuellement et jusqu’au 15 août, le risque d’incendie pour les milieux ouverts est élevé et, en milieux forestiers, le risque est modéré à élevé (fin de semaine). Si le vent est au-delà de 35 km/h cela pourrait augmenter le risque », notifiait le 10 août le Celex, une cellule d’experts du Cortex, aux provinces. L’avis ajoute que « de nombreux départs de feux ont été signalés en zone agricole ou en bordures de voiries, avec de légères propagations au milieu forestier. » Pourtant, les réponses ont différé : à Liège, les autorités s’en sont tenues à des recommandations de prudence ; dans le Luxembourg, le gouverneur avait déjà suspendu depuis juillet certains travaux de fauchage mécanique susceptible de provoquer un départ de feu. Les données de sécheresse disponibles montrent pourtant des conditions sévères dans les deux territoires. Sans préjuger d’une responsabilité que l’enquête devra établir, l’épisode soulève également une question institutionnelle : face à un risque évalué régionalement qui n’a que faire des découpages territoriaux, jusqu’à quel niveau de complexité administrative est-il pertinent de laisser les mesures de prévention varier d’une province à l’autre ?
Face à l’ampleur de l’incendie, une phase d’urgence provinciale a été déclenchée en province de Liège : le gouverneur a alors pris en charge la coordination stratégique de la crise, à la tête d’un Comité de coordination provincial réunissant les différents services concernés. Celui-ci devait notamment coordonner les secours, mobiliser les renforts et moyens nécessaires et prendre certaines mesures de police. La phase provinciale est restée active jusqu’au 16 septembre. Le gouvernement wallon a ainsi qualifié la gestion de la crise de coordination menée « sous l’égide de la Province de Liège ».
Harry, ou l’art de s’inviter à la lutte
Dès le 25 juillet 2026, Harry Raven, agriculteur à Stoumont et habitant de Jalhay, inquiet de la sécheresse exceptionnelle dans sa région, contacte ses élus communaux : « y a-t-il quelque chose de prévu sur nos communes ? ». Sur l’exemple des agriculteurs français confrontés au feu, notamment en Garonne, qui échangent sur les réseaux sociaux, M. Raven veut lancer un projet de « collaboration entre les agriculteurs et les pompiers ». S’il nous rapporte que son bon sens est d’emblée salué, il avoue que des obstacles sont immédiatement formulés : « légalement, il ne peut y avoir de collaboration entre les agriculteurs et les pompiers. »
Les autorités de sa commune font néanmoins preuve de pragmatisme puisqu’une réunion est organisée entre le commandement des pompiers et les bourgmestres de cinq communes. Bien que « officiellement, on [autorités publiques et agriculteurs] ne peut pas collaborer ensemble », on envisage un plan sérieux pour explorer les pistes légales : répertorier les ressources matérielles agricoles et leur compatibilité avec les machines des pompiers, lister les volontaires, voire programmer un exercice commun à l’horizon 2027.
Mais l’été 2026, exceptionnellement caniculaire et sec, prendra de court ces acteurs de bonne volonté, qui ont cherché à éviter le pire. Le vendredi 14 août vers 11h30, M. Raven apprend via les réseaux sociaux qu’un feu a démarré dans la Fagne. Immédiatement « en alerte », il contacte un groupe WhatsApp d’agriculteurs de la région, un canal et des contacts utilisés jusque-là pour la formation de groupes d’agriculteurs en vue de manifestations diverses, puis crée un second groupe, « en cas de besoin », qu’il nomme « Entraide entre agriculteurs et pompiers ». Prêts à démarrer, il liste : « on avait en gros trois fois vingt-cinq mille litres de tonneaux à eau, deux containers de stockage, et mon tonneau rempli de onze mille litres. » Le « en cas de besoin » prend rapidement la forme d’un « besoin urgent ».
Il contacte prestement ses autorités communales (Stoumont), mais on lui demande d’abord de rester en retrait. M. Raven nous confie alors sa frustration et son inquiétude : « je m’en vais travailler avec un tracteur, et je vois les fumées, les fumées… elles se voyaient de super loin ! C’est pas possible ! On pourrait tellement apporter de l’aide et on est bloqués… »
19h30, la libération. Il reçoit un message d’un bourgmestre dont il souhaite préserver l’anonymat, lui-même en direct avec la cellule de crise, « donc avec le Gouverneur de la Province de Liège » : « Tu peux démarrer, quelqu’un va t’appeler pour te guider ». « J’ai démarré et j’ai prévenu mon collègue qu’il mette les chauffeurs sur les tracteurs […] En même temps, moi, pendant que je faisais les 30 minutes de route pour arriver là-haut sur la Fagne, j’ai “excité” tout le monde sur le groupe WhatsApp. Il y a plein de numéros qui se sont rajoutés. Ça a été très vite, tout le monde s’est mobilisé à une vitesse… c’était incroyable. »
Leur mission est d’acheminer un maximum de volume d’eau vers les endroits que certains élus communaux (avec qui il communique de manière informelle) et les pompiers leur désignent. Mais sur place, les équipes de pompiers qui luttent contre le feu lui apparaissent d’emblée dépassées par cette catastrophe d’une ampleur inédite, et peu disponibles pour organiser les renforts. « Au début, j’ai perdu du temps avec mon tracteur, j’ai roulé cinq-six kilomètres pour rien. Même le centre de coordination avait du mal à me dire ce que je devais faire, c’était compliqué. »
Il explique qu’ensuite un agriculteur a été désigné comme coordinateur et que l’agent de triage du DNF a contribué à les guider efficacement. « Tout s’est mis vite en place dans la soirée, mais on aurait pu aller beaucoup plus vite si on avait préparé ce genre d’exercice. Après la nuit tombée, on savait ce qu’on devait faire : où aller, où pomper l’eau, etc. Ça commençait à vraiment bien rouler. »
« On a arrosé tout le long de la nationale 68 qui va de Sourbroodt vers Eupen. J’ai roulé de 19h30 (vendredi) à 4h00 (samedi). À cette heure-là, le risque que le feu traverse la route était déjà bien limité, mais c’était encore bien stressant. »
Pour sauver la Fagne
Comme ses collègues, il admet avoir été profondément touché par les scènes de dévastation, ces centaines d’hectares calcinés et ces « panoramas de champ de bataille ». Il se souvient d’un épisode en particulier : « c’était hardcore ! Il y avait une zone, quand je l’ai traversée pour aller distribuer des raccords, j’ai eu des frissons dans tout le corps, et je me suis écroulé en larmes tellement c’était d’une violence… Il y avait même des endroits où la terre était rouge, on se serait crus sur Mars ! C’était un désert de tristesse. »
Il répète que le nombre de tracteurs mobilisés était impressionnant, à tel point que la police a dû demander le retrait de certains volontaires afin d’éviter une saturation de l’espace. Le samedi et le dimanche ont vu des grands moments de solidarité. Les agriculteurs s’organisent et mettent en place un système de relais par équipes. « Malgré la tristesse du feu et les dégâts sur la nature, j’en garde un bon souvenir. Au point de vue humain, c’était quelque chose d’exceptionnel. » Il évoque avec émotion des instants de partage et d’échanges au bout de la nuit autour de petits-déjeuners vite expédiés offerts par des volontaires, essentiellement du coin, qui se sont mobilisés pour soutenir ceux en première ligne.
L’urgence passée, M. Raven arrête son tracteur le matin du lundi 17 août. Mais il ne se démobilise pas pour autant et prend l’initiative de confectionner des pièces de raccord pour connecter les tonneaux des fermiers aux équipements des pompiers, anticipant le manque d’harmonie sur le plan technique entre les différents dispositifs employés.
Lui-même technicien électromécanique, il insiste sur le « génie des campagnes », cette culture des fermiers « habitués à se débrouiller, à bricoler avec trois fois rien pour se dépatouiller », et des forestiers qui ont modifié des machines à chenilles pour transporter des tonnes à eau dans les zones les plus inaccessibles. « Quand on rassemble toutes les forces sur des dizaines de personnes, on arrive à mettre des choses au point. Franchement, on a géré dans l’urgence, comme on sait le faire dans les fermes. On en est très fiers. » Ce matériel aurait pu être préparé en avance, regrette-t-il seulement, et il aurait été prêt. Il ne l’est toujours pas.
Indemnisations promises, assurances et risques
« Après tout le weekend en bénévoles, c’est comme si l’administration était partie en congé : lundi on a commencé à devoir remplir des papiers pour voir qui est présent sur site. » Des entreprises privées auraient alors été officiellement engagées comme prestataires. Pour les volontaires, une indemnisation a été promise par la Région wallonne et serait à l’étude pour déterminer de quel fonds proviendra cet argent. « On sait qu’on recevra quelque chose, mais on ne sait pas encore combien ni quand… » M. Raven est très clair : « L’argent, on en a rien à faire. Mais mon tracteur a roulé 40 heures. » Il a dû changer tous les filtres de son tracteur, encrassés par la fumée, et tout le monde n’a pas pu profiter des ravitaillements de gasoil durant l’incendie : « quand, à 4h00 du matin, tu rentres, fatigué, tu ne fais pas tout le tour de la Fagne pour faire le plein. »
Cet investissement de ressources privées, de leurs outils de travail et de leur personne au plus près du danger collectif prend un tout autre sens au regard des conditions dans lesquelles sont intervenus ces volontaires : « Nous, on savait. Deux-trois semaines avant j’avais appelé mon courtier : si dans la zone de feu, il arrivait un accident, on ne serait pas assurés. En partant, nous savions qu’on devrait assumer le risque en cas d’accident. […] Les autorités ont cru qu’elles arriveraient à maitriser l’incendie, mais quand elles ont vu que ça dégénérait vraiment, elles ont donné l’autorisation aux agriculteurs de venir les aider car ça devenait complètement incontrôlable. »
Concernant cette prise de risque au service de la communauté et de la nature, M. Raven se confie avec une sincérité désarmante : « Mais on a pas réfléchi, car notre métier c’est comme ça… On prend des risques tout le temps. On a un métier risqué, plein de choses qu’on ne contrôle pas. […] C’est ce qui caractérise notre profession : on n’a pas peur et on a l’habitude de faire du bénévolat, de travailler “pour rien”. Prendre des risques avec la météo, prendre des risques avec plein de choses. »
Face au pire, des acteurs locaux décisifs
Avec bon sens et souci du paysan pour sa terre qui tranchent avec les logiques administratives, il appelle tous les acteurs à la responsabilité : « il faut vraiment réfléchir et changer les façons de faire dans l’entretien des voiries ou la préservation de la biodiversité : dans les zones qui touchent les forêts, on ne peut pas se permettre de laisser vieillir des herbes et des buissons, parce que quand tout devient sec, il suffit simplement d’une voiture sur le bas-côté… »
Il évoque aussi l’importance des éleveurs dans la prévention : les pâturages défrichés par le bétail servent de « coupe-feu géant » autour des villages. Les vertus secondaires de ce mode d’élevage sont largement ignorées par les décideurs politiques qui pourraient choisir de ne pas protéger ces pratiques, et de répéter des erreurs pourtant tristement attestées dans certaines régions de France et d’Espagne. « J’étais loin d’imaginer que mes vaches protègent mon village contre le feu, parce que je n’aurais jamais cru devoir lutter contre un feu pareil. » La perspective de Harry Raven illustre comment les enjeux de gestion de crise sont en réalité emmêlés dans des décisions politiques qui les dépassent largement, et comment les réponses à apporter correspondent parfois à des choix de société face aux paradigmes dominants. C’est tout un monde rural que M. Raven veut dresser contre les incendies.
Son espoir tient à ce que « ce qui s’est passé ne tombe pas aux oubliettes », et que la collaboration avec les agriculteurs trouve des formes instituées, car à l’échelle locale, leur « rôle est décisif dans la vitesse d’exécution. » Et puis… « Tout le monde était partant, mais il faudrait que les volontaires soient assurés, reçoivent des formations de base et du matériel. […]On doit être protégés par un équipement qu’on peut mobiliser très rapidement, avoir des réserves dans les casernes à distribuer directement, sans oublier des conseils de sécurité à partager rapidement aux gens en cas de départ de feu. » Raven insiste enfin sur les limites des moyens aériens : « on dit qu’il faut acheter des hélicos… Il faut de tout. Des moyens terrestres, le feu se gagne depuis la terre. » Ne pas faire de folies : « Plutôt que des F-35, acheter des moyens supplémentaires contre le feu. »
Toujours dans l’émotion de cette urgence qu’il n’est pas près d’oublier, Harry Raven conclut avec une pointe d’amertume : « Les autorités n’étaient pas prêtes. Oui, il y a un processus de gestion de crise, mais qui s’est fait par étape et on a perdu beaucoup de temps à l’enclencher. Le feu ne nous attend pas. On n’a pas le temps de discuter dans un bureau de comment on va faire. À l’avenir, il faut vraiment s’organiser pour que le feu nous gagne plus comme il l’a fait : quand les critères sont au rouge, la cellule de crise doit être prête, avoir déjà préparé le terrain, étudié les accès, savoir où chercher de l’eau… On doit être prêt à combattre le feu comme une guerre qu’on est sûr de devoir livrer, partout sur le territoire. »
Décrypter l’inaction
Apprendre, donc, à accepter ce nouvel environnement plus instable. Apprendre aussi à s’y reconnecter, malgré ses crises. Sans déni. « En Europe occidentale, on a parfois un peu du mal à accepter que le feu, ou encore les tempêtes, fasse partie d’une série d’éléments qu’on doit gérer. Il y aura encore des incendies, ça, personne ne peut dire qu’il n’y en aura plus », avance Nicolas Yernaux.
Car le climatoscepticisme ne se résume pas à des outrances en prime time sur CNews. Plus subtile, peut-être plus cynique aussi, la sous-estimation de l’enjeu, voire la léthargie politique, couplées à l’assèchement des services publics face aux crises qui se multiplient en sont des expressions tout aussi lourdes de conséquences. En septembre 2021, le climatologue Xavier Fettweis avertissait le Parlement wallon après les inondations : avec des étés plus secs viendraient davantage de canicules, de sécheresses et de « risques de feux dans les Fagnes. » En 2025, un rapport du Cerac (Centre d’Étude des Risques et du Changement climatique) et de l’IGN (Institut géographique national) pointait à son tour une Belgique insuffisamment préparée à des feux de végétation plus fréquents et intenses. Cinq ans après les inondations dans la vallée de la Vesdre, un mois après les flammes à l’Est, les crises sont amenées à se répéter et se réinventer. Mais elles posent obstinément la même question : que faisons-nous des avertissements entre deux catastrophes ?
Dans les Fagnes, Pascal Pirotte et Harry Raven, chacun sous le prisme de leur métier de passion, racontent comment l’urgence oblige à bricoler ce qui n’avait pas été suffisamment préparé. Leur débrouillardise et leur solidarité semblent avoir fait leurs preuves. Il n’y a plus qu’à éviter d’en faire un modèle de gestion de crise.
Publié le 5 octobre 2026.
[1] Un triage désigne la plus petite unité territoriale de gestion du DNF. C’est une portion déterminée du territoire forestier placée sous la responsabilité d’un agent des forêts.


