À part ça… Lady Diana

À part ça… Lady Diana

Diana Nikolic et Theo Francken, même combat : criminaliser la gauche radicale pour banaliser l’extrême droite. Un classique.

Elle est très bien aussi, je trouve. Et si elle continue comme ça à tout bien faire comme Georges-Louis lui dicte, la nouvelle star au féminin du MR liégeois pourrait bien un jour, qui sait, se lever de son siège de cheffe de groupe du MR au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles pour grimper sur un strapontin ministériel. Mais d’abord les présentations, pour les non-Liégeois. Diana Nikolic, née à Liège le 12 octobre 1978, est la fille d’un papa restaurateur d’origine serbe et d’une maman d’origine croate. Et Diana fera leur fierté avec de bien belles études : sciences politiques et administration publique à l’ULg et master en politique européenne à l’ULB. Et puis ?

Comme il se doit au MR, Diana ne professera que très peu hors politique. On va dire qu’elle se situe dans la catégorie Clarinval ou Ducarme (ou Galant ou Simonet ou Glatigny, au choix, j’en ai d’autres). En janvier 2003, donc à 25 ans, la demoiselle est assistante parlementaire du sénateur libéral Philippe Monfils. Diana poursuit ensuite sa riche carrière professionnelle comme cabinetarde, devenant collaboratrice ou attachée de presse de ses présidents du parti successifs, Antoine Duquesne et Didier Reynders. Parallèlement, elle sera élue conseillère communale MR à Liège en 2006. Et, comme il se doit, elle collectionnera les nominations politiques comme administratrice MR d’un tas de structures publiques.

C’est en 2018 que cette experte MR de la « valeur travail » gagne au grattage : Christine Defraigne, en brouille avec son parti qui se droitise dangereusement, se retire du Parlement wallon/FWB, et laisse son siège de députée à Diana. Qui, un an plus tard aux élections de mai 2019, sera élue de la circonscription de Liège. En novembre de la même année, Georges-Louis Bouchez devient président du MR. Le début d’une idylle idéologique et d’une indéfectible loyauté au chef. Et donc, automatiquement, d’une belle ascension puisque, dès 2022, le patron fera de la Lady Diana liégeoise sa cheffe de groupe MR à la FWB. Où elle vient de nous faire un superbe coup d’éclat qui concerne l’enseignement. Non pas qu’elle ait une quelconque compétence dans le domaine. Ça, non, elle n’en a pas plus qu’en balle pelote ou en physique quantique. Ce qui est ballot quand l’enseignement pèse pour 70 % dans le budget de la FWB et qu’on se mêle d’y être cheffe de groupe. Mais bon.

À ce propos, une rapide parenthèse informative. Non, Diana, le classement Pisa ce n’est pas : la Quatre-fromages en numéro 1, la Margherita en 2 et en 3 la Calzone. C’est le résultat de tests réalisés sur la qualité de l’enseignement dans les pays de l’OCDE. Où l’Estonie est le pays européen le mieux classé. Et t’sais pourquoi, Lady Di ? L’école estonienne a un tronc commun des apprentissages de 7 à 16 ans, qui mêle langues, sciences, maths, cours techniques et manuels, arts et sports, citoyenneté, soutien aux devoirs et activités extrascolaires. Les examens ont disparu au profit d’évaluations formatives qui donnent lieu à du soutien pédagogique, et pas à des sanctions. Le nombre d’élèves par classe a chuté. Les pédagogues qui privilégient la compréhension y ont pris le pouvoir, et pas les politiques qui favorisent l’élitisme. Résultat ? L’Estonie est la mieux cotée, mais aussi le pays où les inégalités sociales entre élèves pèsent le moins sur la réussite scolaire. Ça ne te dit rien ? Si, hein. C’est scrupuleusement le contraire de ce que bidouille ta chère ministre Glatigny. Je ferme la parenthèse.

Mais donc, toi aussi, tu as voulu mettre ton doigt de cheffe de groupe MR dans le pot de miel de l’enseignement. En proposant de voter une résolution qui – attention ! – enjoindrait les écoles à enseigner « les dérives de l’extrême gauche ». Parce que, prétends-tu, « en Belgique, nous avons développé, à juste titre, une mémoire et une vigilance fortes à l’égard de l’extrême droite. Mais il existe encore un angle mort dans notre mémoire collective concernant les crimes et les dérives des régimes communistes ». Et donc il faut « éduquer les jeunes aux dangers de l’extrême gauche ».

Alors j’ai une question, Diana : où as-tu fait tes études secondaires ? Je te demande ça parce que perso, j’avais un prof d’histoire à Saint-Michel Verviers, Monsieur Richelle, qui nous a tout bien expliqué le dévoiement du marxisme, les horreurs du stalinisme en Union soviétique communiste ou les carnages du maoïsme chinois. Bien plus récemment, c’était le cas aussi pour mes Louloutes à l’Athénée Fernand Blum de Schaerbeek : tout ça était enseigné comme les atrocités du nazisme allemand, du fascisme italien ou du franquisme espagnol. Mais peut-être as-tu brossé tous les cours d’histoire. Donc là, tu viens de nous faire un beau gros plouf.

Ou alors, ou alors ! Tu joues ta dingotte qui ne sait pas. Et, dans la foulée, tu exerces ton talent de pitbullette anti-gauchiasse. Ah si, Diana ! Je ne doute pas que tes petons soient gracieux, mais tu les chausses de très, très gros sabots. Ça se voit tellement que tu es en service commandé pour ton président. Tu prends les goulags et toutes les dégueulasseries des régimes communistes d’antan. Tu prends ensuite la gauche radicale contemporaine qui est parfaitement respectueuse de la démocratie ainsi que des libertés individuelles. Puis tu mets tout ça dans le même gros sac de tes ignorances et de tes préjugés, et tu touilles. On connait la suite, puisque ton Georges-Louis ou ton Bernard Quintin l’ont déjà ardemment souhaitée : interdire les associations (de gauche), les groupes Antifa, les activistes écolos, et pourquoi pas les syndicats et les mutuelles. Bref tu fais une Theo Francken, qui voulait interdire ce weekend à la gauche radicale de venir débattre et écouter Manu Chao au Festival Manifiesta à Ostende. Gros plouf également.

Fais quand même gaffe, Lady Di. Criminaliser le communisme et diaboliser le marxisme, on a déjà connu. C’est même comme ça, avec des gens comme toi, que la droite réactionnaire, libérale et conservatrice a légitimé, puis installé le nazisme en Allemagne. À ce propos, tu devrais d’ailleurs lire Johann Chapoutot, le meilleur spécialiste actuel du nazisme. Mais je crains que ce ne soit pas l’Histoire qui t’intéresse. Ton maccarthysme simplet permet de banaliser l’extrême droite et ses violences. Et donc surtout de légitimer le racolage de ton président, qui accueille joyeusement la fachosphère dans les rangs du MR et retweete tout aussi gaiement ses messages abjects d’exclusion, de racisme et de glorification de la violence.

J’ai une mauvaise nouvelle pour toi et ta petite propagande foireuse à propager dans les écoles : en Belgique ou ailleurs, les citoyens ont parfaitement compris la différence entre les anciens régimes communistes atroces et cette part de la gauche actuelle dite radicale. Ils savent que cette gauche a des valeurs : la solidarité, le partage, la tolérance, le respect, le rejet d’un ultra-capitalisme qui écrase l’humain et l’environnement, la fraternité avec des peuples opprimés comme ceux de Palestine. Des trucs que tu ne peux pas comprendre.

Publié le 16 septembre 2026.

Vincent Peiffer
Chroniqueur MaTribune.be |  Plus de publications

Après 40 ans au Moustique, Vincent rejoint l’équipe de MaTribune.be pour mettre son grain de sel dans notre si beau monde. Où, à part ça, tout va bien…

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