Présidentielle française 2027 : la gauche façon puzzle

Présidentielle française 2027 : la gauche façon puzzle

À sept mois du premier tour de l’élection présidentielle française du 18 avril 2027, la course à l’Élysée est bien lancée. Dans l’impossibilité constitutionnelle de se représenter pour un troisième mandat, Emmanuel Macron livre un bilan désastreux, tant économique que social, sur lequel a prospéré l’extrême droite. Elle trône désormais en première place de tous les sondages, à plus de 30 % d’intentions de vote. Face à ce danger, la gauche, dans l’acception générale de ce terme, avance fragmentée, éparpillée façon puzzle. La primaire commune qui aurait pu tous les départager n’aura finalement pas lieu. Difficile dans ce contexte d’associer les pièces du puzzle. Des alliances sont-elles encore possibles ? Et la gauche a-t-elle une chance de fêter la victoire au soir du deuxième tour le 2 mai prochain ?

L’élection présidentielle française de 2027 s’ouvre sur un champ de ruines qui a fragmenté le paysage politique classique. C’est ce que souhaitait Emmanuel Macron dès le début : représenter une « irruption » qui fasse sauter les balises et produise du « renouveau ». Las, en fait de renouveau, après 10 ans de pouvoir, le macronisme n’a pas seulement brouillé les cartes entre la gauche et la droite, il les a déchiquetées. Au point que la désagrégation politique touche absolument toutes les tendances, aussi bien à gauche qu’à droite, favorisant tantôt une opposition frontale au macronisme, tantôt des rapprochements opportunistes. Les positionnements passés des différentes fractions de la gauche française déterminent sa capacité à influencer les débats de la campagne et à proposer un contrepoids solide à l’extrême droite.

Point de bascule

La fracturation politique à l’œuvre sous les deux quinquennats d’Emmanuel Macron a également ouvert une instabilité parlementaire qui représente un point de bascule de la Vème République. Aux élections européennes de juin 2024, le Rassemblement national (RN) l’emporte avec 31,37 % des suffrages, soit plus du double de la coalition Ensemble (14,60 %) réunissant les partis soutenant Emmanuel Macron. À gauche, chaque parti y est allé seul, rompant de fait l’alliance de la Nupes qu’ils avaient forgée au lendemain de l’élection présidentielle de 2022. C’est un électrochoc. Alors que le RN semble inarrêtable, Macron lui tend la main en prenant la décision, le 9 juin 2024, de dissoudre l’Assemblée nationale (AN) et d’appeler à de nouvelles élections législatives.

À cette annonce et contre toute attente, la gauche arrive à se réunir à nouveau au sein d’un Nouveau Front populaire (NFP) et à remporter, de manière relative, ces législatives. En effet, le NFP arrive en tête en termes de sièges, élisant 193 députés sur les 577 de l’hémicycle, chaque parti conservant un groupe : 72 élus à La France Insoumise (LFI), 66 au sein des Socialistes, 38 au groupe Écologiste et 17 à la Gauche démocrate et républicaine (Parti communiste). Le RN (et alliés) obtient 160 sièges et le bloc macroniste 163. C’est le troisième échec électoral d’affilée de Macron. À la veille des Jeux olympiques de Paris, le NFP s’accorde à proposer le nom de Lucie Castets (PS) comme Première ministre. Après avoir tergiversé, Emmanuel Macron refuse de l’appeler à former un gouvernement sous prétexte que, sans majorité, elle subirait une censure immédiate. Cette trahison des urnes est un point de bascule aussi structurant que celle qu’avait représenté en 2008 la ratification du Traité de Lisbonne par Sarkozy alors que les Français avaient pourtant voté « non » en 2005 lors du référendum sur le Traité constitutionnel (duquel est issu pour partie le Traité de Lisbonne). Cet hypocrite déni de démocratie est à la base de la profonde crise institutionnelle et de confiance démocratique que connaît la France.

Une instabilité politique

Après cet épisode, une succession de gouvernements minoritaires va se mettre en place. Elle commence avec l’accord que passe, sans honte, Macron avec Les Républicains – parti ayant obtenu le moins de voix aux législatives – pour nommer Michel Barnier à Matignon. Incapable de trouver une majorité, il gouverne par le 49.3, cet article de la Constitution française qui permet de faire passer une loi sans qu’elle ne soit votée. En contrepartie, le gouvernement engage sa responsabilité et se soumet au vote d’une motion de censure si celle-ci est demandée par un parti. Le NFP la dépose et recueille une majorité au Parlement obligeant Michel Barnier à démissionner à peine trois mois après sa nomination. Du jamais vu ! Son successeur, François Bayrou (Modem), s’engage dans une vaste politique d’austérité qu’il fait également passer par le 49.3. Les motions de censure qui s’ensuivent ne trouvent, cette fois-ci, pas de majorité pour le faire tomber. En effet, les socialistes ne se sont pas associés aux six motions de censure déposées par LFI car ils ont cru pouvoir négocier des compromis, promis par Bayrou mais jamais tenus.

Dans les faits, cette versatilité des socialistes a réchauffé les rancœurs entre LFI et le PS. La macronie en a profité pour tirer à boulets rouges sur LFI, l’excluant d’un soi-disant « arc républicain » qui légitimait les seuls partis pouvant s’allier, même occasionnellement, au gouvernement en place. Avec l’appui de médias complaisants, tous, ou presque, aux mains de neuf milliardaires dont plusieurs d’extrême droite, la diabolisation de LFI et de son leader Jean-Luc Mélenchon ne leur a rien épargné jusqu’à ces calomnieuses accusations d’antisémitisme reconduites ad nauseam. L’opprobre jetée sur Jean-Luc Mélenchon relève, comme le dit Denis Robert, le directeur de la rédaction du magazine indépendant en ligne Blast, « d’un calcul sordide pour abattre un adversaire politique ».  Finalement, la chute de Bayrou et la nomination de Sébastien Lecornu (aile droite du macronisme) en septembre 2025 n’apporteront aucun répit à cet acharnement contre LFI. Au contraire, la mort du militant d’extrême droite Quentin Deranque au mois de février 2026 est le point d’orgue de cette stigmatisation et de cette inversion des valeurs où l’antifascisme passe pour le nouveau fascisme.

La gauche, combien de divisions ?

C’est dans ce contexte très polarisé que la gauche aborde l’échéance de la présidentielle de 2027. Elle est plus divisée que jamais.

LFI a connu une fronde interne au moment des élections européennes de 2024. Plusieurs députés dénoncent un manque de démocratie interne et un mouvement centré autour du candidat présidentiel Jean-Luc Méléchon qu’ils estiment « trop vieux et trop clivant ». Parmi eux, notamment, Clémentine Autain, Hendrik Davi, Alexis Corbière et Raquel Garrido. Ils et elles ne sont pas reconduits sur les listes LFI pour les législatives anticipées de juin 2024 ; ils ont créé leur propre association politique APRÈS (Alliance pour la République écologique et sociale).

Un peu plus tard, bien qu’investi par LFI sur les listes, le député insoumis François Ruffin estime que Jean-Luc Mélenchon est « un boulet » et officialise sa rupture le 4 juillet 2024, entre les deux tours des élections législatives. Réélus, Autain, Davi, Corbière et Ruffin siègent à présent dans le groupe parlementaire « Écologiste et Social ».

L’espoir douché d’une « grande » primaire ouverte de la gauche unitaire

Ça partait mal. Pourtant convaincue que la gauche ne pourrait remporter l’élection présidentielle que si elle se présente unie, la primaire marque d’emblée une fracture entre LFI et les autres partis de gauche qui se démarquent de la radicalité du leader insoumis. Jean-Luc Mélenchon, fort de ses 22 % à la présidentielle de 2022 et de la troisième place qu’il y a obtenue, manquant à 400.000 voix d’être au second tour, est devenu la personnalité incontournable de la gauche par rapport à laquelle le restant de la gauche doit se positionner. Hors LFI, on parle désormais de « gauche non mélenchoniste » au sein de laquelle un appel à l’union tente d’émerger.

Lucie Castets[1], la candidate PS/NFP que Macron a refusé de nommer Première ministre, soutenue par Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes, défend l’idée d’un grand rassemblement de la gauche – appelé « front populaire 2027 » – et l’organisation d’une primaire ouverte qui départagerait un candidat commun à la présidentielle de 2027. Si dès le début une ambiguïté semble exister quant à la présence de Jean-Luc Mélenchon, elle est rapidement levée. Le PS n’en veut pas ni l’intéressé qui privilégie une stratégie misant sur l’unité autour d’un programme commun plutôt que sur la compétition entre différents courants.

Réunis le 15 décembre 2025 autour de Lucie Castets, Marine Tondelier[2], Olivier Faure[3] (Premier secrétaire du PS), Clémentine Autain (cofondatrice de l’Après), François Ruffin (président de Debout) et Benjamin Lucas (coordinateur de Génération.s, le petit parti de Benoît Hamon) actent le « principe d’un processus de désignation d’un candidat commun ».

Grand absent, Place publique, le parti de Raphaël Glucksmann, refuse par principe toute alliance avec LFI mais aussi avec ceux susceptibles, à ses yeux, d’en conclure une. Il vise les Écologistes mais surtout il estime qu’une primaire ouverte ne servirait qu’à trouver « le plus petit dénominateur commun » et mènerait à des compromis inefficaces.

Le Parti communiste français (PCF) n’est pas présent non plus. Il est en pleine réflexion sur sa future stratégie. Finalement, en mars 2026, il refusera toute primaire, en privilégiant une candidature propre.

Les élections municipales de mars 2026 auront raison des conditions d’existence de cette primaire unitaire. Bien avant ces élections, Olivier Faure a annoncé le refus d’un accord national entre le PS et LFI mais, face aux résultats de ce premier tour, il ne l’interdit pas localement. C’en est trop pour Boris Vallaud, le chef de groupe PS à l’Assemblée nationale, qui refuse toute proximité avec LFI. Il quitte la direction du PS. Olivier Faure, minorisé, doit organiser une consultation interne. Elle a lieu le 9 juillet 2026 et les adhérents du PS s’y prononcent sur la tenue d’une primaire ouverte. Ils s’y opposent et préfèrent à 55,5 % une primaire fermée, c’est-à-dire réservée aux seuls membres des trois partis politiques du pôle socialiste (PS, Gauche républicaine et socialiste et Place publique). Voyant l’affaire pliée, Clémentine Autain et Benjamin Lucas se retirent également de la primaire unitaire qui est de facto abandonnée.

Une gauche en perte de vitesse face à une forte dynamique insoumise

Les « deux gauches irréconciliables », opposant une gauche réformiste non mélenchoniste à une gauche de rupture incarnée par LFI, ne partent pas à jeu égal. En n’ayant eu de cesse de donner des gages au bloc central macroniste, la gauche réformiste qu’incarne le PS s’y est identifiée et participe à son effondrement. Non seulement la division et la méfiance règnent dans ses rangs mais elles ont totalement obscurci sa ligne politique. Affaibli par une chute drastique de ses militants – un peu moins de 25.000 votants au dernier congrès – le PS ne s’est jamais vraiment remis des promesses trahies lors du quinquennat désastreux de François Hollande ni des seulement 1,7 % que cette ligne sociale-libérale a permis à Anne Hidalgo d’aller chercher lors des présidentielles de 2022. Depuis lors, les luttes fratricides au sein du PS concernent principalement la gestion de l’héritage de cette terrible défaite. Cela avait amené le PS à devoir désigner Raphaël Glucksmann, qui n’est pas membre du PS, pour le représenter aux élections européennes de 2024. Aujourd’hui, une autre ligne de fracture se dresse entre une ligne sociale-libérale qui réunit autour de François Hollande des personnalités comme Bernard Cazeneuve, Carole Delga, Nicolas Mayer-Rossignol ou encore Karim Bouamrane (qui s’est déjà déclaré candidat à la présidentielle hors de toute primaire) et une ligne plus sociale-démocrate qu’incarne le Premier secrétaire actuel, Olivier Faure. Plus pragmatique que les premiers, le second ne refuse pas systématiquement un rapprochement avec La France insoumise

Il en va de même pour le Parti communiste de Fabien Roussel et les Écologistes de Marine Tondelier. En participant à la curée contre LFI, mais surtout en s’alliant systématiquement avec le PS pour les municipales et les sénatoriales, l’un et l’autre ont également brouillé leur message et exacerbé les déceptions et les frondes internes. En maintenant une candidature distincte en 2022 – Roussel a fait 2,28 % et Yannick Jadot n’a pas atteint 5 % –, ils ont contribué à empêcher Jean-Luc Mélenchon d’accéder au second tour à 1 point près.

La « petite » primaire socialiste, entre pugilat et embuscade

Les Écologistes quant à eux semblent se détourner de l’idée d’une primaire au sein de leur propre parti. En effet, la désignation de Marine Tondelier ne tient que jusqu’au mois de décembre où un référendum interne aux Verts, du 10 au 13 décembre, devra trancher sur leur stratégie à l’élection suprême. Trois options : le maintien d’une candidature propre, un rapprochement avec la gauche hors LFI ou une alliance avec Jean-Luc Mélenchon. Dans leurs rangs, rares sont ceux qui croient à une victoire finale sur une ligne autonome, sauf peut-être Marine Tondelier elle-même. Yannick Jadot soutient déjà Raphaël Glucksmann et Sandrine Rousseau annonce préférer une ligne de rupture.

Au sein du Parti communiste, des voix, comme celle des députés Stéphane Peu ou Elsa Faucillon ou celles de l’important courant interne « Alternative communiste », se font entendre pour demander l’unité de la gauche de rupture.

Seul le PS doit encore se positionner. À cet effet, il a donc convoqué sa primaire fermée numérique dont le premier tour aura lieu les 9 et 10 octobre prochains. Réservée aux seuls membres du « Pôle socialiste », elle verra se départager les trois candidats du PS – Olivier Faure, Ségolène Royal et Jérôme Guedj –, celui de la Gauche républicaine et socialiste (GRS) – Emmanuel Maurel – et celui de Place Publique – Raphaël Glucksmann. Ce dernier a accepté finalement de participer à cette primaire car, fort de ses 14 % aux élections européennes (sous la bannière du PS), il s’est persuadé pouvoir incarner une gauche résolument européenne et atlantiste, absolument anti-mélenchoniste.

Le rapport de force devrait clarifier la ligne politique du PS mais il est surtout à craindre qu’il ne soit davantage une nouvelle démonstration des divisions profondes du parti. Si Ségolène Royal et Emmanuel Maurel ne s’opposeraient pas in fine à un rapprochement de toute la gauche, il ne saurait en être question pour Jerôme Guedj et Raphaël Glucksmann. Si un des deux premiers devait réussir à passer le premier tour, il y a de fortes chances pour que François Hollande, le très impopulaire ancien Président de la République, ne jaillisse en embuscade pour défendre la ligne sociale-libérale tenue jusque-là par Raphaël Glucksmann.

Les résultats de cette primaire socialiste seront observés attentivement par les Écologistes et les communistes qui décideront, sans doute d’ici la fin de l’année, s’ils s’allient avec le vainqueur de cette primaire ou s’ils rejoignent finalement le camp insoumis en négociant de futures circonscriptions. La probabilité qu’ils maintiennent une candidature autonome est faible mais toujours possible.

« C’est nous qui avons gagné l’honneur de marcher en première ligne »

Devant l’impossibilité de rassembler les appareils des partis de gauche, Jean-Luc Mélenchon a proposé, le 5 mai, la constitution d’une « Nouvelle alliance populaire » (NAP) à toutes celles et ceux qui, élus sous l’étiquette du Nouveau Front Populaire, sont restés fidèles à son programme. Cette nouvelle main tendue insiste sur les urgences climatiques et sociales à mettre en œuvre et sur la nécessité impérieuse de battre l’extrême droite. Les directions écologiste et communiste ont officiellement décliné l’offre mais des discussions à ce sujet se sont montrées constructives, notamment avec Stéphane Peu, le président du groupe Gauche démocrate et républicaine ou Cyrielle Chatelain, présidente du groupe « Écologiste et social » à l’Assemblée nationale.

Certains ont d’ores et déjà fait le choix de rallier cette NAP : citons Les Verts populaires autour de l’ancien conseiller de Paris Jérôme Gleizes, les Insoumis.es communistes autour du conseiller régional Francis Parny et même Les Socialistes avec Mélenchon avec la conseillère régionale Fatima Ogbi. Signalons que le Parti ouvrier indépendant (POI, trotskyste) de Jérôme Legavre, ainsi que le NPA-L’Anticapitaliste d’Olivier Besancenot et Philippe Poutou ont déjà annoncé leur adhésion au programme de rupture de LFI, estimant que, face au danger imminent de voir l’extrême droite à la tête du pays, l’heure n’est plus à une « candidature de témoignage ». Ce n’est pas le cas des trois autres candidatures d’extrême gauche, Selma Labib pour le NPA-Révolutionnaires, Nathalie Arthaud pour Lutte ouvrière ou Anasse Kazib pour Révolution permanente qui maintiennent leur participation à la présidentielle. Sans préjuger de leur influence, leur exemple brise une unanimité de façade contre LFI et renforce la dynamique de Jean-Luc Mélenchon que confirment les sondages qui le placent désormais à 20 %.

Après avoir officialisé sa quatrième candidature présidentielle le 3 mai dernier et rassemblé en moins de 24 heures les 150.000 parrainages citoyens qu’il s’est assigné devoir obtenir pour la maintenir, la dynamique de campagne de Jean-Luc Mélenchon n’a cessé de se renforcer. L’affluence de plus de 26.000 personnes venues assister le 7 juin à son premier meeting de campagne à Saint-Denis, mairie récemment conquise par l’insoumis Bally Bagayoko, permet au tribun d’assurer « que c’est nous qui avons gagné l’honneur de marcher en première ligne ».

Dans le contexte divisé de la gauche française, LFI est devenue la première force politique de la gauche et elle le doit à la machine de guerre qu’elle a patiemment construite. Celle-ci repose sur une organisation structurée, une base militante organisée qui dispose de sa propre stratégie de communication numérique et un solide centre d’études et de formation, l’Institut La Boétie, qui a compilé le programme L’Avenir en commun, conçu sur une démarche participative impliquant des citoyens, des associations et des syndicats et sans cesse réactualisé avec eux depuis 2016. Un programme axé sur la redistribution des richesses, la justice fiscale, la retraite à 60 ans, la sécurité sociale globale, les services publics, la planification écologique, la VIe République et une rupture franche avec les politiques économiques libérales, quitte à désobéir aux traités européens si nécessaire[4]. Ces deux derniers points constituent une divergence nette avec d’autres partis de la gauche française, tout comme la potentielle sortie de l’Organisation du Traité nord-atlantique et la fin du nucléaire.

L’alignement des étoiles

Le dimanche 27 septembre, le scrutin des sénatoriales[5] permet à LFI d’obtenir ses deux premiers sénateurs. Le moment est emblématique car les listes insoumises enregistrent le soutien d’élus bien plus nombreux que ceux auxquels pouvait prétendre initialement LFI. Ce fait démontre que le socle électoral des Insoumis ne s’inscrit pas que dans la France métropolitaine fragilisée mais qu’il se déplace également vers cette France périphérique composée de communes périurbaines ou rurales, de villes petites ou moyennes – y compris dans les territoires d’Outre-mer – sociologiquement délaissées ou déclassées. C’est un enseignement qu’a tiré LFI des scrutins précédents en apportant des réponses concrètes aux difficultés quotidiennes de la France périphérique avec des mesures fortes comme l’augmentation du SMIC, le blocage des prix des biens de première nécessité ou la réimplantation des services publics.

Le lendemain de l’entrée historique de LFI au Sénat, une enquête publiée par Toluna Harris Interactive pour M6 et RTL qualifie Jean-Luc Mélenchon pour le second tour de l’élection présidentielle dans toutes les hypothèses testées.

En mars dernier, le sociologue Manuel Cervera-Marzal avait méthodiquement étudié les chances de victoire de Jean-Luc Mélenchon dans ce cas et il concluait que ce scénario n’est pas que souhaitable, il est le plus plausible. En effet, c’est le tribun insoumis qui disposera du plus grand réservoir de voix – notamment parmi les abstentionnistes nombreux chez les jeunes et les habitants des quartiers populaires qui sont en moyenne plus proches de la gauche – et qui pourra compter sur un sursaut de participation dû à la polarisation extrême que revêtira l’élection présidentielle.

Comme le dit encore Cervera-Marzal, « Mélenchon a déjà approché la victoire. Les conditions politiques, sociologiques et historiques sont plus alignées que jamais pour qu’il l’atteigne. »

Publié le 8 octobre 2026.


[1] Élue maire du XIIème arrondissement de Paris au printemps 2026 sur la liste d’union de la gauche (PS, écologistes, PCF) menée par Emmanuel Grégoire.

[2] Au sein des Écologistes, la présence de Marine Tondelier ne fait pas l’unanimité. Sandrine Rousseau conteste son leadership et ce n’est que le 8 décembre 2025 que les Verts désignent officiellement Marine Tondelier « candidate à une primaire de la gauche ».

[3] Pareillement, la présence d’Olivier Faure à cette primaire ne fait pas que des heureux au PS. Sa politique en demi-teinte de compromis avec les gouvernements de Macron suscite bien des questions.

[4] La cinquième version, disponible à partir du 6 novembre prochain, s’articulera autour des réponses à donner aux urgences socioéconomiques, climatiques, géopolitiques, démocratiques et scientifiques (IA).

[5] En France, le Sénat représente les collectivités territoriales et ses membres sont élus au suffrage indirect, par un collège de grands électeurs composé des élus départementaux et municipaux.

Pierre Vermeire
Rédacteur MaTribune.be | Plus de publications

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