À part ça… Fiers d’être LGBTQIA+

À part ça… Fiers d’être LGBTQIA+

Le MR défilait samedi à la Pride de Bruxelles. Où Bouchez embrassait même des homos ou des trans. C’est dire s’il est progressiste…

Dans l’ordre, nous avons donc eu « Le MR à la Foire du Livre », mais sans auteurs et quasiment sans livres, à part les essais et brochures de propagande schtroumfesque. Puis nous avons eu « Le MR à Blegny Mine », mais sans l’exploitation infligée aux mineurs de fond par les glorieux ancêtres libéraux. Et donc samedi, nous avons eu « Le MR à la Brussels Pride », mais sans libéraux appartenant à la communauté LGBTQIA+. En revanche, le char du MR était décoré de jolis ballons aux couleurs de l’arc-en-ciel. Il était surtout et en permanence protégé par une dizaine de policiers cagoulés, convoqués là des fois que certains auraient fait savoir que la bleusaille politique n’était pas la bienvenue. Ah ça, on sait comment mettre la bonne ambiance au MR.

Entouré de quelques ouailles (peu nombreuses), Georges-Louis Bouchez paradait donc non loin dudit char, vêtu d’un t-shirt floqué « Kiss me, I’m liberal ! ». Le nouvel ami intime des LGBTQIA+ distribuait donc ses bisous à ceux qui le voulaient (peu nombreux), preuve donc de sa grande « ouverture » d’esprit. Son service comm’ n’a évidemment pas manqué de tweeter en temps réel quelques clichés de la scène avec ce commentaire que je vous livre intégralement tellement il est touchant de sincérité : « (Emoji cœur-cœur) Kiss me, I’m liberal ! (Emoji cœur avec les doigts) L’aspiration de chacune et de chacun sera toujours d’être libre de ses choix. Aussi dans ses relations affectives et sexuelles. C’est pour ça que nous devons chérir la démocratie libérale. (Emoji bisou-cœur) Be pride and spread love each day ! #PresidenceMR #fierdetreliberal #LAvenirSEclaire ». Et donc voilà, Georgie a fait son petit tour pour les réseaux sociaux, puis il est parti. Les flics aussi.

On rembobine de quelques jours… Devant un parterre de sympathisants bleus qui ont cru aux 500 boules de plus pour les gens qui travaillent, le même président gay-friendly de circonstance était en meeting sur le thème de la politique internationale. Et Grand Schtroumpf borain d’annoncer tout de go que le MR n’est pas à sa place dans le groupe Renew Europe du Parlement européen : trop à gauche. Et qu’il préférerait donc que les eurodéputés de son parti (Sophie Wilmès, Olivier Chastel et Benoît Cassart) siègent au sein du Parti populaire européen (PPE). Mais aussi d’établir une « convergence future de la droite européenne » avec les Conservateurs et réformistes européens (CRE). C’est-à-dire ? Le groupe des partis de droite (très) conservatrice, souverainiste et eurosceptique. Dont les facho-nostalgiques de Fratelli d’Italia, parti de Giorgia Meloni, ou les conservateurs ultra-cathos polonais de Droit et Justice (PiS). Le même groupe aussi que notre très chère N-VA. Et qu’ont en commun ces partis ? Outre que certains sont opposés à toute forme de droit à l’avortement, la plupart sont opposés à l’avancée des droits des LGBTQIA+ et même leur protection. Un exemple récent ?

Pas plus tard que le 29 avril dernier, les eurodéputés du Parlement européen adoptaient très largement une résolution appelant à l’interdiction totale des pratiques dites de « thérapies de conversion ». Rappel utile aux mandataires et militants MR qui se disent humanistes : ces pratiques visent à « forcer » par une série de « traitements » une personne à changer d’orientation sexuelle afin qu’elle devienne hétéro. Les « autres » sexualités ou identités de genre étant donc des « maladies » ou des « malformations mentales ». D’où l’autre terme utilisé par ses adeptes : la thérapie « réparatrice ». Pour ce faire, on parle bien de « traitements » par électrochocs, jeûnes sévères, privations de sommeil ou encore injections d’hormones. À deux doigts du docteur Mengele.

Et donc qui a voté contre l’interdiction de cette ignominie ? Tous les partis d’extrême droite, dont notre valeureux Vlaams Belang. Mais aussi une grosse majorité des élus du groupe CRE. Les autres, comme les trois eurodéputés N-VA, se sont abstenus. Une N-VA qui s’abstient donc d’interdire ces monstruosités mais qui, dix-sept jours plus tard, dans une tentative hallucinante de « pink washing », défilait, elle aussi, à la Brussels Pride 2026, inventant ainsi le schizo-conservatisme. C’est donc la très belle compagnie de ces gens-là que le président du MR recherche au Parlement européen.

Ah mais oui mais non mais on ne fera pas comme eux, nous les MR ! Même qu’Hadja Lahbib a dit que « les thérapies de conversion s’apparentent à de la torture » ! Et d’ailleurs sur les sujets éthiques, le Mouvement réformateur a toujours soutenu le progrès ! On a toujours été aux côtés des homos, des lesbiennes, des transmachins, des cis-brols non-genrés et aussi des trucs-bi-plus en queer, toujours ! Toujours ? Un petit tour dans les archives du Centre Jean Gol, peut-être ? Pour voir qui a voté quoi sur ces sujets, parmi les députés MR ?

Et par exemple le 30 janvier 2003, quand il s’est agi de voter la loi sur l’autorisation du mariage pour tous et toutes, c’est-à-dire pour le mariage entre deux personnes d’un même sexe ? Oh mais c’est trop bizarre, ça ! Que voit-on ? Que huit députés MR sur quatorze ont voté contre, à l’époque ! Un accident, très probablement. Une simple étourderie, sans doute. Que les libéraux francophones ont très certainement décidé de rattraper deux ans et demi plus tard, le 18 mai 2006, lors du vote de la loi légalisant l’adoption d’enfants par des couples de même sexe. Ah ben non, tiens, re-distraction : dix-huit des vingt-cinq députés MR de la Chambre ont voté contre. Des têtes en l’air, ces libéraux… On dit qu’on est pour les avancées des droits LGBTQIA+, et puis on ripe bêtement en votant contre.

Non mais ça, c’était il y a longtemps ! Maintenant ça n’arriverait plus jamais, juré-promis-craché ! Jamais ? Je fais donc appel au ministre MR de l’Emploi. Quand on aborde de près la beaufitude, on peut toujours compter sur David Clarinval. Surtout quand il s’agit de prendre le pouls de l’homophobie qui percole encore et toujours au MR. À l’été 2024 (pas en 2003, pas en 2006 !), la flèche de Bièvre conseillait une lecture d’été qu’il venait d’engloutir avec bonheur : « Transmania ». Pour le citer tout cru : « Un livre à lire d’urgence ». Les autrices, Marguerite Stern et Dora Moutot, présentent ce livre comme une « enquête sur les dérives de l’idéologie transgenre ». Très vite, Transmania deviendra le livre de chevet de l’extrême droite française. Accointance dont on est maintenant coutumier au MR. Qualifié de haineux par plus de 800 collectifs et personnalités publiques, ce livre homophobe et transphobe rétablit même le lien direct entre homosexualité et pédophilie. Si. Les autrices qualifient aussi les défilés Pride « d’antichambres de clubs échangistes à ciel ouvert ». Voilà. « À lire d’urgence » donc, selon le gars qui est quand même le vice-Premier MR.

Samedi, David Clarinval n’était pas à la Pride de Bruxelles pour montrer son sincère soutien à la cause LGBTQIA+. Mais on compte très fort sur Valérie Glatigny pour aller aux prochaines manifestations des enseignants distribuer des gros câlins à tout le monde.

Vincent Peiffer
Chroniqueur MaTribune.be |  Plus de publications

Après 40 ans au Moustique, Vincent rejoint l’équipe de MaTribune.be pour mettre son grain de sel dans notre si beau monde. Où, à part ça, tout va bien…

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