
Trop fort, ce Clarinval. Il a fait baisser le chômage de 42,8 % ! Si, c’est ce que le MR laisse croire dans une pub. Donc promesse tenue…
Il était très discret, ces derniers temps, David Clarinval. Probablement à cause de ses vacances bien méritées, mais pas que. Par la force des choses, on apprécie maintenant davantage les compétences d’un autre grand ministre MR, celui de l’Intérieur. Depuis trois semaines, « Les Aventures de Quintin » tiennent la vedette avec coup sur coup la sortie de deux passionnants épisodes : « Quintin dans les Fagnes » et maintenant « Quintin dans les Fusillades ». En espérant tout bientôt « Quintin au Port d’Anvers » (si la N-VA l’y autorise). Au MR, dans le contexte des canicules et des mégafeux, on a également dû se dire qu’il serait de bon aloi de pousser sous le tapis le puissant diagnostic de David concernant les mesures pour le climat. Qui, selon le gourou de la valeur travail, devaient être mises « en pause » étant donné qu’elles allaient « trop vite et trop loin ». Donc Dave, a-t-on supplié au MR, tu pars très loin en vacances, tu fais un très long bivouac dans les forêts de Bièvre ou une retraite à l’abbaye d’Orval, peu importe, mais tu te la coinces ! Ce qui fut fait. Scrupuleusement.
Mais arriva la rentrée. Et un vice-Premier ne peut pas éternellement disparaître du paysage. C’est là que le service com’ du MR a voulu relever un défi de dingo : faire de David un vainqueur ! Et un vainqueur positif, engageant, sympathique ! Préoccupation qui rejoint d’ailleurs l’incompréhension du pauvre Clarinval regrettant que, dans les médias, il avait constamment « une tête de tueur ou de mec pas sympa ». Alors qu’en vrai, assurait-il, « les gens qui me connaissent savent que je suis sympa ». Pour être bien certain que l’image du gars sympatoche passe, le service com’ écarta d’office une rentrée de son ministre de l’Emploi dans les médias d’information. Avec donc de vraies interviews où on risquait de lui poser de vraies questions, où il serait confronté aux faits et même parfois au fact-checking. Et où Dave serait fichu de sortir des trucs aussi pertinents que « 60 % des exclus du chômage sont des étrangers ». Donc non.
Mais que faire, alors ? Comme on n’est jamais mieux servi que par soi-même, le MR opta donc pour une forme de publicité. Domaine de la communication où on peut écrire tout, n’importe quoi et son contraire. Un peu comme « Krëfel, la vie en mieux », qui suggère qu’en achetant ton airfryer chez Krëfel (et pas ailleurs), ta vie est bien plus mieux. Ce qui en fait le gagnant de la flofloche du slogan le plus idiotement prétentieux. Ex-aequo, bien sûr, avec « Delhaize, du côté de la vraie vie ». Qui décrète que si tu achètes ta tablette de chocolat Côte d’Or ailleurs que chez Delhaize, ta vie est vachement moins « vraie ». Cette possibilité de « communiquer » en total libre-mensonge plut donc énormément aux déjà auteurs du slogan du MR : « L’avenir s’éclaire ». Sans bien sûr préciser que cet avenir ne s’éclaire que pour leurs amis nantis, ceci en faisant payer tous les autres.
Encore fallait-il un contenu pour faire de Clarinval un gagneur sympathique. Pour le message, on opta naturellement sur sa grande réalisation, présentée comme une immense victoire : « Le chômage indemnisé diminue de 42,8 % en juillet grâce à la réforme du chômage. » Un succès bien évidemment souligné par un placard à la gloriole du MR : « Le chômage limité à 2 ans. On l’a dit. On l’a fait. » Pour visuellement associer le génie de Bièvre à ce « triomphe » politique, restait à effectuer le plus difficile : créer une image « avenante » du garçon. C’est ainsi qu’à grand renfort de Photoshop et de risette tirée au forceps (ou à l’IA ?), on a fait de David un être décontracté dans sa chemise maculée, avec une bonne tête de gagneur « sympathique ». On a ensuite décrété que l’ensemble était très réussi – ou en tout cas non améliorable, vu le matériau de base – et on a diffusé la pub du « Clarinval Nouveau » dans les médias et les réseaux sociaux.
Malgré cette volonté de bien faire les choses, un léger souci s’est posé : sur ces mêmes réseaux sociaux, on n’a pas tardé à souligner que, comme toute bonne publicité qui se respecte, celle-ci est destinée à tromper. Et elle trompe son pesant de kawètes ! Ce chiffre présenté comme une chute vertigineuse du chômage due à la « réforme » Clarinval ne signifie absolument pas que le chômage a diminué de 42,8 %. Il dit juste que l’Onem ne verse plus rien à 42,8 % des chômeurs anciennement indemnisés. Et pour cause : la plupart ont été exclus après deux ans. Ceux-là ont juste glissé vers les CPAS pour glaner un RIS ou n’ont simplement plus aucun revenu. Seuls 10 % ont trouvé un travail.
C’est donc bien une pub, mensongère par définition : après avoir exclu des dizaines de milliers de personnes du droit à des allocations de chômage, on fait passer la suppression de leurs indemnités versées par l’Onem comme un énorme exploit pour l’emploi. Pour faire baisser les chiffres des sans-emplois, on les supprime simplement des statistiques. Alors que la réalité est beaucoup, beaucoup moins sexy : en Wallonie, le nombre de demandeurs d’emploi a progressé de 10,3 % sur un an. Quasiment 35.000 de plus ! Ceci depuis que Clarinval et l’encore plus sympathique Jeholet sont à l’œuvre.
On voit bien comment le MR va désormais communiquer : par la « Méthode Clarinval ». Pour démontrer qu’une politique libérale fait baisser la précarité dans la population, il suffira d’une bonne pub où les statistiques sur le taux de pauvreté sont trafiquées. Ou, plus facile encore, de descendre le seuil de pauvreté. Pour faire baisser le nombre de malades de longue durée, c’est très simple aussi : on les déclare aptes au travail. Ou on décide de ne plus les indemniser. Pas de certif, pas de cancer !
Je voudrais ici rendre hommage à la grande inspiratrice de cette « Méthode Clarinval » de communication, que l’on devrait d’ailleurs plus justement nommer la « Méthode Dalcq ». Il y a un an et demi déjà, la ministre wallonne MR de l’Agriculture fut en effet précurseure de ce génial procédé par distorsion. Pour ne surtout point déplaire au lobby phytosanitaire et ne pas bousculer le monde agricole qui a ses habitudes, Anne-Catherine Dalcq décrétait que « les pesticides restent des outils intéressants » étant donné qu’ils proviennent de « molécules trouvées dans la nature ». Un peu comme le tabac, l’héroïne ou le cyanure sont issus de la nature et sont donc des produits inoffensifs, si on veut.
Notre Premier ministre serait d’ailleurs bien inspiré d’appliquer la « Méthode Clarinval/Dalcq » à propos des fusillades entre gangs pour le contrôle des points de deal de drogue à Bruxelles. Afin de démontrer qu’elles sont bien évidemment dues au « laxisme » et à la « désorganisation » bruxelloise, et pas du tout à la grande perméabilité de la zone portuaire de sa chère ville (où 99 % des containers ne sont pas contrôlés), Bart De Wever pourrait donc très bien tenir ce raisonnement : le problème de la cocaïne ne peut pas être dû à la passoire qu’est le port d’Anvers puisqu’Anvers est ma ville et que je suis un excellent gestionnaire. Imparable.
Publié le 2 septembre 2026.

Vincent Peiffer
Après 40 ans au Moustique, Vincent rejoint l’équipe de MaTribune.be pour mettre son grain de sel dans notre si beau monde. Où, à part ça, tout va bien…

