À part ça, … Ministre de la Jatte de Café

À part ça, … Ministre de la Jatte de Café

La patronne de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Elisabeth Degryse, sait comment améliorer le niveau de nos écoliers. Fastoche…

Il suffit parfois de peu. Presque rien. Une idée toute simple. Et pas chère, avec ça. Prenez celle de notre ministre-présidente de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Après la publication des résultats de la dernière enquête PISA, pas catastrophiques mais toujours pas folichons quant à la qualité de notre enseignement, La Une-RTBF organisait un débat « Parlons solutions » dont le thème était : « Comment relever le niveau des élèves ? » Elisabeth Degryse en était. Pas Valérie Glatigny, alors que c’est elle qui occupe la charge de ministre MR de l’Enseignement. Elle avait autocélébration MR avec Georges-Louis dans un meeting à Florennes. Pas le temps, en conséquence.

Et donc était posée à la cheftaine Les Engagés de la FWB la question de savoir ce que serait sa priorité pour améliorer les choses. Réponse d’Elisabeth, qui contextualise d’abord : « À la maison on éduque, à l’école on instruit, même si je n’aime pas tellement ce mot mais c’est pour vraiment faire la différence entre les deux. » Oui, oui, ok, on sait, mais donc quoi en premier ? « Je pense qu’on doit aujourd’hui peut-être plus qu’hier accompagner aussi les parents à la maison dans l’accompagnement de l’école. » Ah, donc la priorité ne serait pas de donner les moyens humains, pédagogiques et financiers à l’école, mais d’améliorer les parents. Ok, je note. Et pratiquement on fait comment pour que ces gros nuls de parents soient meilleurs ? C’est là que la géniale Bébette nous donne son éblouissante idée qui va de soi : il faut « retravailler sur ce lien-là au travers, par exemple, de cafés avec les mamans le matin autour d’une table ronde pour leur expliquer ce qu’on attend d’elles, comment est-ce qu’on fait une dictée à la maison et cætera, quand c’est plus compliqué. Ce sont vraiment des mesures essentielles. »

On notera d’abord que pour Elisabeth, en cette 26ème année du 21ème siècle, ce sont les mamans uniquement qui déposent les gamins à l’école. Et qui, le soir, accompagnent les devoirs des mioches et leur refont la dictée. Les papas ont bien mieux à faire. Ils travaillent, eux. Alors que ces faignasses de mamans qui se la coulent ont, elles, tout le loisir de squetter une jatte avec l’institutrice, Madame Emma, et de se faire conseiller sur « comment qu’on refait une dictée à la maison avec Basile ». On notera aussi que pour la ministre de la Jatte de Café, ces mamans glandeuses sont infoutues de faire la dictée à leur gosse. Il faut donc leur expliquer. Tout ça n’est absolument pas sexiste ou condescendant de la part de Bébette. C’est pour bien faire.

Et alors on sent bien que la ministre maîtrise à la perfection ce dont elle parle. Elle sait que Madame Emma et tous les instits ont tout le temps, le matin entre une surveillance de la cour de récré, la préparation du matériel de classe et les photocopies, de préparer du café et de boire un expresso tranquillou avec des mamans (pas des papas). Donc voilà, Babette va certainement tout bientôt enjoindre Valérie Glatigny de fournir à chaque instit un percolateur, des filtres, du café, des sucres et du lait. Ah oui : il ne faudrait pas que, ça aussi, les enseignants doivent le payer de leur poche. La ministre de l’Enseignement fera cela très volontiers puisqu’elle a récupéré de jolis budgets en privant 55.000 enfants d’un repas gratuit à l’école, en compressant les dépenses de la gratuité du matériel scolaire et en supprimant des postes d’accompagnants scolaires non-enseignants.

L’idée « essentielle » d’Elisabeth est tellement lumineuse qu’elle devrait, je trouve, proposer à Valoche de l’étendre à l’enseignement secondaire. Pour bien accompagner leur ado à la maison, les mamans (pas les papas) se feraient expliquer les logarithmes, les exponentielles et les inéquations autour d’une bonne jatte de café avec le prof de mathématiques. Ou les déclinaisons avec le prof d’allemand et la tectonique des plaques avec la prof de géo. Et aussi la poussée hydrostatique par le prof de physique et le classicisme littéraire ou la cohésion textuelle par la professeure de français. Et là, enfin, le niveau de nos écoliers et de nos élèves se relèvera. Pas grâce aux mesures de soutien à l’enseignement. Grâce aux mamans. Il va de soi, également, que puisque les mamans feront le job bénévolement, les instits et professeurs seront eux aussi priés d’organiser ces moments « What else ? » en heures sup non rémunérées.  Comme les deux heures de plus pour les profs du secondaire, si on veut.

Je répète pour ceux qui n’auraient pas soupesé la portée de cette idée : pour relever le niveau des élèves, il s’agit d’une mesure « essentielle » selon la ministre-présidente. Tellement plus « essentielle » que dégrossir les classes bondées, attirer plus de profs et endiguer la fuite des jeunes enseignants, rénover et isoler les écoles taudis, instaurer un vrai tronc commun d’enseignement jusqu’à 16 ans, arrêter d’assommer les élèves d’examens-sanctions et de certifications mais généraliser le soutien pédagogique, favoriser la réussite par la remédiation (donnée par les enseignants !), limer les inégalités sociales en gommant l’élitisme de notre école et détricoter les coûteux réseaux d’enseignement. Du détail, tout ça !

Tant qu’on y est à louer la mesure « essentielle » d’Elisabeth Degryse, pourquoi donc ne pas l’étendre à d’autres domaines de notre société ? David Clarinval, par exemple, donnerait comme mission au personnel du Forem d’expliquer aux 90.000 exclus wallons du chômage comment on retrouve un travail quand il n’y a que 30.000 emplois vacants en Wallonie, ceci autour d’une Carapils. Pour sûr que Denis Ducarme y viendrait bénévolement en renfort caisse. Autour d’une bonne eau du robinet, le personnel des CPAS pourrait aussi expliquer aux bénéficiaires du revenu d’intégration sociale comment on fait pour se loger, payer son gaz et son électricité, se déplacer à des rendez-vous d’embauche, être connecté à internet, s’habiller, se nourrir, payer un dentiste et être connecté à internet avec un RIS de personne isolée à 1.367 boules par mois. Le ministre des Pensions, Jan Jambon, ferait des sessions autour d’une tisane pour démontrer qu’une infirmière de 64 ans peut très bien soulever un patient de 95 kilos. Mais si ! Et la RTBF, pour sa prochaine émission « Parlons solutions », pourra débattre sur un nouveau thème : « Comment relever le niveau des ministres ? »

Publié le 23 septembre 2026.

Vincent Peiffer
Chroniqueur MaTribune.be |  Plus de publications

Après 40 ans au Moustique, Vincent rejoint l’équipe de MaTribune.be pour mettre son grain de sel dans notre si beau monde. Où, à part ça, tout va bien…

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